mardi 21 février 2017

Le secret du lac

Linda Howard
Les Editions J'ai Lu (2014)
Edition originale 1995
343 pages 

Synopsis :
A quatorze ans, Clémence Devlin a été abandonnée par une mère infidèle puis exclue de la petite ville de Prescott. A l'origine de ce départ : Gray, le fils de Guy Bouvier, l'amant de sa mère. Si Clémence avait le béguin pour Gray, ce dernier la haïssait. Car en découvrant la relation adultère qu'entretenaient leurs parents, il avait été fou de rage. Aujourd'hui, des années plus tard, Clémence revient à Prescott sous le regard acéré de Gray. Or, la jeune femme n'en a que faire. Si elle est ici, c'est pour tirer les choses au clair, car elle n'a qu'une certitude : sa mère ne s'est jamais enfuie avec Guy, pour la simple raison que ce dernier est mort...


Après avoir été enthousiasmée par Le disparu de San Pablo de l'auteure américaine Linda Howard, j'ai décidé de me lancer dans un autre de ses romans. Mon choix s'est porté sur Le secret du lac en raison du synopsis qui annonçait une romance difficile et contrariée....Et là, je dois dire que....Whaou !!!! J'ai vraiment adoré !!! C'est encore un coup de coeur pour cette auteure, qui, décidément, arrive à écrire pile poil des histoires comme je les aime !


Le récit débute quand Clémence est seulement âgée de 11 ans. Malgré son jeune âge, la petite fille éprouve un énorme crush pour Gray Bouvier, le fils de l'homme le plus riche du canton. 

Clémence, elle, n'a pas eu la chance de naître dans une bonne famille puisque les Devlin sont considérés comme des pestiférés dans leur petite ville de Louisiane, à Prescott. Son père et les deux fils aînés sont des vauriens chômeurs et alcooliques, sa mère est une traînée (qui a de nombreux amants, dont le plus important n'est autre que le père de Gray) et la soeur aînée de Clémence suit le même chemin.....

Le seul rayon de soleil dans la vie familiale de Clémence c'est son petit frère Scottie mais celui-ci est handicapé mental (les autres l'appellent le mongolien alors je me demande s'il n'est pas trisomique ? Ce n'est pas précisé dans le livre...) et malheureusement pour ce pauvre petit gamin, il souffre de problèmes cardiaques très grave que ses parents n'ont pas les moyens (ni l'envie) de soigner....

Le coup de coeur qu'éprouve Clémence pour Gray est à sens unique car le jeune homme a huit ans de plus que notre jeune héroïne, il est donc âgé de 19 ans et, bien évidemment, il ne s'intéresse pas aux petites gamines de 11 ans (encore heureux !). Par contre, il est très occupé avec les lycéennes et les étudiantes. Issu d'une famille riche et influente, c'est un vrai womanizer, et vu qu'en plus, il a un physique d'Apollon (il fait du football américain, donc, il est bien gaulé !) vous comprendrez que ça se bouscule au portillon !

"Gray… la seule évocation de son prénom la faisait frissonner. Mais ce n’était rien comparé à la violence des sensations qu’elle éprouvait en sa présence. Il suffisait qu’elle l’aperçoive et son cœur s’emballait, ses jambes se mettaient à trembler et le rouge lui montait aux joues. Elle avait bien essayé de maîtriser ses émotions, mais sans succès. Pour se rassurer, elle se disait que son admiration pour lui n’avait rien que de très normal. Après tout, Gray était considéré comme un dieu à Prescott. Un dieu un peu vaurien sur les bords. Protégé par la fortune des Bouvier, il faisait les 400 coups et sa réputation de séducteur était déjà bien établie. Son charme insouciant faisait des ravages parmi les femmes de la région et quoique les Bouvier eussent déjà engendré bon nombre de noceurs, Gray semblait bien parti pour être le pire de tous".

L'histoire fait ensuite un petit saut dans le temps où nous retrouvons Clémence quand elle a 14 ans. Elle est toujours amoureuse de Gray. C'est la période où sa famille se désagrège et où ils vont être expulsés de la ville manu militari en plein milieu de la nuit par la police et sous le regard superviseur de Gray qui cherche là à se venger des Devlin qu'il tient responsables de la fugue amoureuse de son père puisqu'il entretient depuis des années une liaison avec Renée, la très séduisante mère de Clémence et que celle-ci a aussi quitté le foyer (et ses enfants...) le même jour...Et comme les Devlin étaient logés gratuitement dans une maison prêtée par Guy Bouvier, il est très facile pour Gray de les faire expulser (et il ne s'en prive pas !).

Nous retrouvons finalement Clémence quand elle est âgée de 26 ans et patronne d'une agence de voyage à Dallas. Après toutes ces années, Clémence n'a jamais oublié sa ville natale. Elle n'a jamais oublié non plus Gray Bouvier... 

La jeune femme décide donc de revenir s'installer à Prescott. Seulement voilà, son retour déplaît fortement aux habitants, notamment à cause de sa ressemblance physique flagrante avec sa mère, qui était connue comme le loup blanc dans cette petite ville du Sud des Etats-Unis et surtout, il y a Gray, qui, malgré sa rancoeur vis à vis des Devlin, est très fortement attiré par la jeune femme....Mais pour le bien de tous, et notamment pour sa propre mère et sa soeur, il doit la faire quitter la ville (encore une fois...). Il va tout faire pour la dégoûter et lui faire renoncer à son idée de vivre à Prescott. mais Clémence ne va pas se laisser faire !

Ce que j'ai aimé dans ce livre :
1#-Le contexte familiale de Clémence : Ayant été une grande fan de l'auteure américaine Virginia C. Andrews lorsque j'étais adolescente, j'ai eu le plaisir de retrouver une histoire du même genre que ses nombreuses sagas avec une héroïne qui grandit dans une famille misérable et miséreuse. Le fait que l'histoire se passe en Louisiane renforce la comparaison puisque les héroïnes "andrewsesques" avaient l'habitude de déambuler pieds nus dans le bayou et autres coins retranchés et sauvages de l'Amérique profonde des rednecks. Clémence n'a pas vraiment eu d'enfance, elle a grandit trop vite, prenant en charge son petit frère et s'occupant de la maison, puisque aucun de ses parents ou de ses frères aînés ne le faisaient. Il faudra que Clémence attende d'avoir 14 ans, quand sa famille sera chassée de la ville, pour que les services sociaux la placent dans une famille d'accueil chaleureuse (avec son petit frère Scottie). A PrescottClémence était aussi pauvre et méprisée par les habitants de la ville (pas par son comportement, mais à cause de celui du reste de sa famille) que Gray Bouvier est adulé et respecté...Attention zone spoilers ! Cliquez sur le mulot et passez sur le texte en surbrillance ! La mort du petit Scottie apporte une dernière touche de pathétisme et de misérabilisme dans la vie de Clémence, tout comme dans les livres de Virginia C. Andrews, les enfants ne sont pas épargnés...Ils souffrent et ils meurent....Vous pouvez donc sortir les mouchoirs car le passage de la mort de Scottie était vraiment triste et intense (oui, j'ai encore versé ma petite larme !). 

"Elle était pieds nus et son short élimé découvrait ses petites jambes grêles. Elle ne craignait pas les égratignures, ni même les morsures de serpent ; Clémence était une créature farouche, la forêt était son élément. Elle avait attaché ses longs cheveux auburn avec un élastique pour être libre de ses mouvements et se faufilait entre les arbres comme un elfe".

"Le dernier des Devlin était mongolien. Gray ne l’avait vu qu’une ou deux fois, toujours accroché aux jambes de la plus jeune. Comment s’appelait-elle déjà ? Ah oui, Clémence. Drôle de prénom pour une Devlin. Clémence, cela évoquait l’innocence, la pureté, mais avec une famille comme la sienne, l’avenir de cette pauvre gamine était déjà tout tracé. Dans quelques années, elle serait exactement comme sa mère et sa sœur ; dès qu’elle serait un tant soit peu formée, tous les garçons de Prescott la poursuivraient simplement parce qu’elle s’appelait Devlin et elle ne leur résisterait pas bien longtemps".

"Elle ne le lui demandait que pour la forme. Scottie mangeait plus facilement la purée et c’était ce qu’elle préparerait de toute façon. Elle passa la main dans les cheveux bruns de son frère et retourna peler les pommes de terre. Ces derniers temps, Scottie était moins vif et ses lèvres prenaient de plus en plus souvent une coloration bleu foncé lorsqu’il jouait. Son cœur faiblissait, comme les médecins l’avaient prédit et il n’y aurait pas de transplantation cardiaque miraculeuse pour lui. Même si les Devlin en avaient eu les moyens, aucun chirurgien n’aurait accepté d’opérer un petit garçon qui ne serait jamais capable de s’habiller normalement, de lire ou même de balbutier quelques mots. La gorge de Clémence se serrait lorsqu’elle songeait au peu de temps qui lui restait encore à vivre. Les médecins étaient déjà étonnés qu’il eût survécu aussi longtemps. À une époque, Clémence s’était souvent demandé si Scottie était le fils de Guy Bouvier. Matériellement, c’était plus que possible ; cela l’avait rendue furieuse. Il aurait eu les moyens de le soigner, lui, ou au moins d’adoucir sa brève existence. Mais bien sûr, engendrer un fils débile n’avait rien de glorieux, mieux valait faire comme s’il n’existait pas !"

2#-De la haine à l'amour, il n'y a qu'un pas : Ce qui frappe le lecteur dès les "retrouvailles" de Clémence et Gray, c'est l'atmosphère électrique et sensuelle qui se dégagent autour d'eux. Comme le dit si bien Gray, ils n'ont jamais été amis mais un lien les unissait depuis la nuit où Clémence a été chassée de la ville avec son père, ses frères et sa soeur. Cette expulsion a été dirigée par Gray qui leur en voulait à mort. Clémence était la seule membre "respectable" de cette famille (je ne compte pas Scottie qui n'était qu'un enfant de 6 ans déficient mental), Gray s'est donc acharné sur elle, il s'est vidé de sa fureur sur elle alors qu'elle n'était âgée que de 14 ans en lui disant des phrases très dures, des phrases qui ont hanté Clémence jusqu'à sa vie adulte. Et le pire, c'est qu'au lieu de le détester (ou de l'ignorer), la jeune femme a toujours aimé cet homme !!! Elle l'aime depuis qu'elle a 11 ans, Mon Dieu ! Malgré cet amour pur et secret, enfouit au plus profond de son être, elle va revenir dans sa ville natale et se confronter à Gray qui la considère comme une ennemie...Cela dit, il l'avouera par la suite à Clémence, mais la nuit où elle et sa famille ont été chassés de Prescott, Gray a ressenti un profond désir pour elle (qui n'avait que 14 ans, et était vêtue de son innocente chemise de nuit mais....dont les flics et lui-même voyaient tout à travers grâce à la lumière des spots dirigés vers la maison pendant que Clémence s'efforçait de vider la maison avec son petit frère terrorisé et collé dans ses jambes). Le fait de revoir de nouveau Clémence au bout de douze ans va le bouleverser car elle est devenue une femme sublime maintenant et elle est très sûre d'elle et lui tient tête. Il va donc s'instaurer entre eux un petit jeu de chat et de la souris. Gray, qui possède presque toute la ville, va notamment interdire aux commerçants de vendre quoi que ce soit à Clémence, afin qu'elle quitte la ville....Evidemment, notre belle ne se laissera pas faire ! Et puis il y a cette jalousie, cette envie de possession que Gray ressent pour Clémence. Il la veut pour lui seul.....Ouh la la ! Je craque pour cette histoire d'amour si passionnelle ! 


"La gorge serrée, Gray sentit le désir l’envahir et eut un frisson de dégoût en en prenant conscience. Bon sang, il ne valait pas mieux que son père ! Il suffisait qu’on lui montre une Devlin et il devenait comme un taureau en rut. Elle s’approchait, une pile de vêtements dans les bras. Non, c’était vers le camion qu’elle se dirigeait. Il regarda au passage ses yeux verts, félins, mystérieux et troublants. Son cœur se mit à battre plus vite. À la voir ainsi, si proche, il perdit son sang-froid et la colère l’étouffa presque. Il voulait lui faire payer le désir honteux qu’elle suscitait en lui. Il voulait lui faire mal. — Vous n’êtes que de la racaille ! lança-t-il avec hargne lorsqu’elle fut à sa hauteur. Toi, autant que les autres ! Elle s’arrêta net, le petit dans ses jambes, mais ne le regarda pas, gardant les yeux fixés droit devant elle. La pureté de son visage augmenta encore la rage de Gray. — Ta mère est une putain, ton père un ivrogne et tôt ou tard tu leur ressembleras. Alors fiche le camp d’ici, et ne reviens jamais".

"Et cependant, il lui avait fallu beaucoup de courage pour se décider à revenir. Les paroles de Gray Bouvier marquaient encore sa mémoire au fer rouge. Même si elle parvenait parfois à les oublier des jours durant, la douleur était toujours là, insidieuse, lancinante. Vous n’êtes que de la racaille… ! La blessure que Gray lui avait infligée cette nuit-là ne s’était jamais refermée. Il les avait chassées, elle et sa famille, comme des chiens galeux et le plus ironique était qu’il l’avait fait pour rien. Car contrairement à ce que tout le monde avait pensé à l’époque, Renée était parfaitement innocente du crime qu’on lui reprochait. Oh, sa mère n’avait jamais été une sainte et si Guy le lui avait proposé, sans doute aurait-elle accepté de s’enfuir avec lui. Seulement voilà, il ne l’avait pas fait et Renée était totalement étrangère à la mystérieuse disparition de Guy Bouvier douze ans auparavant".

3#-L'enquête : En plus de l'histoire d'amour, il y a aussi l'intrigue causée par la disparition mystérieuse du père de Gray et de la mère de Clémence la même nuit. Clémence a toujours cru, comme tout le monde, que ces deux-là avaient fait une fuite amoureuse mais finalement, la jeune femme a récemment appris que sa mère était repartie vivre chez sa propre mère (en voici des mères et des grand-mères modèles !...) et qu'elle n'est jamais partie avec Guy Bouvier ce soir là. Clémence va faire appel à un détective privé mais son intervention dans la recherche de la vérité ne va pas plaire à tout le monde. Elle va recevoir des menaces, mais de qui ?.....Attention zone spoilers ! Cliquez sur le mulot et passez le texte en surbrillance ! Personnellement, j'ai vite compris que c'était l'avocat le coupable ! Son obsession pour Noëlle Bouvier et sa déviance sexuelle vis à vis de Monica, la propre fille de Noëlle, en faisait le suspect idéal ! Par contre, j'ai été surprise d'apprendre que c'était Monica qui envoyait les messages de menace à Clémence, ainsi que le pauvre chat mort.....Purée !!!!!

4#-Clémence, l'héroïne : J'ai vraiment adoré cette jeune femme ! Elle est si courageuse et c'est une personne profondément honnête et bienveillante. Clémence n'a pas eu une existence facile, c'est le moins que l'on puisse dire ! Car en plus de ses problèmes familiaux, elle va devenir veuve après quelques mois seulement de son mariage avec un jeune homme dont elle était tombée amoureuse à l'Université. Je pense que si le mari de Clémence avait encore été en vie, elle ne se serait jamais autorisée à revenir à Prescott (et à se retrouver face à son "amour de jeunesse"), vu la droiture et l'honnêteté dont elle fait preuve depuis sa plus tendre enfance. Par ces aspects de sa personnalité, elle était la femme idéale pour Gray. Lui, le coureur de jupons, l'a jugée sans la connaître réellement, mais par rapport à la réputation sulfureuse de sa mère Renée dont elle est maintenant le portrait craché physiquement - seulement physiquement  - car contrairement à sa mère, Clémence ne court pas après tous les hommes et n'a fréquenté personne après la mort de son mari (mari qui fut le premier et unique homme de sa vie...), et du coup, même si elle a toujours été amoureuse de Gray, vu la manière dont il la traite au début de leurs "retrouvailles", il est hors de question pour elle de tomber dans ses bras, d'écouter ses pulsions les plus primitives qui lui font perdre tous ses moyens quand elle est face à lui car ce serait donner raison à tout ce qu'il lui reproche d'être pour la simple et unique raison qu'elle est une fille Devlin.....

"Depuis toute petite, Clémence avait appris à saisir chaque moment de liberté. Il y en avait trop peu dans sa vie pour les laisser échapper. La plupart du temps, elle les consacrait à lire. Elle adorait les livres et dévorait tout ce qui lui tombait sous la main. Les mots étaient comme un philtre magique. Lorsqu’elle lisait, la vie et ses misères disparaissaient ; elle naviguait alors dans un univers merveilleux où la « racaille Devlin » n’existait plus. Elle devenait quelqu’un de différent, quelqu’un de bien. Elle avait appris à ne pas lire devant son père ou ses frères qui se moquaient d’elle ou allaient même parfois jusqu’à lui arracher le livre des mains pour le jeter au feu. Ses efforts pour le récupérer provoquaient toujours chez eux des hurlements de rire. Sa mère, elle, se contentait de grommeler, prétendant que Clémence perdait son temps et qu’elle ferait mieux de s’occuper à quelque chose d’utile, mais Renée ne s’en était jamais prise aux livres. Jodie aussi se moquait d’elle, mais pas méchamment comme ses frères. Elle ne comprenait pas que sa sœur préfère rester le nez dans un livre au lieu de l’accompagner dans ses sorties".

"En cet instant pourtant, le sentiment bizarre d’avoir retrouvé ses racines l’emportait presque sur l’amertume. D’autant plus bizarre d’ailleurs que, lorsqu’elle vivait à Prescott, on lui avait toujours fait sentir qu’elle n’était qu’une paria. Mais au-delà de toute raison, son instinct lui disait qu’ici elle était chez elle. Tout le lui prouvait. Les parfums colorés qu’elle n’avait retrouvés nulle part ailleurs, les visions imprimées dans sa mémoire depuis l’enfance, les lieux que chaque cellule de son corps reconnaissait. Elle était née ici, avait grandi ici, et ses souvenirs avaient beau ne pas être joyeux, des liens invisibles qu’elle n’aurait jamais soupçonnés la rattachaient indissolublement à Prescott".

Ce que je n'ai pas aimé dans l'histoire :
1#-Le titre du livre : Sans déconner, le titre français de ce roman est "Le secret du lac", et vu que dès les premières pages nous apprenons que le père de Gray a disparu sans laisser de traces, il ne faut pas être Einstein pour comprendre que son père est dans ce foutu lac !!!!! Je déplore vraiment le choix de ce titre,  qui met trop vite la puce à l'oreille, surtout que dans sa version originale, ce roman s'intitule "After the night" (après la nuit), ce qui est un milliard de fois plus judicieux puisque c'est en rapport avec l'histoire, sans trop en révéler (ou pourrait dire que c'est après la nuit où Clémence a été expulsée de Prescott avec sa famille que tout a changé dans sa vie, après la nuit où ont disparu Guy Bouvier et Renée Devlin...). Bon après, je vous avouerai que j'ai adoré ce livre grâce à la relation passionnée entre nos deux héros, pas pour l'intrigue policière (même si c'était quand même intéressant malgré le pot aux roses révélé dès le tite du livre....)

2#-La mère et la soeur de Gray : Encore un parallèle avec les romans de Virginia C. Andrews. Il faut toujours des personnages un peu tordus et du coup, dans Le secret du lac, nous sommes servis avec les femmes de la famille Bouvier. Noëlle, La mère de Gray, est une beauté glaciale qui s'est enfermée dans sa tour d'ivoire bien avant la disparition de son mari. Elle a toujours été au courant des liaisons de son mari et finalement, cela l'arrangeait bien car elle a toujours détesté les contacts physiques (autant les relations sexuelles avec son mari que les câlins avec ses enfants). Si elle n'a pas pu élever son fils à son image (qui tenait plus de son père, vu son palmarès de conquêtes féminines), elle va cependant réussir à influencer très fortement sa fille, Monica. Celle-ci est juste un peu plus âgée que Clémence et a toujours haït la famille Devlin (à cause de la sulfureuse Renée qui lui a "volé" son père) et du coup, voir revenir Clémence, qui ressemble maintenant à Renée Devlin comme deux gouttes d'eau et voir son frère être irrésistiblement attirée par celle-ci la fait enrager (et dérailler). Alors attention, je mets les femmes Bouvier dans les éléments que je n'aime pas mais en fait, je trouve que l'auteure a bien fait d'inclure des personnages aussi perturbés pour mettre des bâtons dans les roues de Gray qui va vite se rendre compte que Clémence compte beaucoup pour elle (et donc, il se retrouve le cul entre deux chaises : Choisir sa mère et sa soeur ou choisir la femme qu'il aime ?). J'ai aussi bien aimé la manière dont l'auteure a traité les déviances sexuelles de l'avocat de la famille, Alex, qui fut le meilleur ami de Guy Bouvier et qui a presque servi de père par procuration à Gray quand celui-ci a disparu. Attention zone spoilers ! Cliquez sur le mulot et passez le texte en surbrillance !  Je dois dire que je n'ai pas trop compris comment Monica a fini par tomber sous son influence et est devenue sa maitresse durant des années (il l'a même dépucelée, le cochon !) alors qu'en plus, ce petit pervers a toujours été amoureux de Noëlle et en fait, du coup, il prenait Monica pour sa mère et quand il couchait avec elle, c'était pour combler sa frustration puisque, je le répète, Noëlle Bouvier est d'une froideur inaccessible qui refuse tout contact physique.....

"Toute la région savait que son père couchait avec Renée depuis des lustres. Gray n’y trouvait pas spécialement à redire. Même s’il aimait sa mère, il ne pouvait blâmer Guy d’aller se distraire ailleurs. D’ailleurs sa mère elle-même ne s’en plaignait pas. Noëlle Bouvier avait horreur des contacts physiques, y compris de la part de ses enfants. À trente-neuf ans, aussi belle qu’une madone, elle en avait également la froideur. Comment diable avait-elle pu avoir des enfants ? Et comment Guy aurait-il pu lui être fidèle ? Doté du tempérament fougueux des Bouvier, Guy était un homme au sang chaud et il était passé dans de nombreux lits avant de prendre Renée pour maîtresse plus ou moins attitrée. Moyennant quoi il se montrait un mari attentionné pour Noëlle, laquelle s’accommodait très bien de ses frasques. Il ne la quitterait jamais. Gray ne se faisait pas le moindre souci à ce sujet".

Pour conclureLe secret du lac a été un pur coup de coeur pour moi ! Mon Dieu, c'est vraiment le genre de romance que j'aime lire avec un homme qui s'efforce de détester l'héroïne qui ne mérite pourtant pas toute cette hargne et cette médisance à son encontre. Clémence est une jeune femme remarquable qui a grandit trop vite en vivant des moments difficiles durant son enfance puis son adolescence. Une fois adulte, elle revient dans sa ville natale, bien décidée à comprendre ce qui s'est passé douze ans plus tôt et pour laver son nom. Par certains aspects, j'ai trouvé dans cette histoire des similitudes avec les romans de Virginia C. Andrews qui ont bercé mon adolescence, avec des héroïnes à l'enfance malheureuse parsemée de drames et des personnages secondaires parfois bien perchés....Gray, quant à lui, ouh la la ! Il est ultra séduisant et j'ai pris plaisir à le voir lutter contre son attirance irrésistible envers Clémence. Lui qui était déterminé à lui faire la guerre va vite se rendre contre qu'il préférerait largement lui faire l'amour ! Concernant l'intrigue principale du roman, c'est à dire la disparition du père de Gray douze ans plus tôt (et qui a, du coup, sonné le glas pour la famille de Clémence), elle est assez bien menée ! Clémence est très intelligente et va fourrer son nez là où il ne faut pas, s'attirant des menaces assez sérieuses et intimidantes.....Heureusement, où qu'elle aille, Gray n'est jamais bien loin (pour la surveiller, se chamailler avec elle mais aussi pour lui venir en aide...). Bref, Le secret du lac est une pépite en matière de romantisme et d'amour passionné. La personnalité volcanique de nos deux personnages principaux fait monter crescendo la température (qui est déjà bien élevée en Louisiane) pour notre plus grand plaisir. Lisez ce livre, vous ne le regretterez pas ! 



Ma note : 18,50/20

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lundi 20 février 2017

Le disparu de San Pablo

Linda Howard
Les Editions J'ai Lu (2007)
Edition originale 2003
383 pages 

Synopsis :
Une jeune maman sur un marché mexicain... L'attaque d'un commando mafieux qui lui arrache son nourrisson... L'enquête infructueuse... Le divorce... Après dix ans de vaines recherches, de désillusions et de solitude, Milla Edge est devenue une spécialiste des interventions musclées dans les cas d'enlèvements. Elle s'est aguerrie, a appris à manipuler les armes, bref elle est devenue une autre femme, qui n'a jamais perdu l'espoir de retrouver un jour Justin, son fils. Aujourd'hui, son unique piste est un certain Diaz, contre lequel tout le monde l'a mise en garde. " Le chercher, c'est chercher la mort ! " lui murmure-t-on. Il s'agirait d'un tueur, d'un mercenaire au regard de cobra. Mais Milla n'aura pas à débusquer cet homme à la séduction féline, car c'est lui qui viendra à elle...



"Dès l’instant où elle comprit la dangereuse attirance qu’elle éprouvait pour lui, elle fut doublement nerveuse à l’idée qu’il pouvait surgir à tout instant, inopinément comme à son habitude. Une partie d’elle-même, la partie la plus femme, se languissait du contact avec un vrai mâle, voulait vérifier si son désir pour Diaz existait bien ou si son imagination l’avait échafaudé de toutes pièces en l’absence de ce dernier. Son esprit, en revanche, lui conseillait de ne lui faire comprendre sous aucun prétexte qu’elle voyait en lui un être sexué, et le meilleur moyen pour ce faire était encore de rester loin de lui. Cela étant impossible, la question était de savoir si, en sa présence, elle serait capable de se tenir et de ne lui montrer aucun signe d’intérêt. Étant donné la perspicacité et le sens de l’observation aigus de Diaz, elle devrait redoubler de prudence".

Le thriller n'est pas mon genre littéraire de prédilection. Vous le savez, je suis plus portée sur la romance mais comme le synopsis de ce livre, Le disparu de San Pablo, indiquait qu'il y avait également une histoire d'amour avec le genre de héros masculin que j'affectionne, je n'ai pas hésité une seconde....Et je ne le regrette pas du tout ! J'ai vraiment énormément accroché au style d'écriture de l'auteure américaine Linda Howard ! D'ailleurs, au moment où j'écris cette chronique, j'ai déjà enchaîné sur deux autres livres de l'auteure, c'est vous dire mon enthousiasme ! 



Le récit débute quand Milla a 23 ans en 1993, elle est l'épouse de David Boone (et pas Dany Boon ah ah ah !) un jeune chirurgien talentueux et l'a accompagné au Mexique où il doit exercer quelque temps. Un jour où Milla fait ses courses dans un marché mexicain, son bébé, Justin, va lui être subitement arraché des bras par deux individus. La jeune femme va tenter de résister et va même jusqu'à crever l'oeil de l'un des deux agresseurs mais cela  ne suffira pas. Elle va voir son petit bonhomme disparaître sous ses yeux....

Milla divorcera de son mari un an plus tard, leur couple n'ayant pas survécu à ce drame et nous la retrouvons finalement dix ans plus tard, alors qu'elle travaille pour une association qui recherche les enfants disparus. 


Si elle n'a toujours pas réussi à retrouver Justin, elle vit un semblant de réconfort à aider les autres parents qui sont plongés dans le même désarroi qu'elle surtout que ses actions sont souvent efficaces. La jeune femme n'hésite pas à aller sur le terrain et est disponible 24 heures sur 24. 


Un jour, elle va recevoir un appel anonyme lui signalant que le fameux Diaz doit se rendre à un rendez-vous nocturne. Milla entend parler de cet homme depuis maintenant deux années mais elle ne sait pas à quoi il ressemble car le simple nom de cet individu fait frissonner tous les voyous....Milla se demande si ce Diaz ne serait pas l'homme qu'elle a éborgné 10 ans plus tôt ou en tout cas, a un lien avec les kidnappeurs de son bébé.....


"Sa première piste sérieuse sur Diaz depuis deux ans ! C’était peut-être le moment qu’elle attendait depuis dix années. L’enlèvement de Justin était resté entouré de mystère et de rumeurs. Aucune rançon n’avait été réclamée et les kidnappeurs s’étaient volatilisés. Cependant, elle avait fini par obtenir des bribes d’information concernant un individu borgne qui n’était jamais là où elle espérait le trouver. Deux ans plus tôt, une femme lui avait glissé à l’oreille qu’un nommé Diaz savait peut-être quelque chose. Depuis, Milla avait beau le traquer sans relâche, elle n’avait découvert que des rumeurs exaspérantes. « Chercher Diaz, c’est chercher la mort », lui avait dit un vieillard pour la dissuader de continuer. Mieux valait ne pas essayer d’approcher. Diaz était au courant de beaucoup de disparitions ou derrière celles-ci. Elle avait entendu dire que le borgne s’appelait Diaz, ou que le borgne travaillait pour Diaz, ou encore que Diaz avait tué le borgne pour avoir enlevé par erreur un bébé américain et causé un beau tapage médiatique. Milla avait entendu tout et son contraire à propos de Diaz. Les gens redoutaient d’en parler mais Milla posait des questions et, à force de patience, obtenait des bribes de réponse formulées à voix basse. Sans savoir vraiment qui était ce Diaz, elle avait la conviction qu’il était lié à l’enlèvement de Justin".


Ce que j'ai aimé dans ce livre :

1#-Diaz, le héros sombre et mystérieux : Ouh la la ! Cet homme est vraiment intense ! Il ne parle pas beaucoup, mais les rares fois où il ouvre la bouche, il va droit au but ! Le coquin ! Il m'a fait glousser plus d'une fois !...Ce qui est fascinant avec notre cher Diaz c'est l'aura de dangerosité qui se dégage de son 1m90 tout en muscles. Il agit sans émotion, comme un robot, pour rechercher ses "proies" et les exécuter. Mais attention, ce ne sont jamais des victimes innocentes ! Diaz se spécialise dans la chasse aux criminels et a des relations et du soutien avec la police américaine. Tout comme Milla, il a un passé plutôt compliqué sauf que lui, c'est dès sa naissance que ça a foiré....On ne peut pas dire que ses parents soient des exemples, surtout sa mère. Diaz a eu une enfance solitaire et particulière et depuis, il entretient donc des relations que je dirais inexistantes avec les autres notamment les femmes, jusqu'à ce qu'il rencontre Milla....



"Diaz devinait souvent comment procédaient les malfaiteurs : il lui suffisait de s’imaginer ce qu’il aurait fait à leur place et il se trompait rarement. Cela ne révélait peut-être pas grand-chose sur sa personnalité, mais en disait long sur son efficacité".

"Enfant, déjà, il était solitaire et silencieux, au point que sa mère l’avait fait examiner, soupçonnant un cas d’autisme, de retard mental, bref, d’une quelconque affection expliquant qu’il passe son temps à observer les gens sans presque jamais participer aux conversations ou aux activités. Même le fait que sa mère se soit d’abord inquiétée pour lui, puis n’ait cessé d’être mal à l’aise en sa présence n’avait provoqué aucune émotion, aucune réaction de sa part. Il observait les gens, la manière dont leur visage et leur corps démentaient leur discours. Et, contrairement à ce que pensait sa mère, il n’était pas inactif. Lorsqu’elle s’absentait ou dormait, il rôdait dans la maison, le voisinage ou la campagne. La nuit était son royaume comme elle était celui des autres prédateurs".


"Quand Diaz avait eu quatorze ans, sa mère l’avait récupéré. Elle désirait, paraît-il, qu’il finisse sa scolarité aux États-Unis. C’est ce qu’il fit. Elle déménageait si fréquemment qu’il changea six fois d’établissement en quatre ans mais il obtint ses diplômes malgré tout. Il ne sortait pas avec les filles de son âge, dont le manque de personnalité le laissait de glace. Il n’avait perdu sa virginité qu’à l’âge de vingt ans et, depuis, n’avait connu que très peu de femmes. Le sexe lui plaisait, mais cela impliquait une vulnérabilité à laquelle il avait du mal à se soumettre. En outre, il faisait souvent peur aux femmes. Bien qu’il fasse de son mieux pour ne pas se comporter en rustre, il faisait l’amour avec une sauvagerie qui les intimidait la plupart du temps. Peut-être son avidité provenait-elle simplement d’un manque de pratique, songea-t-il non sans humour. Toujours est-il qu’il trouvait plus simple de gérer seul sa sexualité. Cela faisait bien deux ans qu’il n’avait pas rencontré une femme suffisamment attirante pour qu’il envisage de coucher avec – jusqu’à ce qu’il voie Milla Edge".


2#-L'histoire d'amour qui fait rêver : Comment un mec aussi froid que Diaz peut me donner des bouffées de chaleur à chaque fois qu'il est face à Milla ?! Comprenons-nous bien : concernant Milla, on ne peut pas dire que ce fut un coup de foudre car notre beau brun a une apparence tellement intimidante.....Mais voilà, Diaz est fortement attiré par la demoiselle. Elle est aussi féminine que lui est viril. Ils se complètent totalement. Si au début, c'est juste une attirance physique, il va vite s'attacher à elle et l'on comprend rapidement que s'il doit un jour faire sa vie avec une femme, ce sera uniquement avec Milla et personne d'autre ! Whaou ! Un amour aussi exclusif et providentiel, cela fait rêver ! Attention zone spoilers ! Cliquez sur le mulot et passez le texte en surbrillance ! Le dernier chapitre qui nous narre la petite vie de famille entre Diaz et Milla m'a beaucoup émue avec leurs trois petits diables....Diaz semble être un père remarquable et du coup, cette conclusion à leur histoire.....Vous voyez, c'est comme si Milla avait offert la rédemption à Diaz, qui a toujours vécu une vie sombre et dangereuse sans perspective de bonheur....Et finalement, Milla arrive et lui offre une vie heureuse et des enfants....C'est vraiment trop beau ! 



"—Qu’a-t-il dit ? s’impatienta Joann.
— Bonne question, dit une voix monocorde derrière elles. Qu’a-t-il dit ? Joanna sursauta et poussa un petit cri en se retournant. Milla se leva si brusquement que son fauteuil alla heurter le bureau. Debout près de Joann, elle contempla l’homme qui se tenait sur le seuil de la pièce. La sueur se mit à lui couler le long du dos et son cœur s’emballa. Elles étaient seules, la porte était verrouillée. Comment cet homme était-il entré ? Et que voulait-il ? Il ne paraissait pas armé mais, bien qu’il eût les mains vides, Milla n’était pas rassurée car il avait le regard le plus glacial et le plus lointain qu’elle ait jamais vu. Elle plongeait dans ce regard de tueur, tremblant comme une feuille, et malgré tout incapable d’en détacher les yeux. C’était comme un cobra hypnotisant sa proie avant de se jeter sur elle. On aurait dit que l’inconnu, parfaitement immobile, n’était pas un être humain. À côté d’elle, Joann respirait par à-coups et ouvrait de grands yeux ronds. Lorsque Milla lui toucha le bras pour la rassurer, celle-ci lui prit la main dans un geste désespéré. Après avoir observé ce geste, l’inconnu se remit à les dévisager.
— Ne m’obligez pas à reposer la question. Cette voix… Elle connaissait cette voix, mais la panique était trop forte pour qu’elle puisse se rappeler d’où. À grand-peine, elle parvint à répondre :
— C’était une cabine téléphonique. L’employé de la station ne sait pas qui a appelé, il était trop occupé pour faire attention. Pour toute réponse, l’inconnu baissa légèrement les paupières. Impossible de sortir de la pièce. Bien qu’il ne soit pas immense, il était grand – environ 1,90 m –, élancé et son corps tout en muscles semblait vif comme l’éclair. Il avait un côté obscur, ressemblait à une ombre où planait une menace presque palpable. Milla comprit soudain. Une sorte de vertige la saisit et elle dut s’appuyer contre son bureau.
— C’est vous qui m’avez assommée l’autre nuit. Au même moment, une deuxième évidence s’imposa à son esprit, qui lui coupa littéralement les jambes.
— Vous êtes Diaz. L’inconnu resta impassible.
— Il paraît que vous voulez me parler".

"À présent, il devait redoubler de vigilance, car Milla le rendait moins implacable. Sans pouvoir dire à quel moment, il savait qu’un changement s’était produit en lui. Il se surprenait à faire des choses auxquelles il n’était pas habitué. D’ordinaire peu loquace, il parlait avec elle, lui révélait des détails personnels et s’étonnait qu’elle se confie en retour. Au début, elle avait eu peur de lui, mais il était habitué à ce qu’on le redoute. À présent, elle ne le craignait plus et cela lui faisait plaisir : comment pourrait-elle coucher avec lui s’il l’effrayait ? Peut-être n’avait-elle pas encore compris ce qu’il éprouvait. Il se retenait d’aller trop vite en besogne, de peur de l’effaroucher. Lorsqu’il l’avait embrassée, il aurait volontiers approfondi son baiser, mais en sentant qu’elle se figeait et ne lui répondait pas, il s’en était tenu à quelque chose de doux et de léger. Probablement n’avait-elle pas même conscience de ce qu’elle éprouvait elle-même mais lui, avec son art de deviner les gens, savait qu’il lui inspirait quelque chose. Elle avait trop facilement accepté qu’il la touche, elle s’était trop aisément blottie contre lui. En tant que femme, elle n’était absolument pas indifférente. Malgré une longue période d’abstinence, il avait bien l’intention de posséder Milla. Il suffisait d’être patient, de lui donner le temps de s’habituer à lui. Il était certain du résultat ; elle était faite pour lui".

"— Et comment saviez-vous qu’il y avait une chute d’eau ? Après un silence, Diaz répondit :
— Il y a toujours une chute d’eau. Vous ne regardez jamais les films ? Submergée par le soulagement et par la joie exubérante d’être en vie, Milla éclata de rire. Diaz s’allongea sur le dos près d’elle, encore essoufflé lui aussi. Lorsqu’il se tourna vers elle, un petit sourire se dessina sur son visage. Il la dévisagea un instant, fronçant les yeux à cause du soleil.
— Je donnerais n’importe quoi pour être en vous, là, maintenant.
Choquée, Milla cessa instantanément de rire. Elle avait beau avoir rêvé de lui de jour comme de nuit, elle n’avait pas envisagé de devoir affronter cette réalité. Diaz, faire l’amour avec elle ? Ce qu’il venait de dire semblait tellement déplacé qu’elle resta un moment hors du temps, à la dérive sur la roche tiède, la tête bourdonnante. Puis soudain elle reprit ses esprits. Diaz… et elle. Ses entrailles se nouèrent en l’imaginant sur elle, en elle. Elle avait envie de lui, maintenant et depuis le premier jour. Il ne l’avait même jamais embrassée – car le baiser amical de Juarez ne comptait pas. Elle avait envie de lui, et pourtant les bonnes raisons pour ne pas céder à cette envie se précipitaient dans son esprit. S’il ne cherchait qu’à tirer un coup, il se trompait d’adresse. Or, que pouvait-il chercher d’autre ? Après tout, il s’agissait de Diaz, un homme qui n’était pas du genre à s’attacher. Milla n’était pas assez naïve pour avoir la prétention de le changer. Elle avait pris soin de ne pas lui montrer son attirance, de lui cacher ce qu’il lui inspirait. Elle avait tout enfermé dans ses rêves et pourtant, il l’avait devinée, elle le comprenait à son regard".

3#-La souffrance d'une mère : Même si c'est un passage difficile émotionnellement à lire dans ce livre (surtout pour une hypersensible comme moi), j'ai vraiment trouvé que l'auteure a remarquablement bien retranscrit la souffrance éprouvée par cette jeune mère qui se voit arracher son bébé par des inconnus. Retrouver Justin, c'est le seul but de Milla dans sa vie, la seule raison qui lui permet de se lever tous les matins. Même si elle a divorcé de son mari, David, celui-ci est resté ami avec elle et lui verse une pension alimentaire, ainsi, elle n'a pas besoin d'avoir un travail "alimentaire" et peut se consacrer à 100% à son association d'aide à la recherche d'enfants disparus. J'ai été énormément touchée à propos du passage où l'on voit Milla qui collecte des petits cailloux....Une habitude prise depuis la disparition de Justin car la jeune femme imagine que les petits garçons aiment collectionner les cailloux de quelques formes que ce soit.....Elle en a donc un paquet chez elle qu'elle attend d'offrir à son fils, quand elle le retrouvera.....Il est intéressant aussi de voir comment la famille de Milla réagit face à son "deuil impossible". Je trouve les réactions du frère et de la soeur de l'héroïne très réalistes. En effet, c'est dans la nature humaine de "passer à autre chose" quand un drame ne nous concerne pas directement.....Ainsi, ils ont reproché à la jeune femme de "plomber l'ambiance" lors des réunions de famille si bien que depuis, ils sont fâchés et quand Milla va voir ses parents, elle s'arrange pour qu'ils soient seuls.....Attention zone spoilers ! Cliquez sur le mulot et passez le texte en surbrillance ! Et bien entendu, il y a le moment tant attendu quand Milla retrouve la trace de son fils et l'observe au loin.....Dix années de souffrances balayées par ce grand bonheur. J'ai vibré de joie avec l'héroïne et j'ai eu énormément d'admiration pour elle quand elle va voir les "nouveaux" parents de Justin et leur dit qu'elle ne le leur reprendra pas. Quelle abnégation ! Quelle générosité de coeur ! .....Et enfin, la fin du livre, quand finalement Zack (alias Justin) vient frapper à la porte de sa mère pour faire sa connaissance.....de voir qu'il est devenu un jeune homme maintenant et que ses parents adoptifs ont eu eux aussi la bonté d'âme de transmettre les coordonnées de Milla, cela m'a ravie le coeur et je dois bien vous admettre que j'ai versé ma petite larme en refermant mon livre quand enfin, le mère et le fils se retrouvent réunis.....Au niveau des émotions fortes, l'auteure Linda Howard a excellé, bravo !

"Au fil du temps, elle avait essayé d’imaginer quels pouvaient être ses centres d’intérêt du moment et avait acheté des jouets en conséquence. Était-il attiré par les ballons et les camions ? Imitait-il le vrombissement du moteur ? À trois ans, elle se l’était imaginé sur un tricycle. À quatre ans, elle avait songé qu’il devait ramasser cailloux et vers de terre. Son aversion l’empêchant de ramasser des lombrics, elle avait commencé une collection de cailloux. Lorsqu’il avait eu six ans, avait-il appris à jouer au football ou au base-ball ? Il devait encore aimer les cailloux. Elle avait tout de même acheté une balle et une petite batte de base-ball, au cas où. Pour son huitième anniversaire, elle se l’était peint avec ses premières dents définitives, encore trop grandes pour son petit visage qui perdait déjà les rondeurs de l’enfance. À quel âge commençait-on à jouer chez les minimes ? Il devait posséder sa propre batte et son gant, à présent. Peut-être quelqu’un lui avait-il appris à faire des ricochets. Elle avait commencé à collectionner les pierres plates. À présent, il avait dix ans. C’était peut-être un peu vieux pour jouer encore avec des cailloux. Il devait posséder un vélo à dix vitesses – une pour chaque année. Peut-être était-il passionné d’ordinateurs. Il avait maintenant l’âge de jouer chez les minimes. Peut-être possédait-il un aquarium. Il pourrait y mettre les plus jolis cailloux de sa collection. Milla avait cessé d’acheter des jouets. Elle possédait un ordinateur mais n’avait acheté ni vélo ni aquarium. Les poissons seraient morts faute d’être nourris régulièrement".


4#-L'univers sombre avec le trafic de bébés et d'organes : Ce livre m'a particulièrement plu car il joue sur l'émotion du lecteur en abordant des sujets graves notamment le trafic de bébés. Le principe est simple : des bébés mexicains sont enlevés de leur famille et sont revendus aux Etats-Unis, sous des faux papiers, pour être adoptés par des familles américaines en mal d'enfants. Ces familles sont de bonne foi et pensent que les bébés ont été abandonnés par leurs parents (le motif de la jeune adolescente fille-mère qui ne peut pas s'occuper de son enfant et souhaite pour lui le meilleur en étant adopté par une bonne famille américaine fonctionne très bien...). Pour ce qui est du trafic d'organes, pas besoin de faire un dessin, c'est encore pire : des gens sont séquestrés et tués pour qu'on leur prélève leur organes afin de les vendre au marché noir.....L'histoire se passe de part et d'autre de la frontière mexicaine, avec une ambiance un peu à la Breaking bad. J'ai adoré ce cadre posé par l'auteure et même si nous avons aussi droit à des lieux un peu plus américains avec les maisons de banlieue et les jolis jardins bien tondus, le Mexique avec ses cantinas obscures n'est jamais très loin (les cantinas correspondent à nos bars, ou aux anciens saloons du Far West, à raison de plus que les femmes ne sont pas autorisées à y aller, sauf les prostituées). 


"Nombreux étaient les bébés enlevés qui mouraient bel et bien. Quatre-vingts pour cent mouraient d’hyperthermie lors du passage de la frontière, cachés dans un coffre de voiture. Les vingt pour cent qui survivaient étaient revendus dix à vingt mille dollars pièce et peut-être même plus cher. Tout dépendait de la demande. Les Fédéraux avaient tenté de la rassurer en lui expliquant que Justin avait dû faire l’objet de soins particuliers car les enfants blonds aux yeux bleus avaient une plus grande valeur marchande. Légèrement rassurée, Milla n’avait pu s’empêcher de songer aux bébés basanés qui ne bénéficiaient pas des mêmes égards. Et si Justin avait fait partie des pertes sèches ? Les êtres immondes qui vivaient de ce trafic prenaient-ils seulement le temps d’inhumer leurs victimes ? Ou se contenaient-ils de les jeter dans un fossé où elles servaient de pâture à…"

"Que des gens meurent à Juarez et dans l’État du Chihuahua n’avait rien d’anormal. Certaines de ces morts étaient l’œuvre d’un sérial killer mais de plus en plus de corps étaient retrouvés amputés de leurs organes. Les victimes n’étaient pas toutes tuées de la même façon : certaines par balle, d’autre à l’arme blanche, ou encore par strangulation. Dans les cas les plus horribles, les organes avaient été prélevés ante mortem. Diaz ne pouvait qu’espérer que les malheureux étaient inconscients au moment des faits. Il s’agissait indifféremment d’hommes ou de femmes, mexicains pour la plupart, ou parfois de touristes malchanceux, comme Paige Sisk. On retrouvait les corps dans différents quartiers de Juarez, jetés là comme les objets désormais sans valeur qu’ils étaient devenus. Combien pouvait valoir un cœur au marché noir ? Ou un foie, des reins, des poumons ? Chaque jour, des malades en attente d’une greffe mouraient faute d’organes disponibles. Les plus fortunés d’entre eux ne pouvaient-ils pas écourter l’attente, se commander, par exemple, un cœur provenant d’un donneur compatible ? N’existait-il pas des gens prêts à payer des millions pour un organe ? N’existait-il pas des donneurs potentiels non volontaires et bien vivants ? Pas de problème : il suffisait d’en faire des donneurs morts. Diaz avait pour mission de découvrir qui était derrière ce trafic. Pas les peons, les petites pointures comme Pavôn, les exécutants qui enlevaient les victimes. Il devait y avoir un endroit servant à prélever et réfrigérer les organes avant leur transport, un endroit qu’il n’avait pas encore découvert. À moins qu’il ne se trompe : peut-être le prélèvement d’organes avait-il lieu n’importe où, selon les circonstances. Après tout, il suffisait de disposer d’un scalpel et d’une glacière".

Pour conclure, Le disparu de San Pablo est un vrai coup de coeur pour moi ! Cette histoire m'a tenue en haleine autant pour son coté suspense que dramatique mais aussi par rapport à l'histoire d'amour intense et complexe entre nos deux héros. Milla est une jeune femme de 33 ans qui a vécu un drame dix ans plus tôt avec l'enlèvement de son bébé de quelques mois. Elle consacre depuis tout son temps pour le retrouver. Ses recherches vont lui faire croiser la route du mystérieux Diaz dont la seule évocation de son nom fait trembler tous les malfrats mexicains, d'un côté ou de l'autre de la frontière. Si Diaz est un homme impitoyable et taciturne (gggroarrr ! Quel mâle !!!), Milla, par sa seule présence va arriver à percer sa carapace dure et coriace. Il leur faudra du temps pour s'apprivoiser mutuellement et avoir la volonté de dépasser tous les obstacles qui se dressent entre eux (heureusement que notre "froid" et insensible Diaz s'accroche !). Au niveau de l'intrigue principale, c'est à dire la recherche du bébé (enfin, du garçon, puisque 10 années se sont écoulées) c'est vraiment bien mené. Même si mes soupçons impliquant certains personnages dans le kidnapping se sont avérés justes, l'auteure a aussi réussi à me surprendre avec des retournements de situation qui ont fait rater un battement à mon petit coeur trop sensible ! Et puis il y a la fin du livre qui m'a énormément émue. Je vous recommande évidemment à 100% ce livre.....Rien que pour l'obscur et viril Diaz, laissez-vous tenter, vous ne le regretterez pas !



Ma note : 18,50/20


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