mercredi 29 mars 2017

LES DEMOISELLES DE SPINDLE COVE - Tome 2 : Une semaine de folie

Tessa Dare
Les Editions J'ai Lu (2014)
Sortie originale 2012
410 pages

Synopsis :
Minerva Highwood est catastrophée. Lord Payne, ce dépravé, s'apprête à demander la main de sa soeur. Pour empêcher un tel drame, elle lui fait une proposition : il va l'accompagner à Edimbourg où doit se tenir un colloque de géologie. Là-bas, elle espère remporter le prix de cinq cents guinées pour ses découvertes, somme qu'elle promet de lui verser intégralement. Sa réputation sera brisée ? De toute façon, elle a voué sa vie à la science et n'envisage pas de se marier. Quand Payne accepte, Minerva exulte sans imaginer une seconde que ce charmant scélérat aura bien d'autres exigences...

« C'était tellement étrange. La plupart des femmes qu'il connaissait comptaient sur leur beauté et leur charme pour dissimuler les traits les moins séduisants de leur caractère. Cette fille faisait l'inverse, dissimulant tout ce qui la distinguait et la rendait captivante derrière une façade terne et trop sérieuse ».

Ce 2ème tome des Demoiselles de Spindle Cove a été une très bonne surprise pour moi ! Il faut dire que je n’en attendais pas forcément grand-chose dans la mesure où le héros masculin Colin Sandhurst, a une personnalité qui n’est pas du tout à mon goût (ce que j’avais lu sur lui dans le 1er tome ne m’avait pas trop ravie, notamment le fait qu’il soit un beau parleur inconséquent et irresponsable, contrairement à son cousin, le très droit Lieutenant-Colonel Bramwell qui est un homme sur qui l’on peut compter), quant à l’héroïne, Minerva Highwood,  elle ne fait pas trop rêver et l’on n’a pas forcément envie de se mettre à sa place….Sauf que….Sauf que voilà, la magie de l’auteure américaine Tessa Dare a une nouvelle fois opéré au fil des pages notamment grâce à son imagination débordante et surtout son très grand sens de l’humour !

La particularité principale d’Une semaine de folie est que nous quittons le village de Spindle Cove, situé au Sud de l’Angleterre (au bord de la Manche), pour nous embarquer sur les routes de la Grande Bretagne afin de rejoindre l’Ecosse, où Minerva compte bien présenter ses recherches scientifiques lors dun colloque qui se tient à Edinbourg.

Evidemment, ce « road trip » de sept jours ne va pas être de tout repos pour nos deux héros mais il aura le mérite de les faire sortir chacun du rôle dans lequel ils s’étaient figés tous les deux, à savoir un Vicomte nonchalant et j’en-foutiste qui collectionne les conquêtes féminines pour l’un et une vieille fille à lunette qui collectionne les roches et les cailloux, pour l’autre….

Les contraires s’attirent et avec Minerva et Colin, on peut dire que c’est clairement le cas ! Si Minerva aurait très bien pu entamer ce voyage toute seule en Ecosse car elle a l’habitude de se débrouiller toute seule et est dotée d’une très grande intelligence, elle souhaitait également « sauver » sa sœur Diana du fantasme de leur mère d’en faire une Vicomtesse en éloignant ce débauché de Lord Payne qui ne représente à ses yeux qu’être un bon à rien oisif (comme beaucoup d’aristocrates) et qui aurait très certainement rendu sa soeur adorée très malheureuse….

C’est donc avec un certain esprit de sacrifice que Minerva décide d’inventer une fuite amoureuse scandaleuse avec Colin Sandhurst, qui lui ruinera à coup sûr sa réputation, mais comme de toute manière, elle ne compte jamais se marier, finalement, peu importe qu’elle soit « grillée » au yeux de la haute société ! Pour elle, qui n’a jamais espérer tomber amoureuse, seules comptent ses recherches scientifiques et il faut bien admettre qu’elle tient entre ses mains quelque chose qui pourrait changer à tout jamais la vision du monde qu’ont les hommes de cette époque…..

« — Donc, vous ne croyez pas en moi ?
— Non, ce n'est pas cela. Je ne crois pas aux dragons, tout simplement.
— C'est tout ? Vous croyez que je me monte la tête et invente n'importe quoi ? Elle se leva et commença à déboucler les courroies de sa malle.
— Cette créature n'était pas un dragon, ni une créature mythique, mais un animal qui a existé et vécu. Et je fonde mes conclusions sur des années d'études scientifiques ».

Comme à chaque fois, l’auteure Tessa Dare m’a happée dans son récit avec pour ce tome-ci énormément d’aventures mais aussi des revendications féminines (dignes d’une demoiselle de Spindle Cove, bien sûr !) et bien évidemment une touche de sensualité...(car mine de rien, la petite brunette à lunette cache bien son jeu et le très libertin Lord Payne va rapidement s’en rendre compte….pour son plus grand plaisir !).


Une semaine de folie n’est pas un coup de cœur pour moi car malgré tout, je ne suis pas fan de la personnalité de Colin Sandhurst (qu’il collectionne les conquêtes féminines, soit, mais sa manière de raconter des bobards constamment et de faire des promesses qu’il ne tient pas…Par exemple, avec le jeune Finn, qui a quand même perdu sa jambe, dans le tome 1, un peu à cause de lui…Pour moi, ça ne passe pas !). Néanmoins, je ne suis pas non plus totalement hostile à ce personnage et je suis contente d’en avoir appris un peu plus sur son enfance traumatisante et les raisons qui le poussent, du coup,  à ne pas pouvoir dormir seul la nuit et à avoir un tel comportement désinvolte envers tout le monde….

« Elle inspira profondément et leva le menton.
— Alors enfuyez-vous avec moi, lâcha-t-elle. Après un silence stupéfait, il éclata d'un rire sonore. Elle attendit sans ciller que son hilarité se calme.
— Morbleu ! s'exclama-t-il. Vous êtes sérieuse ?
— On ne peut plus sérieuse. Laissez Diana tranquille et enfuyez-vous avec moi. Il vida le verre d'un trait, le posa sur le sol et se racla la gorge.
— C'est courageux de votre part, chaton. Proposer de m'épouser à la place de votre sœur. Mais franchement, je...
— Je m'appelle Minerva. Je ne suis pas votre chaton. Et vous êtes dérangé si vous pensez que je pourrais vous épouser. — Mais je croyais que vous veniez de dire...
— M'enfuir avec vous, oui. Me marier avec vous ? Elle laissa échapper un petit bruit incrédule.
— Franchement. Il battit des paupières.
— Je vois que vous êtes déconcerté.
— Oui, bon. Je l'aurais volontiers reconnu, mais je sais le plaisir que vous tirez à souligner mes défaillances intellectuelles. Après avoir fouillé dans les poches intérieures de sa pèlerine, Minerva sortit une brochure scientifique. Elle l'ouvrit à la page des annonces, puis la tendit au vicomte.
— Une conférence est organisée par la Société royale de géologie à la fin du mois, expliqua-t-elle. Un colloque. Si vous êtes d'accord pour m'accompagner, mes économies devraient suffire à assurer nos frais de voyage.
— Un colloque de géologie. Il jeta un coup d'œil au journal.
— Telle est votre scandaleuse proposition. Celle pour laquelle vous avez affronté les éléments au milieu de la nuit. Vous m'invitez à un colloque de géologie si je me désintéresse de votre sœur.
— Que pensiez-vous que j'allais vous proposer ? Sept nuits de plaisir charnel dans votre lit ? Elle avait voulu plaisanter, mais il ne rit pas. Il se contenta de lorgner sur sa robe trempée. Minerva s'empourpra. Maudite soit-elle. Elle disait toujours ce qu'il ne fallait pas.
— J'aurais trouvé cette proposition plus tentante, déclara-t-il. Vraiment ? faillit-elle répliquer. Dieu qu'il était humiliant d'admettre à quel point sa remarque désinvolte la transportait de joie. « Je préférerais des plaisirs charnels avec vous à une conférence sur les pierres. » Un sacré compliment.
— Un colloque de géologie, murmura-t-il comme pour lui-même. J'aurais dû me douter qu'il y aurait des pierres dans cette histoire.
— Il y a des pierres dans tout. C'est la raison pour laquelle, nous, géologues, les trouvons tellement intéressantes. De toute façon, je n'essaie pas de vous tenter avec le colloque lui-même, mais avec la promesse de cinq cents guinées ».

Ce que j’ai aimé dans ce livre :
1#-L'humour : Avec des héros à la personnalité si enlevée, forcément, je m’attendais à passer un très bon moment de lecture, avec beaucoup de rires en perspective ! Il y a déjà le running gag de Lord Payne qui n’appelle jamais Minerva par son prénom et du coup, tous les prénoms féminins qui commencent par un « M » y passent !…..Certes, à la place de la jeune femme, au bout d’un moment, j’aurais été affreusement vexée, et du coup, je l’admire pour avoir gardé son self-control (en même temps, au début, elle n’était pas amoureuse de lui, donc, elle n’avait pas de raison de se vexer…..A la limite, cela confirmait ses à priori négatifs envers le Vicomte….)….Mais  bien évidemment, Colin Sandhurst est plein de surprises et finalement, son oubli du prénom de la jeune femme n’était pas si involontaire que cela….Au niveau de l’humour, nous avons aussi la réaction de l’impayable mère de Minerva, Mrs Highwood, qui est ravie de voir l’une de ses filles s’enfuir avec un Vicomte….Même si elle n’aurait jamais parié un franc sur Minerva, (puisqu’elle basait tous ses espoirs sur Diana….), finalement, c’est vraiment hilarant de la voir comploter et interdire à quiconque (notamment le très efficace Caporal Thorne) de se lancer à la poursuite des « amoureux en fuite »…..

« — Non ! Toutes les têtes se tournèrent vers Mme Highwood, qui venait de lâcher ce « non » sonore. Elle demeura immobile, les paumes à plat sur la table, le regard fixe. Kate avait l'impression qu'elle n'avait pas cillé une seule fois depuis que Diana avait lu la lettre.
— Personne ne part à leur poursuite, reprit la douairière. J'ai toujours su que lord Payne serait mon beau-fils. Mes amis me l'ont toujours dit, j'ai une intuition infaillible. Elle pressa la main sur sa poitrine.
— Certes, je pensais que ce serait Diana qui retiendrait son attention, belle comme elle est. Mais il semblerait que je n'aie pas tenu compte de l'intelligence de Minerva. Ses yeux bleus étincelèrent.
— Je n'imagine pas par quelle rouerie elle a réussi à le prendre dans ses filets ».

«— Minerva est mon amie, conclut-elle simplement. Et je suis heureuse pour elle.
— Si c'est votre amie, vous devriez vous inquiéter pour elle. Thorne la fixait d'un regard intense.
— Elle a besoin d'être secourue, ajouta-t-il. Kate releva le menton et lui offrit son profil. Son profil imparfait altéré par une tache de vin.
— N'est-ce pas à sa mère d'en décider ? Mme Highwood sortit de sa transe.
— Oui, Mlle Taylor a raison ! Nous devrions nous réjouir. Imaginez donc : ma Minerva, gauche, ombrageuse, irritable, a fugué en compagnie d'un vicomte ! Certains trouvent peut-être l'événement inattendu, incroyable, mais à moins que l'on parvienne à me convaincre du contraire... Un sourire s'épanouit sur son visage, la rajeunissant de dix ans.
— J'appelle cela un miracle ! »

« — Je vais passer devant mes hommes, puis devant les dames. Et je poserai la même question à chacun d'entre vous. Avant leur disparition, aviez-vous la moindre raison de croire que lord Payne et Mlle Minerva Highwood étaient...
— Amoureux, répéta Kate. Vous semblez avoir un problème avec ce mot, caporal. Ou est-ce avec le concept ? Il resta coi.
— Je ne comprends pas cet homme, murmura-t-elle à Diana. Soit il a des cailloux dans la tête, soit il a une pierre à la place du cœur. Diana sourit.
— J'en doute. Si c'était le cas, c'est par lui que Minerva aurait été subjuguée et non par lord Payne. Les cailloux et les roches sont sa passion ».

2#-Pris à leur propre jeu ! C’était un régal de voir tous les stratagèmes dont va user Minerva pour faire croire aux habitants de Spindle Cove que ce débauché de Lord Payne est amoureux d’elle et qu’elle s’est enfuie de son plein gré avec lui pour vivre leur passion !!! Mine de rien, on voit bien que cette jeune femme est très intelligente et a pensé aux moindres petits détails, comme par exemple écrire un faux journal intime pour faire croire aux lecteurs qui tomberaient « malencontreusement » dessus que leur flirt existe depuis des semaines….Bon après, dans tous les plans, même les mieux pensés, il y a toujours des failles et des étourderies (mises sur le compte du stress et de l’appréhension du grand jour de la fuite, on va dire ça…) comme confondre son vrai journal où elle ne parle que principalement de ses trouvailles scientifiques et dit beaucoup de mal de Colin avec le faux journal où elle simule une âme de grande romantique sauvagement amoureuse de son séducteur de Vicomte….Et puis, Si Colin accepte finalement au dernier moment de l’accompagner en Ecosse, pour l’argent qu’elle a promis de lui donner, mais aussi par un certain sens de galanterie (Colin se comporte en chevalier servant ? Soyons fous, rêvons un peu !), rien ne va les préparer à finalement tomber réellement amoureux l’un de l’autre…Tel est pris qui croyait prendre !

« — Voilà des mois que vous me taquinez impitoyablement. Personne ne risque de l'oublier.
— Ah, mais ce serait une preuve de plus de ma passion ! Vous ne le savez pas ? Un homme peut courtiser une dame avec indifférence, voire dédain. Mais il ne la taquine jamais s'il n'a pas un penchant pour elle.
— Je ne vous crois pas.
— Vous le devriez. Les autres le croiraient. Il posa les mains sur ses épaules et la détailla, depuis ses bottines jusqu'à ses cheveux défaits.
— Je pourrais leur faire croire à tous que je me consume pour cette enchanteresse aux cheveux de jais et aux lèvres sensuelles. Que j'admire son attachement féroce à ses sœurs, son courage et son ingéniosité. Que la passion qui brûle en elle, et dont j'ai entraperçu des signes lorsqu'elle s'aventure hors de sa coquille, me rend fou. Il prit son visage entre ses mains, plongea ses yeux dans les siens.
— Que je vois en elle une beauté rare, sauvage, qui est passée inaperçue, je ne sais comment. Et que je la veux. Désespérément. Tout à moi. Oh, je pourrais leur faire croire tout cela ! Minerva était comme ensorcelée par ses paroles. Elle était incapable de bouger ou de parler. « Ce n'est pas réel, se répétait-elle. Ces mots ne veulent rien dire. » Sa caresse, en revanche, était bien réelle. Réelle, chaude et tendre. Et elle pourrait prendre trop d'importance si elle s'y abandonnait. La prudence lui dictait de s'écarter ».

3#-Le principe de la pente à dévaler: Cette métaphore est excellente et je la garderai en tête car cela peut servir dans la vie ! (merci Mrs Tessa Dare !). Colin adore raconter des histoires toutes plus rocambolesques les unes que les autres. Comme on le sait si bien pour un mensonge : Plus c’est gros, plus ça passe ! Du coup, c’est un vrai délice de voir les histoires qu’il invente, en prenant Minerva comme complice. Bien entendu, quelques fois, il se fera découvrir mais comme il l’explique à Minerva, c’est comme quand on descend une pente en courant, il ne faut pas réfléchir, juste se laisser porter…..Si on commence à analyser les pas (ou ici, les mensonges), forcément, on va se brêler quelque part et tomber…..Après, vu l’aisance avec laquelle il ment, on peut aussi comprendre le désappointement de la jeune femme car elle aussi aura été victime de ses belles paroles….


4#-Diana et le forgeron du village, Aaron Dawes : C’est la sublime sœur de Minerva, Diana Highwood, qui était censée ravir le cœur de Lord Payne (en tout cas, dans le plan « machiavélique » de leur mère), mais voilà, si Mrs Highwood  - et tous les habitants de Spindle Cove - l’ignorent, la jeune femme a eu le coup de foudre pour le forgeron, Aaron Dawes. Nous, lecteurs, l’avons pressenti dans le 1er tome, cela se confirme dans celui-ci (avec la réaction du forgeron qui n’aime pas Lord Payne, on peut le comprendre…)….Leur histoire d’amour n’existe pas encore dans Une semaine de folie puisqu’elle ne se réalisera qu’après le tome 3…..Pour le moment, ils se « tournent autour mais de très loin », car il y a un problème de classe sociale. Si toi, qui lis ma chronique, tu es intéressé par leur romance, elle est relatée dans une nouvelle hors-série intitulée en VO : Beauty and the Blacksmith. Elle n’est pas disponible en français mais très facilement trouvable sur le net en anglais. Mon seul regret finalement, c’est que l’auteure ne leur ai pas consacré un vrai tome, car avec trois soeurs pour la famille Highwood, il y aurait de quoi faire ! Pourquoi l'auteure a choisi de n'utiliser réellement que Minerva alors que Diana et la jeune Charlotte avaient du potentiel, mystère….Quoi qu’il en soit, je vous conseille fortement la lecture (en VO) de ce tome 3.5 (bien qu’il ait été écrit après le 3ème tome, sa lecture dès maintenant n’est pas dérangeante !). 

5#-Francine le dinosaure  et le « girl power »: Dans ce 2ème tome, la mascotte n’est pas un animal vivant mais cette drôle d’empreinte d’un lézard géant que Minerva a découvert dans une grotte près de la plage et qu’elle a prénommée Francine, car bien entendue, celle-ci ne peut être qu’une femelle ! Francine, malgré sa discrétion et son silence va néanmoins tenir un rôle essentiel dans l’histoire. En plus de déclencher le rapprochement entre Minerva et Colin, elle constitue un élément historique et colle pratiquement à la réalité des découvertes d’ossements de dinosaures (qui ne s’appellent pas encore comme ça à l’époque puisque l’on ignore leur existence !). L’auteure met également l’accent sur le machisme ambiant de cette époque où les femmes n’étaient pas censées « réfléchir ». Minerva va en faire les frais une fois arrivée en Ecosse car bien évidemment, tout le monde penser que c’était un Mister Highwood qui était attendu et non une Miss Highwood…..Dans l’annotation faite par l’auteure à la fin de son livre, elle ajoute un complément historique sur la découverte d’ossements de dinosaures dans le sud de l’Angleterre qui sera effectué à peine quelques années après l’année où se déroule notre récit….Et c’est une femme, l’épouse d’un chercheur qui a fait les premières trouvailles mais vu le contexte de l’époque, c’est son mari qui en aura les honneurs….Nous vivons dans un monde formidable (soupirs….).

« — Les empreintes fossilisées sont rares. Et personne n'a jamais encore reporté d'empreinte semblable à celle-ci. Il y a trois orteils largement écartés, vous voyez ? Colin voyait en effet. Il aurait pu placer sa botte entière dans l'une des empreintes « d'orteil ».
— On dirait la patte d'un lézard, ajouta-t-elle.
— Un lézard sacrement grand, vu la taille de sa patte. La lumière avait beau être chiche, Colin voyait ses yeux briller d'enthousiasme.
— Exactement. Vous ne comprenez pas ? M. James Parkinson a publié trois volumes de plaques de fossiles - des fossiles de légumes, mais aussi de vertébrés. Il a décrit des dizaines de gros animaux, y compris un alligator et un éléphant primitif. Mais cette empreinte ne correspond à aucune des descriptions trouvées dans ses livres. Elle est la preuve de l'existence d'une créature nouvelle, inconnue de la science moderne. Un lézard préhistorique géant.
— Euh, c'est tout à fait... remarquable. Un lézard préhistorique géant. C'était cela l'extraordinaire découverte scientifique qui garantissait de gagner cinq cents guinées. Elle voulait se rendre à Edimbourg pour discuter de l'existence de dragons. Aucun scientifique sain d'esprit ne décernerait un prix pour une chose pareille.
— Cette empreinte change tout, poursuivit-elle avec animation. Tout. Il se contenta de la fixer du regard.
— Vous ne voyez pas ? demanda-t-elle.
— Pas... vraiment. Incapable de supporter l'atmosphère confinée plus longtemps, il retourna vers l'ouverture de la grotte et s’assit au bord de la corniche. Une eau noire lui lécha les doigts.
— Il y a moyen de sortir par un autre côté ? demanda-t-il. Se laissant tomber près de lui, Minerva poussa un soupir.
— J'aurais dû me douter que cela ne marcherait pas. Vous avez raison, cette idée de fugue était stupide. Je pensais que, peut-être, si vous aviez l'occasion de le voir, vous comprendriez les implications. Et que vous verriez qu'il est évident que vous allez empocher les cinq cents guinées. Mais, apparemment, vous êtes incapable de saisir la portée scientifique de cette découverte ».

« — Monsieur Barrington, répéta-t-elle, soulagée. Je suis ici pour présenter mes découvertes dans le cadre de ce colloque. Je suis un membre estimé de la Société royale de géologie et j'ai quelque chose de grande valeur à présenter. Il se trouve aussi que je suis une femme. Une femme qui connaît quantité de choses sur les roches. Je vous suggère donc d'avoir le cran de l'accepter. Colin étouffa un rire.
— Bien joué, mon ange. Bravo.
— Merci. M. Barrington, quant à lui, n'avait pas du tout l'air de trouver cela amusant.
— Ce colloque est réservé aux membres de la Société géologique royale et à leurs invités. Dans la mesure où l'adhésion à la Société est réservée aux messieurs, cette porte vous est interdite.
— Allons, intervint Colin du ton impérieux de l'aristocrate, il doit bien y avoir un moyen de régler ce problème. Il se trouve que j'aime beaucoup les clubs. Alors que puis-je faire pour devenir un membre de votre Société de géologie ?
— Le processus d'inscription est long. Il faut d'abord rédiger une lettre comprenant une déclaration personnelle concernant le domaine d'étude qui vous intéresse et toutes les publications qui s'y rattachent. Il faut fournir des références, au moins trois, et pas plus de...
— Très bien. Voici ma demande d'inscription, si vous pouviez avoir l'amabilité de noter ce que je vais vous dicter. Je m'appelle Colin Frederick Sandhurst, vicomte Payne. Pour ce qui est de mes intérêts géologiques, mon domaine se trouve sur l'une des veines de granit les plus importantes du Northumberland. En guise de références, je nomme mon cousin, lord général Victor Bramwell, comte de Rycliff, mon ami le duc de Halford, et enfin... Minerva se racla la gorge.
— Et enfin, M. R. Highwood.
— Monsieur, je...
— Ah, l'arrêta Colin en levant l'index. Je crois que pour vous c'est « milord ».
— Milord je suis sûr que la Société sera honorée de l'intérêt que vous lui portez, mais...
— Ai-je précisé qu'en guise de cotisation et de remerciement pour avoir accéléré le processus d'inscription, je suis disposé à promettre une cotisation annuelle de soutien de... disons mille livres. M. Barrington se raidit.
— Bon, bon, vous êtes coriace, Barrington. Disons trois mille, fit Colin en affichant un grand sourire. Maintenant que c'est réglé, je vais assister au colloque. Et Mlle Highwood m'accompagnera, en tant qu'invitée.
— Mais, milord, les femmes non mariées ne peuvent être invitées. Ce n'est pas convenable ».

6#-L’Angleterre rustique du XIXème siècle : De par leur périple à travers la campagne anglaise, nous avons le loisir de croiser plusieurs types de population dans les auberges ou les foires….C’est très plaisant car cela ne nous fait pas oublier qu’à cette époque, le danger rodait sur les routes et qu’à tout moment, on pouvait se faire attaquer et braquer par des bandits de grand chemin….Du coup, je spoile un peu, désolée, mais oui, nos deux amis vont croiser des bandits…..Et je dois dire que la jeune Minerva m’a vraiment étonnée ! Et je suis sûre que ses réactions ont interpellé le Vicomte qui ne pouvait que tomber amoureux d’une fille aussi surprenante !

7#-Thorne et Kate : Comme c’est le couple qui sera mis à l’honneur dans le prochain tome, bien évidemment, nous avons droit à quelques passages avec eux, notamment sur leur divergence d’opinion à propos de la fuite de Colin et Minerva. Si Kate est sûre que c’est l’amour qui les a poussé à s’enfuir, le sombre et taciturne Caporal Thorne n’est franchement pas de cet avis (car un, il connaît très bien Lord Payne, et deux, pour lui l’amour est quelque chose de tabou)…Leurs échanges « mouvementés » furent un délice à lire !

« — Eh bien, vous fouinez à présent ?
— Non, se défendit-elle. Enfin, peut-être. Seigneur, il écrit beaucoup à ses intendants.
— Écoutez, j'ai un puits à creuser et...
— Attendez. Elle attrapa une feuille sur la pile.
— Qu'est-ce que c'est que cela ? Elle lut à haute voix.
— Millicent... Madeira... Michaela... Marilyn... Et c'est écrit de sa main.
— Et alors ? Ce n'est qu'une liste de prénoms.
— Oui, une liste de prénoms féminins qui commencent tous par la lettre M. La lettre ne veut rien dire, mais cela... c'est une preuve. Vous ne voyez donc pas ? fit-elle en rosissant d'excitation.
— Non. Pas du tout.
— Lord Payne a toujours feint de ne pas se souvenir du nom de Minerva. Il l'appelait Melissa, Miranda et tous les autres prénoms imaginables commençant par un M. Mais c'était volontaire, de toute évidence ! Juste pour la taquiner. Il a même pris la peine de dresser une liste.
— Cela ne fait que prouver que c'est une fripouille, à mon avis. Mlle Taylor claqua de la langue avec impatience.
— Caporal Thorne, vous n'entendez vraiment rien à la romance. Il haussa les épaules. Elle avait raison. Il comprenait le désir. Il comprenait le manque. Il comprenait la loyauté et le dévouement absolu. Mais il ne comprenait et n'entendait absolument rien à la romance. Et elle aurait dû en remercier Dieu. Voilà qu'elle recommençait - à lui décocher des sourires intrépides. Personne ne lui souriait jamais ainsi. Mais elle avait toujours été ainsi. Gaie, enjouée. Chantant comme un ange, même lorsqu'elle se tenait aux portes de l'enfer.
— Vous ne savez donc pas qu'une aversion apparente dissimule souvent une attirance cachée ? reprit-elle. Il se sentit rougir.
— Pas dans le cas présent.
— Oh que si ! Cette liste ne prouve pas que lord Payne est une fripouille. Elle frappa la poitrine de Thorne avec le papier.
 — Elle prouve qu'il était épris d'elle ».

« — Le jour où lord Rycliff et ses hommes sont arrivés au village, l'été dernier, je sais que vous toutes, les dames du Queen's Ruby, n'avez eu d'yeux que pour lord Payne. Charmant, beau, séduisant. A quelle dame ne ferait-il pas tourner la tête ? Mais il y a d'autres femmes dans le village, mademoiselle Taylor. Des servantes, des veuves de marin, des domestiques... des femmes qui ne perdent pas leur temps à rêver d'un vicomte. Et elles se bousculent pour conquérir le caporal Thorne.
— Vraiment ? Mais... Kate chassa un moucheron qui l'importunait.
— Mais il est si imposant. Et rude. Et abrupt.
— Précisément. Sally lui décocha un sourire entendu qui la laissa perplexe.
— Jusqu'à présent, rien. Des pièges ont été tendus à son intention partout dans le village, mais il les a tous évités. On raconte qu'il a un « arrangement » avec une veuve de la ville voisine et qu'il lui rend visite une fois ou deux par mois, si vous voyez ce que je veux dire. Kate voyait très bien, et cela lui donna soudain la nausée. Bien sûr que le caporal Thorne avait le droit de faire ce que bon lui semblait avec qui il voulait. Mais elle préférait ne pas le savoir. Et encore moins l’imaginer.
— Eh bien, vous pouvez faire circuler le message, dit-elle - et elle savait que Sally ne s'en priverait pas. Les femmes de Spindle Cove n'ont rien à m'envier. Il n'y a absolument rien entre le caporal Thorne et moi. Rien d'autre que la courtoisie de mon côté, et assurément aucune affection du sien. Il tolère à peine mon existence. Thorne n'avait eu qu'une hâte ce jour-là, c'était qu'elle s'en aille. Elle se souvenait de son impatience et de la brusquerie de ses gestes lorsqu'il l'avait raccompagnée à la porte du château, leur conversation terminée. À l'évidence, creuser un puits était bien plus divertissant. Sally haussa les épaules.
— On ne sait jamais, mademoiselle Taylor. Personne n'aurait imaginé qu'il puisse y avoir quelque chose entre Mlle Minerva et lord Payne. Et voyez ce qui s'est passé.
— C'est complètement différent.
— En quoi est-ce différent ?
— Ça... l'est, c'est tout ».

8#-La rencontre de Griffin York, le Duc de Halford : Aaaaaaaah Il faut que je vous dise qu’au moment où je rédige cette chronique, j’ai déjà terminé la saga et j’ai donc lu le 4ème tome consacré à ce fameux Duc….Et Mon Dieu, ce 4ème tome est un vrai coup de cœur !!!!! Pourtant, dans Une semaine de folie, on ne peut pas dire que Griffin ait le beau rôle puisqu’il passe plutôt pour un sale con égoïste et très lubrique.....Mais voilà, au moment où se déroule l’histoire du 4ème tome, une année s’est écoulée et bien des choses auront changé dans sa vie….(cela dit, ce n’est pas pour ça que Minerva va changer d’opinion vis-à-vis de lui, mais ça, c’est une autre histoire !)….Bref, vous qui lisez actuellement ma chronique du tome 2, je ne peux que vous conseiller de continuer cette saga car franchement le 4ème tome déchire tout !!!! Et le fait que la romance se passe entre un aristocrate et une simple serveuse, fille de paysans, c’est tellement rare dans les romances historiques que cela vaut vraiment le coup d’être lu ! (car oui, si le mythe du « prince et de la bergère » est entré dans les mœurs, il faut quand même admettre que les auteures utilisent rarement ce genre de scénarios….En tout cas, dans les romances historiques que j’ai lues et qui se déroulent dans l’Angleterre du XIXème siècle… Les héroïnes sont toujours « bien nées » ou, en tout cas, n’ont jamais été des pauvres paysannes)…..Bref, gros coup de cœur pour moi et ma chronique ne devrait pas tarder (il faut d’abord que je chronique le 3ème tome avant, bien évidemment !)…..


« Si Winterset Grange apparaissait austère et menaçant de l'extérieur, l'intérieur évoquait la Rome antique au paroxysme de la débauche et des excès. Ne pas porter de lunettes était tout à la fois un désavantage et une bénédiction. Quel que soit l'endroit où elle posait les yeux, Minerva voyait de la chair, floue, mais de la chair. Des tableaux représentant des nus lascifs tapissaient les murs. Des sculptures décadentes lui faisaient de l'œil depuis leurs alcôves. Un décorateur ambitieux avait appliqué de la feuille d'or un peu partout. La sculpture la plus proche de Minerva semblait celle du dieu Pan, s'ébattant au sommet d'une colonne de style corinthien. En clignant les yeux, elle parvint à distinguer les veinules gris argent et roses de la pierre. Italienne, très certainement.
— Un si beau marbre, si mal utilisé. Elle fit courir ses doigts sur la pierre lisse. Puis les retira promptement en se rendant compte que la protubérance cylindrique qu'elle venait de saisir n'était ni une corne ni une pipe. Cherchant un endroit sûr où arrêter le regard, elle choisit la tapisserie : un joli motif classique or et blanc de couples en train de danser. Mais dansaient-ils ? Elle plissa les yeux. Non, ils ne dansaient pas.
— Payne ! C'est toi. Un homme vêtu d'un peignoir noué lâchement traversa le hall d'un pas tranquille. Il paraissait jeune - l'âge de Colin, supposait-elle - , et affichait un air de débauche cultivée que venait confirmer une vague odeur de fumée d'opium. Il était flanqué de deux femmes aussi peu vêtues que lui - une blonde au teint pâle et une rousse. Minerva ne distinguait pas leur expression, mais leur sensualité était palpable. Elle sentit leur regard froid et décapant ».

Ce que je n’ai pas aimé dans ce livre :
Minerva, femme un peu trop facile ?...Attention, je ne critique pas son attitude, d’un point de vue général car après tout, je ne vois pas pourquoi les femmes n’auraient pas le droit de bénéficier de leur liberté sexuelle comme les hommes….Ce qui m’a gênée, par contre, c’est le détachement avec lesquels elle décide de se « mettre à nue » face à Colin….J’ai trouvé cela trop rapide (puisque cela correspond, à leur première escale à l’auberge pour la nuit). Après, je veux bien que Minerva utilise sa curiosité « scientifique » pour tester les réactions du beau spécimen masculin à moitié nu qui se trouve en face d’elle, mais bon, j’aurais apprécié qu’elle soit un peu plus « timide » plutôt que de montrer ses seins sans aucun complexe à la première demande du Vicomte…..Je pense que tout a été un peu trop rapide entre ces deux-là….Du coup, ce n’est pas le romantisme qui prévaut dans Une semaine de folie mais plutôt l’humour et l’aventure…..Ne lisez pas ce livre pour avoir des papillons dans le ventre, dans l’attente d’une romance qui monte crescendo….Non….Dans Une semaine de folie, ni Minerva, ni Colin n’ont l’âme de romantiques….Ce qui est finalement logique pour une scientifique butée et un libertin butor (non non, je n’ai pas honte de de mon jeu de mot….).

« Et il sentit son corps prendre vie. Pas seulement son corps d'ailleurs. Non, quelque chose remua aussi du côté de son cœur. Jésus. Jésus-Christ et Marie-Madeleine. Dalila, Jézabel, Salomé, Judith, Eve. Problème, chacune d'entre elles. Ajoutez Minerva Highwood à la liste. Une femme comme elle pourrait avoir raison de lui. S'il n'avait pas raison d'elle avant.
— Comment dois-je vous appeler ? Il sentit la chaleur de son souffle contre son oreille.
— Quand... quand nous faisons cela, comment dois-je vous appeler ? Il empoigna le tissu de son costume de bain au creux de ses reins.
— Vous devez m'appeler par mon prénom, Colin.
— Colin, répéta-t-elle timidement. Puis avec ferveur, elle l'embrassa sur la tempe.
— Oh, Colin. Seigneur. Il pourrait l'écouter gémir son nom cent fois que ce ne serait pas encore assez. Tandis qu'ils s'embrassaient, il lui caressa le dos, la serrant contre lui, les réchauffant tous deux, mais après quelques allers et retours le long de sa colonne vertébrale, il ne put s'empêcher de s'aventurer plus loin. C'était à son tour d'explorer son corps, elle le lui devait ».

Pour conclureUne semaine de folie, ce 2ème tome de la saga des Demoiselles de Spindle Cove porte très bien son nom puisque l’auteure Tessa Dare nous embarque bien loin du village balnéaire anglais car nos deux héros, Minerva et Colin, ont officiellement fait une fugue amoureuse pour vivre leur passion pleinement (ça, c’est la version officielle), mais en réalité, l’objectif de leur départ de Spindle Cove est de se rendre à Edinbourg en Ecosse afin que la jeune femme y présente ses recherches scientifiques à propos d’étranges empreintes de « lézards géants » qu’elle a découverts dans une grotte….Bien évidemment, l’aventure vécue par nos deux héros, au fur et à mesure de leurs rencontres lors de ce road trip, va les changer à tout jamais et va leur permettre de se découvrir et s’apprécier réciproquement. Si les journées sont intenses au niveau du danger, les nuits sont aussi tumultueuses une fois qu’ils se retrouvent seuls face à leurs désirs cachés et inassouvis. Vous voulez savoir comment un type fantasque, coureur de jupons doublé d’un menteur invétéré peut tomber amoureux d’une vieille fille scientifique qui ne s’intéresse qu’à ses fouilles géologiques et qui a une intelligence supérieure à bien des hommes ? La réponse est dans ce tome ! Vous y retrouverez également une énooorme dose d’humour à cause des quiproquos et des situations rocambolesques dans lesquelles nos deux héros vont se retrouver et puis, avec des caractères aussi opposés, forcément, cela allait provoquer des étincelles ! Même si Colin Sandhurst est à l’opposé de mes goûts en matière de personnage masculin, j’ai néanmoins passé un très bon moment de lecture, très dépaysant et très surprenant ! Le prochain tome nous ramènera au village de Spindle Cove où nous retrouverons la charmante et lumineuse professeure de musique Kate Taylor et le sombre et sauvage Caporal Thorne….Je suis fan de cette saga, moi, j’vous le dis !

Ma note : 17/20

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