mardi 31 janvier 2017

Pour porter ton nom


Penny Watson-Webb
Les Editions Harlequin 2014
175 pages

Synopsis :
1859, États-Unis. Lorsque Keir Macarthur découvre après le décès de son frère que ce dernier s’est marié et a eu une petite fille, il se promet de tout faire pour ramener l’enfant dans le clan des Macarthur : s’il n’a pu sauver son frère, hanté par les démons du jeu et de l’alcool, il veillera au bien-être de la petite Lucy. Pour ce faire, il se met en tête de prouver le manque de respectabilité de la mère, une certaine Texas. Car qui d’autre qu’une femme intéressée et de peu de vertu aurait pu épouser son frère ? Afin de mieux la cerner et l’observer, Keir invite Texas et sa fille à séjourner dans leur immense propriété. Sauf qu’à sa grande surprise, la jeune femme est très différente de ce qu’il avait imaginé… A propos de l’auteur Tombée dans les fresques et les frasques historiques dès son plus jeune âge, Penny Watson Webb a grandi entourée de héros, depuis les Chevaliers de la Table Ronde jusqu’à Surcouf le corsaire, en passant par Ivanhoé. Elle aime la petite histoire qui fait la grande Histoire, et adore remettre en lumière des périodes ou un patrimoine oubliés. Maman de trois filles, elle tient à leur faire découvrir la richesse du passé tout en leur laissant la liberté de rêver.

« Non, vraiment, le sexe ce n’était pas pour elle… Une fois lui avait suffi et elle n’en gardait pas franchement un bon souvenir. Elle avait posé beaucoup de questions à Betty Ann, qui s’était montrée très loquace sur le sujet, sans que cela lui ait pour autant donné envie de renouveler l’expérience. Au fond, elle s’en souciait peu. Seule Lucy comptait. Être mère, ça, c’était la plus belle expérience de toute sa vie ! Elle avait souffert des heures durant pour la mettre au monde et ce combat si difficile avait rendu sa fille encore plus précieuse à ses yeux. Le lien qui les unissait était très fort et bien souvent, Texas pensait avec tristesse à tous les autres enfants qu’elle n’aurait jamais. Veuve, elle ne s’illusionnait pas sur son avenir sentimental. On n’épousait pas les filles comme elle ».


De temps en temps, cela fait plaisir de pouvoir lire une petite romance sans prise de tête et c’est le cas avec Pour porter ton nom de l'auteure Penny Watson-Webb (qui est française, comme son nom ne l'indique pas...).
L’auteure nous entraîne sur une histoire qui se déroule aux USA, au temps mythique du Far West et des cow boys, en 1859, plus exactement, avec une héroïne, Texas, qui a perdu ses parents quand elle était bébé et qui a grandit avec la volonté farouche de ne jamais dépendre des autres (surtout des hommes) et de rester toujours une femme libre.

Quand débute le récit, Texas a 22 ans et est mère d’une petite fille, Lucy, âgée de 5 ans. Elle est mariée avec un homme, Alistair Macarthur, qui n’est son époux que sur le papier, puisqu’ils vivent ensemble ce que d’extérieur on pourrait appeler un ménage à 3 avec la maitresse d’Alistair, Betty Ann, une prostituée du saloon. 

En réalité, Texas a uniquement épousé cet homme afin d’avoir un nom de famille car notre jolie rousse est orpheline….L’homme qui l’avait découverte alors qu’elle n’était qu’un bébé (près du cadavre de ses parents, décédés suite à un accident de chariot) l’a appelée Texas à cause de la marque de naissance qu’elle a sur son épaule, en forme de T.

« – Sí Señor ? l’interrogea-t-elle.
– J’ai trouvé une gamine dans les décombres d’un accident, à trente kilomètres. Je vais en informer le shérif… J’ai enterré ses parents, mais je n’ai pas trouvé le moindre document pour les identifier. Vu la couleur des cheveux de la mère et la petite, je dirais qu’il s’agit de migrants irlandais. Je vous laisse la gosse, je peux pas la garder.
– Alors, dit la femme en prenant la fillette dans ses bras, il va falloir lui trouver un nom. Elle regarda l’enfant pensivement, la maintenant contre elle avec des gestes doux.
– Vous avez une idée, Señor ? Un prénom que vous aimeriez lui laisser comme souvenir pour l’avoir sauvée ? Le vieil homme sourit et déclara :
– Texas, elle s’appellera Texas. Puis il se hissa sur son cheval et reprit sa route ».

Sa fille, Lucy, a été conçue accidentellement, un jour où Alistair, totalement soûl, pensait se « réconcilier » avec Betty Ann et a donc pris de force Texas qui n’a rien pu faire pour se défendre. Ce fut la seule et unique fois où son « mari » la touchera. Pas mauvais bougre et honteux de ce qu’il avait fait, Alistair lui présentera toutes ses excuses et après la naissance de Lucy (et oui, il a réussi à tirer dans le mille avec une seule cartouche, ce coquin !) il fera son maximum pour être le meilleur père, ami et amant auprès de ses « 3 petites femmes ».

Une organisation - que l’on peut qualifier de particulière - va se mettre en place entre les trois adultes et l’enfant puisque Texas travaille comme cow girl (elle tient à son indépendance financière, j’insiste !) et est donc, de ce fait souvent partie pour des transhumances de bétail. C’est avec toute confiance qu’elle confie sa fille à Betty Ann. Quant à Alistair, bah lui, il passe son temps à boire et à jouer….mais il est gentil quand même et essaye d’être le meilleur père possible auprès de la petite Lucy…(vous sentez mon ton ironique par rapport au comportement je-m’en-foutiste de ce jeune môôôsieur ?...)

« Et un joueur reste un joueur : le défi l’avait amusé. Elle, elle aurait donné n’importe quoi pour avoir une famille, mais n’avait posé aucune question à Alistair à propos de ce qu’il avait dit de la sienne. Les garçons ne pleurnichent pas sur leur sort et elle tenait à faire tout comme eux. Elle avait abattu ses cartes sur la table et gagné la partie avec une paire de dames. Alistair l’avait donc épousée, comme il l’avait promis, dès le lendemain, chez le juge de paix James Clifford. Ils avaient refusé de se marier à l’église et avaient fait venir le pasteur dans le bureau de l’homme de loi.
– Ah, Texas ! Si tu savais la tête que ferait mon père, s’il savait que j’ai épousé une cowgirl sortie de nulle part ! lui avait-il confié en sortant de chez le juge de paix. Merci. Grâce à toi, je me sens… Il avait laissé sa phrase en suspens, le sourire accroché aux oreilles.
– La vengeance, ça a du bon ! avait-il fini par lâcher. Elle avait levé un sourcil perplexe et affiché une moue boudeuse.
– Je ne sais pas si je peux prendre ça pour un compliment.
– Si, tu peux. Je hais mon père et je ferais n’importe quoi pour le contrarier. T’épouser est sans doute l’idée la plus géniale que j’ai eue ! Il m’a jeté dehors, me laissant quasiment sans ressources, moi, son propre fils ! Plutôt risible, non ? Il avait l’air si amer qu’elle avait préféré changer de sujet :
– J’ai accepté une traversée, la semaine prochaine. Je pars vers le Rio Grande, avec un éleveur de Pleasanton. Te voilà débarrassé de moi pour presque deux mois ! Tu loges où ?
– Au saloon.
– À côté du bordel ? C’est une blague ?
– Ma chère madame Macarthur, vous avez épousé un homme sans morale, joueur invétéré, amoureux du whisky ainsi que d’une prostituée nommée Betty Ann. Elle va t’adorer ! Texas avait éclaté de rire. Elle était ravie de n’être une épouse que de nom. Alistair ne semblait pas attendre plus d’elle et ça lui convenait très bien. Un nom… elle avait un nom, enfin… Texas Macarthur, ça vous posait un homme, ça ! Enfin… une femme…
– Allons, viens boire un verre avec moi, lui avait-il dit en lui passant la main sous le bras. Et comme tu m’as dépouillé, c’est toi qui paies la tournée ! Allons fêter notre mariage, madame Macarthur !
– D’accord, un mariage, ça mérite bien d’être arrosé ».

Malheureusement, à force de vivre une vie dissolue et de côtoyer des gens peu fréquentables, Alistair va un jour être tué lors d’une partie de poker qui va mal tourner…A la lecture du testament, Texas va découvrir que celui-ci venait d’une famille de ranchers très fortunés et va rapidement voir débarquer son beau-frère, Keir Macarthur, dont elle ignorait bien entendu l’existence, qui est bien déterminé à récupérer sa nièce pour l’élever auprès des siens (c'est-à-dire sa mère et sa sœur puisque lui-même est célibataire…).

« Elle se revoyait, allongée sur l’une des paillasses inconfortables du dortoir, à regarder les étoiles et à s’imaginer avec des parents, dans une belle maison. Sa vie aurait été douce et facile ; elle aurait grandi entourée d’amour. Elle avait fait ce rêve des centaines de fois, car elle avait eu l’audace de croire aux contes de fées. Mais la réalité était tout autre : le travail et la sueur, voilà ce qui l’avait attendue, à peine sortie de l’enfance. À 14 ans, elle avait quitté l’orphelinat et avait vécu de petits boulots, tous plus ingrats les uns que les autres, pour une paie misérable, gagnant à peine de quoi manger et trouver un coin où dormir. Bien souvent, elle avait d’ailleurs passé ses nuits dans des granges ou des écuries, même l’hiver, faute de pouvoir se payer une chambre. Elle recevait plus de coups et d’insultes que de pièces malgré son travail, mais les filles comme elle n’avaient pas le droit de se plaindre ; c’était soit la servitude, soit le bordel. Sa fierté était tout ce qu’elle possédait, et elle s’était juré que jamais elle ne serait l’esclave d’aucun homme. Elle voulait gagner sa liberté à la sueur de son front. C’était sa seule chance d’avoir une existence honorable. Et puis Dieu avait mis les Peterson sur son chemin… Ils étaient ranchers et lui avaient offert un toit et un vrai travail. Ils étaient propriétaires d’un beau ranch en bordure de Pleasanton et y élevaient du bétail. Au début, Anna Peterson, une jolie femme blonde à la silhouette longiligne, dotée d’un caractère franc et généreux, l’avait employée comme aide à la maison parce qu’elle était une fille. Mais Jack, son mari, et elle avaient vite compris que Texas était plus douée avec les animaux qu’avec un balai ».

Ce que j’ai aimé dans ce livre :
1#-Le Far west : Ah les cow-boys ! Ca fait rêver, n’est-ce pas ! J’ai toujours été attirée par cette période fascinante de l’histoire américaine. Et je dois dire que Penny Watson-Webb décrit particulièrement bien la manière de vivre des hommes (et des femmes) de cette époque. Texas, notre héroïne, détonne un peu par rapport aux autres femmes puisqu’elle est toujours en pantalon et fait un boulot d’homme (elle est cow girl). J’ai particulièrement apprécié la transhumance du bétail à laquelle vont participer Texas et Keir, ça fait rêver même si on comprend à travers les lignes que ce devait être un boulot dangereux, fatigant et difficile….


« De Canyon Lake-San Marcos à Pleasanton, cent kilomètres… De là, ils regrouperaient les deux troupeaux. Puis de Pleasanton à Choke Canyon Lake, encore cent kilomètres et enfin la plus grosse étape, deux cents kilomètres jusqu’au Rio Grande et Nuevo Laredo. Ils se donnaient trente jours pour effectuer la traversée à raison de quinze à vingt kilomètres par jour en moyenne, et une semaine à dix jours pour rentrer. Il faudrait avancer doucement pour égarer le moins possible de bêtes et pour qu’elles ne perdent pas de leur valeur en maigrissant trop vite ».

2#-La romance compliquée entre Texas et Keir : Notre héroïne est une jeune femme de 22 ans, déjà mère d’une petite fille de 5 ans mais n’a eu qu’un seul rapport sexuel dans sa vie avec celui qui est « officiellement » son mari, Alistair. On peut dire qu’elle est donc quasiment vierge, surtout que l’unique expérience sexuelle qu’elle a eue était un viol, tout de même !…. Texas est une jeune femme libre mais qui a aussi des principes. Elle sait qu’Alistair est un peu versatile et paresseux et a donc toujours compté uniquement sur elle-même pour ramener l’argent au sein du foyer afin d’élever leur fille dans les meilleurs conditions. Texas est à ce titre une mère exemplaire. Mais force est de constater que vu d’extérieur, sa manière de vivre et de tolérer les frasques de son « mari » peuvent sembler étrange et du coup, c’est peu surprenant de la part Keir de d’abord la considérer comme une femme de mauvaise vie….Alors oui, vous l’aurez compris la relation entre nos deux héros débute plutôt mal avec un cow boy, propriétaire d’un immense ranch très hostile à sa « nouvelle » belle-sœur, qui arrive de nulle part et n’a même pas de nom de famille (et son prénom est le nom de l’Etat où ils vivent…Ca fait pas très sérieux…) .Alors même si Keir va ressentir tout de suite de l’attirance pour la jeune femme, il va avoir un comportement odieux vis-à-vis d’elle….Cela dit, il va vite réaliser qu’elle est tout à fait respectable et ne court pas après les hommes, mais ensuite, il y a un autre obstacle à la possibilité d’une romance entre eux deux : Keir est un célibataire endurci de 30 ans et ne compte pas se marier pour le moment….Il voudrait donc faire de la jolie Texas sa maitresse…..Et les sentiments et l’amour propre de notre héroïne, alors ?!! Oh oui, la relation entre Keir et Texas va être compliquée ! Ils seront toujours à souffler le chaud et le froid, sans parler des épreuves dangereuses à surmonter lors de leur transhumance…..Ce que j’ai aimé dans cette histoire d’amour c’est que rien n’était gagné d’avance et qu’il a vraiment fallu du temps pour nos deux tourtereaux pour enfin comprendre qu’ils étaient faits l’un pour l’autre et pour comprendre qu’aimer quelqu’un ne signifiait par « perdre sa liberté » (surtout du point de vue de Keir qui est bien content d’être célibataire et de pouvoir user des femmes comme il le veut…vilain gredin, va !).



« À 30 ans, Keir était devenu un homme dur ; le travail l’avait façonné. Non seulement il était grand, mais il était puissamment bâti et musclé. Ses yeux bleu glacier presque gris et son air farouche en faisaient quelqu’un que l’on craignait. Il avait su gagner le respect des ranchers et de ses cow-boys à force de travail et de bons investissements. Il froissa la lettre dans sa main et se passa l’autre dans les cheveux, noirs comme ceux d’Alistair. Alistair était mort…(…) Texas… Drôle de prénom… Quel genre de femme pouvait bien s’appeler ainsi ? D’où sortait-elle ? Comment avait-elle pu épouser un joueur et un séducteur invétéré ? C’était certainement une aventurière… Qui se ressemble s’assemble, non ? Elle avait dû entendre parler du ranch et avait décidé de jeter son dévolu sur un héritier… La petite était-elle seulement de son frère ? Avec ce genre de femme, comment savoir ? »

« – Votre frère a fait de la petite Lucy sa principale héritière. Elle aura accès à son héritage le jour de ses 21 ans.
– Et pour elle ? ajouta Keir en appuyant sur le mot d’un air rogue. Les mots belle-sœur ou veuve de mon frère, ou encore Mme Alistair Macarthur lui auraient écorché la bouche s’il les avait prononcés. Il fulminait.
– Eh bien, reprit le notaire, j’en suis le premier surpris mais votre frère ne lui laisse rien.
– Alistair avait donc encore un peu de bon sens ! souffla Keir, soulagé. Au moins cette pique-assiette n’aura rien, et si Alistair ne lui a rien accordé, c’est qu’elle est sûrement encore pire que je ne l’ai imaginée… Il s’était même laissé aller à imaginer à quoi elle pouvait ressembler : vulgaire, arrogante, vicieuse, menteuse comme un arracheur de dents, mais sûrement belle et blonde comme les aimait son frère ».

« – Je suis Texas, ajouta-t-elle avec un peu plus d’assurance. Sa femme… Elle lui tendit la main, et la réaction du frère ne se fit pas attendre :
– Ah, c’est vous, dit-il, méprisant, en refusant la main qu’elle lui tendait. Décontenancée, elle laissa retomber son bras et se mordit la lèvre.
– Je suppose que vous êtes déçue qu’il ne vous ait rien laissé ? poursuivit le frère d’une voix traînante. Quel dommage ! Tant d’efforts et de manipulations pour rien… Texas reçut cette attaque injustifiée comme une gifle.
– Vous ne savez rien de moi, ni de mon mariage, se défendit-elle, rouge de colère, s’avançant courageusement pour l’affronter. Je ne vous permets pas de me juger ! Il fit lui aussi deux pas en avant. Il la dominait de toute sa taille sans pour autant qu’elle consente à reculer.
– Il n’est pas difficile de savoir à quelle espèce de femme vous appartenez, il suffit de vous regarder ! continua-t-il, toujours aussi méprisant ».

3#-Le fort caractère de l’héroïne : Texas vit entourée d’hommes et a donc appris depuis son plus jeune âge à se faire respecter. Elle est toujours habillée en homme, pour passer inaperçue (et aussi parce que c’est plus pratique dans son métier de cow girl, bien évidemment). Nous comprenons assez  vite que le Far West est un monde hostile aux femmes et que bien souvent leur rôle se résume à soit être mère de famille, soit être putain dans un bordel. Texas a choisi d’être libre mais ce n’est pas sans sacrifices. Quand elle voit débarquer dans sa vie Keir Macarthur, qui est totalement différent d’Alistair au niveau du caractère, elle est certes attiré par lui mais elle sait aussi que celui-ci ne la considère pas comme une lady, loin s’en faut. Bon après avoir compris que la jeune femme n’est pas intéressée par l’héritage, Keir va tenter de séduire la belle, qui, à son corps défendant, va quand même lui céder (car il est pas mal de sa personne, le bougre !) mais à chaque moment de perte de contrôle sous le feu de la passion, il y a les lendemains difficiles, les remises en question. Keir et Texas passent leur temps à se prendre la tête, se fuir ou se rechercher, chacun campant sur ses positions. J’ai vraiment adoré ce côté-là de la personnalité de notre jolie rouquine qui ne se laisse vraiment pas faire et répond toujours du tac-au-tac aux attaques verbales du beau cow coy un peu rigide sur les bords qui ne doit pas avoir l’habitude d’avoir une femme en face de lui qui lui tienne tête comme ça !



« – Vous êtes une vraie mégère ! Je me demande ce qu’Alistair a bien pu vous trouver ! Elle frotta les mains contre son jean, semblant mal à l’aise sous son regard, ce qui ne l’empêcha pas de répliquer :
– Et moi, je comprends mieux pourquoi il a préféré quitter une famille aussi charmante que la vôtre ! Si tous les Macarthur vous ressemblent, sa vie devait être un enfer ! Il se rapprocha d’elle à la vitesse de l’éclair et lui broya le bras de sa large main, furieux. Il n’était qu’à quelques centimètres à peine de son visage, et la dominait de toute sa taille.
– Vous ne savez rien de ma famille, ni de l’histoire d’Alistair, croyez-moi ! Il a dû vous donner une version qui l’arrangeait bien, fit-il, amer. Il savait trop bien comment sa famille était partie en éclats à cause de son frère et combien la reconstruction de chacun avait pris du temps. Elle se dégagea de son emprise et recula de quelques pas.
 – Je sais que votre père l’a chassé de chez lui alors qu’il n’avait que 19 ans ! C’est honteux !
– Non, la honte, c’était lui et sa conduite irresponsable ! Elle croisa les bras comme pour s’en faire une cuirasse.
– Et votre père, il est où ? Son fils se fait descendre et il ne vient même pas sur sa tombe !
– Il est mort, un an après le départ d’Alistair ! Il sentit qu’il avait marqué un point, car elle baissa les yeux, tout en se mordant la lèvre inférieure. Il avait déjà remarqué ce tic chez elle… elle se mordait la lèvre quand elle se sentait embarrassée, ce qui avait pour effet de porter l’attention de son interlocuteur sur sa jolie bouche. Il soupira et s’efforça de reprendre son calme. Ce n’était pas en se disputant avec elle qu’il arriverait à ses fins.
– Texas, fit-il en prenant sa voix de séducteur et une posture moins agressive, je sais qu’il y a un gros différend entre nous mais, s’il vous plaît, venez au ranch. Pour Lucy, pour ma mère, ne laissons pas ce qui nous oppose les séparer. Lucy est sa seule petite-fille.
– Vous n’avez pas d’enfants ? demanda-t-elle en levant les yeux vers lui.
– Non.
– Une épouse ? insista-t-elle.
– Non plus, répéta-t-il, agacé par cet interrogatoire. Mais là n’est pas la question… Pensez à Lucy. Elle mérite d’avoir une grand-mère, ne pensez-vous pas ? Texas ne répondit pas, semblant peser le pour et le contre.
– Je vous accorde une semaine, Macarthur, déclara-t-elle finalement. Pas une journée de plus. Et pour ce qui est de garder Lucy pendant ma traversée, on verra. J’en déciderai seule, compris ?
– Vous êtes dure en affaires, Texas, lâcha-t-il, ayant toutes les peines du monde à ne pas crier victoire. Gagné, il avait gagné ! Son plan était parfait. Il lui fallait maintenant passer à la phase deux : voir le juge de paix et couper l’herbe sous le pied de cette peste ».

« Je voudrais que vous restiez, dit-il en lui effleurant les lèvres, et que vous soyez ma maîtresse. Elle reçut sa proposition comme une douche froide et recula d’un pas.
– Votre maîtresse ? répéta-t-elle, incrédule, tandis que la colère montait en elle en flèche. Mais Keir lui bâillonna la bouche de sa main avant qu’elle puisse lui dire le fond de sa pensée.
– Du calme… Arrêtez de vous enflammer ! Je ne vous demande pas de vous prostituer, mais d’être entretenue. Il y a une différence, non ? Elle se dégagea et le fusilla du regard.
– Il y a une différence en effet ! Dans le second cas, je ne serai que votre putain ! Offre refusée ! Bonsoir ! Elle fit demi-tour et courut vers la maison ».

4#-Les personnages secondaires : Il y a un paquet de personnages sympathiques dans Pour porter ton nom. Que ce soit Moira, la mère de Keir ou Grace, sa jeune sœur âgée de 16 ans, mais aussi les compagnons de route pour la transhumance, notamment Bryan Miller (l’amoureux de Grace) ou Jack Peterson et ses fils, qui connaissent Texas depuis qu’elle est petite….Tous ces personnages sont là pour aider Texas et apporter du positif dans sa vie (la mère de Keir, notamment, fait tout pour bien s’entendre avec la jeune femme !)…..Et il y a aussi les personnages secondaires détestables qui apportent un peu de piquant au récit, notamment Mme Miller…..Celle-ci a dédaigné notre héroïne dès le début alors c’est bien évidemment avec bonheur que l’on lit la manière dont Texas lui cloue le bec, ainsi que Keir qui n’est pas en reste pour défendre sa belle face à la méchanceté de certaines personnes….

« Contre toute attente, le fait de savoir qu’elle était grand-mère d’une petite Lucy redonna espoir à Moira, et elle supplia Keir de la lui amener le plus vite possible afin de la connaître. Elle lui conseilla d’user de diplomatie, le but étant d’amener Texas à eux, pas de la braquer.
– Je te connais, Keir, le gronda-t-elle. Et je te demande de ne pas y aller avec un plan de bataille. Si tu te montres trop dur, cette jeune femme pourrait fuir, effrayée.
– Je vous ramènerai la petite, mère… Quant à la femme, je m’en charge. User de diplomatie avec cette « moins que rien » ! Elle en avait de bonnes, sa mère ! Elle avait décidément le cœur trop tendre ! Pour sûr, il ramènerait la petite ! Pour sa mère, pour l’avenir de sa nièce. Il ne la laisserait aux mains d’une aventurière et s’il le fallait, il irait devant le juge. Il avait les moyens de persuader un homme de loi de le nommer tuteur légal de cette enfant. Un sourire carnassier se dessina sur ses lèvres à cette idée ».

« Texas… je peux vous poser une question ? demanda alors Grace en rosissant.
– Dites toujours, on verra bien, répondit cette dernière en souriant.
– Texas, ça vous vient d’où ? Je veux dire, c’est vraiment votre prénom ?
– Oui, c’est vraiment mon prénom. J’ai une tache de naissance en forme de T sur l’épaule. L’homme qui m’a conduite à l’orphelinat après la mort de mes parents ne connaissait pas leur identité, alors quand il a vu la tache, il m’a appelée Texas. Enfin, c’est ce qu’on m’a expliqué…
– Vous connaissez cet homme ?
– Non, du tout… Il n’a pas laissé son nom. Texas haussa les épaules et ajouta, taquine :
– Il aurait pu choisir Térésa, Tina, Tamara ou je ne sais quoi d’autre, mais non, il a fallu qu’il choisisse Texas ! Ce type devait avoir un sacré sens de l’humour, vous ne croyez pas ? ».

« –Bonsoir madame, répondit Texas le plus poliment du monde.
– Savez-vous qui je suis ?
– Non, madame, répondit Texas toujours aussi poliment, mais je sens que vous brûlez de me le dire, ajouta-t-elle avec plus d’insolence que la bienséance ne l’indiquait.
– Madame Miller, poursuivit celle-ci d’un air hautain. Je n’ai pas eu le plaisir de vous rencontrer lors de ma dernière visite au ranch Macarthur…
– Non, en effet. J’étais indisposée et n’aurais pas été d’une compagnie très agréable pour les hôtes de Moira.
– Vous êtes la veuve d’Alistair, n’est-ce pas ? Ce garçon était la honte de sa famille ! Ses pauvres parents ne savaient plus que faire pour cacher ses incartades, un vrai débauché ! Ce n’est pas comme Keir… Lui est un gentleman et un homme promis à un grand avenir dans l’élevage. Il épousera certainement une jeune fille de bonne famille de la région. Il ne fera pas la même erreur que son pitoyable frère !
– Alistair avait de bons et de moins bons côtés, comme tout le monde, dit Texas en maîtrisant sa colère du mieux qu’elle pouvait. Quant à Keir, il fera ses choix sans que vous ou moi y trouvions à dire.
– Surtout pas vous ! Vous êtes cowgirl paraît-il ? Elle prononça ces derniers mots en grimaçant, l’air dégoûté.
– Oui, mais vous le saviez déjà, n’est-ce pas ? fit Texas froidement. Puisque mon métier et ma personne semblent vous révulser à ce point, pourquoi avez-vous tenu à me parler ?
– Vulgaire et insolente ! J’avais raison ! Moira aurait mieux fait de m’écouter et de vous renvoyer d’où vous venez, c’est-à-dire du ruisseau ! Notre communauté n’a pas besoin de gens de votre espèce. Quel genre de femme peut passer sa vie à cheval au milieu d’hommes qui dépensent leur paie en whisky ou dans les maisons closes ? C’est inconvenant et dégradant !
– Votre opinion m’importe peu, madame, fit Texas avec tout le calme et la dignité dont elle était capable, malgré la colère qui montait en elle. Et heureusement pour tous ses amis, Moira n’est pas aussi étriquée et moralisatrice que vous. C’est votre conduite qui est inconvenante et dégradante. Je vous souhaite une bonne soirée, madame Miller. Texas fit volte-face et traversa la cour en direction des écuries. Elle avait besoin de calme et l’endroit conviendrait parfaitement ».

Ce que je n’ai pas aimé dans ce livre :
L’héroïne porte un jean : Je suis une passionnée d’histoire et même si je sais que les auteurs de romances historiques prennent souvent des libertés avec la réalité historique et ont tendance à « moderniser » le comportement de leurs personnages (notamment au niveau des scènes de sexe…Enfin, ce n’est pas le cas dans ce livre-là, cela dit !) je dois quand même admettre que lorsque j’ai lu que Texas portait des jeans, j’ai un peu tiqué….L’histoire se déroule en 1859 et Levi Strauss a commencé à exploité les jeans en 1853 (source Wikipedia)….…Du coup, je doute fort que l’héroïne ait pu porter des jeans vu les moyens de développement économique de l’époque….J’aurai préféré que l’auteure parle de pantalons plutôt que de « jeans » quand elle décrit les habits que porte Texas…

Pour conclure, j’ai passé un très agréable moment de lecture avec Pour porter ton nom. Cette histoire n’est certes pas très longue mais cela suffit pour se plonger dans l’univers des cow boys en ce milieu du XIXème siècle. Texas, l’héroïne est une jeune femme très courageuse et est une maman exemplaire pour sa fille Lucy qu’elle a eu à seulement 17 ans et qu’elle élève avec des principes remarquables. L’intérêt de l’histoire d’amour dans ce livre est bien entendu le fait qu’au départ, Keir Macarthur, notre héros, a de forts à priori négatifs envers la jeune femme….Et comme Texas a un caractère bien trempé et est habituée à travailler dans un monde d’hommes, elle ne se laisse pas faire ! Attention aux étincelles (de colère mais aussi de passion, ouh la la ! Muy caliente !). Si vous voulez vous aérer l’esprit avec une bonne petite romance tumultueuse qui se déroule à l’époque du Far West, je vous recommande totalement ce livre ! Et personnellement, comme j’ai particulièrement bien apprécié la plume de Penny Watson-Webb, il va sans dire que je lirai prochainement d’autres romances historiques de cette auteure !

Ma note : 17/20

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