lundi 20 mars 2017

LES DEMOISELLES DE SPINDLE COVE - Tome 1 : Un moment d'abandon

Tessa Dare
Les Editions J'ai Lu (2014)
Sortie originale 2011
375 pages

Synopsis :
En convalescence, le lieutenant-colonel Bramwell reçoit pour mission de lever une milice. Lorsqu'il débarque avec ses officiers à Spindle Cove, charmante station balnéaire, c'est l'émoi chez les demoiselles du pensionnat, un établissement un peu particulier qui accueille les jeunes filles qui ont du mal à se plier aux codes si stricts de la société anglaise. A leur tête, la délicieuse Susanna Finch, féministe convaincue, voit d'un mauvais oeil ces jeunes hommes bouleverser la paix du village. Surtout ce Bramwell si autoritaire. Qu'il n'espère pas faire la loi ici, elle ne le craint pas ! La guerre est déclarée à Spindle Cove.


Décidément, les romances historiques auront marqué mon mois de mars 2017 ! Et pas n’importe quelles romances, non ! Je me suis totalement focalisée sur celles dont l’action se déroule dans l’Angleterre du XIXème siècle.

Après avoir terminé la saga Les Hathaway de Lisa Kleypas, j’avais encore envie de passer du temps avec des gentlemen ou des aristocrates anglais. Mon choix s’est donc porté sur la saga très connue de Tessa Dare : Les demoiselles de Spindle Cove.
De cette auteure américaine, je connais déjà sa saga Les héritières et ce que je peux vous dire par rapport à cette auteure c’est qu’elle a une plume très addictive avec des personnages souvent drôles et toujours – oui, toujours sensuels !


Du coup, ce ne sera pas une surprise si je vous dis que j’ai adoré Un moment d’abandon. J’ai vraiment été happée par l’histoire, autant par l’humour des dialogues et du comique de certaines situations que par la belle romance et la séduction qui s’est opérée entre nos deux personnages principaux Susanna et Bram. Ce 1er tome est un beau coup de cœur pour moi et quelque chose me dit que je vais aussi beaucoup aimer les prochains tomes puisque nous avons de nombreux aperçus des couples qui y auront la vedette (au moins pour les tomes 2 et 3…).

Spindle Cove est donc un petit village du sud de l’Angleterre situé au bord de la mer (un village imaginaire, vous vous doutez que j’ai vérifié sur Google map !). La particularité de ce petit lieu tranquille c’est qu’il y a très peu d’hommes qui y vivent. Spindle Cove est un village de femmes, ou plutôt de demoiselles puisque depuis quelques années, l’une des habitantes, Susanna Finch, a décidé de faire un pensionnat de jeunes filles de bonne famille « laissées pour compte » ou « malades » ou « rebelles » qui ont du mal à s’intégrer dans la société aristocrate. Ce lieu leur permet de se ressourcer, d’apprendre de bonnes habitudes de vie et de gagner une relative autonomie et une indépendance intellectuelle, (bref, tout ce que la société de cette époque ne leur permettait pas….).

Bien entendu, Susanna Finch n’affiche pas ses idées « modernes » aux parents qui viennent lui confier leur fille pour un été ou pour plusieurs mois…..Elle sait qu’elle doit toujours sauver les apparences et donner une image « morale » de son pensionnat….Du coup, quand trois soldats débarquent un jour - et avec la bénédiction de Sir Lewis, le père de Susanna - constituent une milice de protection pour éviter une invasion par la mer de soldats Napoléoniens ou de corsaires américains, tout l’univers de Spindle Cove va être chamboulé et notre charmante Susanna va avoir maille à faire avec le très obstiné Lieutenant-Colonel Bramwell qui a une idée assez conventionnel du rôle de la femme dans la société…..

« Fille unique du seul gentilhomme de la région, Susanna endossait le rôle d'hôtesse du village. Ces demoiselles mal dans leur peau dont personne ne savait que faire, elle savait qu'en faire. Ou, plus exactement, ne pas en faire : aucun traitement n'était nécessaire. Elles n'avaient pas besoin que des médecins les saignent, ni que des dames patronnesses corrigent leur diction ou leurs manières. Elles avaient simplement besoin d'un endroit où être elles-mêmes. Spindle Cove était cet endroit ».

Ce que j’ai aimé dans ce livre :  
1#-Le village de Spindle Cove : Il est très difficile pour des soldats virils et machos qui reviennent de la guerre et qui souhaitent boire un coup dans une taverne digne de ce nom, de se rendre compte qu’il n’existe dans le village de Spindle Cove qu’un salon de thé nommé « Le gai pinson » où le cuisinier fait de jolie petite pâtisseries décorées délicatement de sucre glace aux couleurs pastel…..Tout comme il est assez choquant de rencontrer le pasteur du village portant des vêtements de couleur rose….Bref, les femmes ont pris le pouvoir à Spindle Cove qui, du coup, est un vrai havre de paix puisque les rares hommes qui y habitent ne font pas de vagues et se réfèrent totalement à Susanna Finch qui en a, en quelque sorte, pris les rênes. L’auteure Tessa Dare m’avait déjà habituée à des situations un peu rocambolesques et parfois légèrement anachroniques (au niveau des mentalités) je pense notamment à son livre Il était une fois un Duc qui reprenait clairement le thème des fans de sagas qui se déguisent et se retrouvent en communauté pour faire comme leurs héros…..Du coup, ici, dans Les demoiselles de Spindle Cove, c’est un peu plus soft puisque nous assistons principalement à la mainmise féminine sur un village (n’oublions pas que l’Angleterre est en guerre contre les français à cette époque ce qui explique la désertification masculine), mais en même temps, ces dames ne se comportent pas en amazones et restes ancrées aux principes de leur époque, notamment par rapport à leur vertue….D’ailleurs, quand Susanna va commencer à se rapprocher du Lieutenant-Colonel Bramwell, cela va lui poser un dilemme car elle ne se veut être discréditée auprès des autres puisqu’elle doit montrer l’exemple en matière de moralité….En clair, les femmes peuvent faire des activités comme les hommes (s’entraîner à se défendre et tirer au fusil, par exemple) mais elles n’ont pas le droit de vivre leur sexualité ouvertement à cause du qu’en-dira-t-on…..Cela dit, par rapport aux autres villes de l’époque, Spindle Cove est vraiment un petit coin de paradis pour les femmes qui désirent enfin être elles-mêmes et vivre tranquillement sans avoir à rendre de comptes à un mari ou à un père !

« — Vous êtes le dindon d'une farce plus grande que vous ne le croyez. Les avez-vous entendus tout à l'heure ? Nous sommes à Spindle Cove, Bram. Spindle Cove.
— Apparemment, ce nom devrait m'évoquer quelque chose. Ce n'est pas le cas. — Vous devriez vraiment sortir plus souvent. Permettez-moi de vous éclairer : Spindle Cove, ou le village des demoiselles, comme on l'appelle, est une petite station balnéaire. Les bonnes familles y envoient leurs filles de constitution fragile respirer l'air marin. Ou celles qui leur donnent trop de fil à retordre. Mon ami Carstairs y a fait séjourner sa sœur l'été dernier lorsqu'elle s'est entichée du palefrenier. 
— Et alors... ? 
— Et alors, votre petit projet de milice est condamné d’avance. Les familles envoient ici leurs filles parce que c’est un lieu sûr. Il est sûr parce qu'il n'y a pas d'hommes. D'où son surnom. 
— Il y a forcément des hommes. Un village sans hommes, cela n'existe pas. 
— Ma foi, on y trouve probablement quelques domestiques et commerçants. Ou des petits vieux avec une brindille et deux raisins secs qui pendent entre leurs jambes. Mais il n'y a pas de vrais hommes ».

« Bram se dirigea vers le mur le plus proche et y appuya une épaule pour reposer son genou. Nom d'un chien, cette ascension avait été raide. 
— Laissez-moi comprendre, dit-il en frottant discrètement sa cuisse endolorie. Vous voulez plier bagage parce que le village est un repaire de vieilles filles ? Depuis quand vous plaignez-vous d'être confronté à une pléthore de femmes ? 
— Elles ne sont pas comme nos vieilles filles normales. Elles sont... insubordonnées. Et excessivement instruites. 
— Oh. Voilà en effet de quoi nous effrayer. J'affronte bravement une charge de cavalerie française, mais une femme non mariée instruite, j'en tremble déjà... 
— Attendez un peu avant de vous moquer. Vous verrez, ces femmes sont une véritable race à part. 
— Les femmes sont le cadet de mes soucis. À l'exception d'une seule, et elle ne vivait pas au village mais à Summerfield ; c'était la fille de sir Lewis Finch, et elle était absolument inaccessible... Même s'il soupçonnait qu'elle devait être une tigresse au lit ».

2#-L’humour : C’est l’un des éléments principaux de ce livre ! Mon dieu que j’ai pu rire à propos de certains dialogues vraiment très savoureux ou certaines situations parfois totalement loufoques !!!! Ce qui est le plus drôle, en fait, c’est la réaction du très sérieux Lieutenant-Colonel Bramwell face à ce groupe de jeunes femmes incontrôlables, notamment leur « dame patronnesse », Susanna, dont il est sérieusement entiché (même s’il ne veut pas l’admettre au début…). L’auteure Tessa Dare maîtrise parfaitement sa plume et son humour fait toujours mouche. C’est vraiment un grand plaisir de pouvoir lire une romance historique avec des personnages qui ne se prennent pas au sérieux, bien au contraire !


« Bram reprit connaissance lentement, en flottant sur une vaguelette apaisante. Dans ce monde de ténèbres, il était bien au chaud. Une délicieuse caresse, légère et régulière sur sa jambe blessée, atténuait la douleur. Il battit des paupières. Où était-il ? Qui le touchait ? Comment faire pour que cela ne cesse jamais ?
— Oh, Bram. La voix de Susanna.
— Mon Dieu. Regardez cela. Il se hissa laborieusement sur un coude et grimaça sous l'aiguillon de la douleur. Des draps blancs. Sa jambe brune et poilue. Les mains de Susanna sur sa peau. Ses mains nues, non gantées. Il retomba contre le matelas, chercha à nouveau le sommeil. Manifestement, il était en proie à une hallucination. Ou mort. Son contact était divin.
— J'ai tout compris, dit-elle avec un claquement de langue réprobateur. Vous compensez cet appendice atrophié. Appendice atrophié ? Les mots de Colin à propos de brindilles flétries et de raisins secs lui revinrent à l’esprit. Soudain bien réveillé, il se redressa brusquement en se débattant contre les draps.
— Écoutez-moi bien. Je ne sais pas quel genre de liberté vous avez prise pendant que j'étais inconscient, ni ce que votre imagination de vieille fille vous a préparée à voir. Mais laissez-moi vous dire que l'eau était diablement froide. Elle haussa un sourcil.
— Je parle de votre jambe.
— Oh. Sa jambe. Cet appendice atrophié ».

3#-Le couple formé par Susanna et Bram : Cette belle rousse de 25 ans tient d’une main de maître son village. De par son intelligence et ses connaissances en plantes médicinales, elle est très respectée à Spindle Cove. Et puis, il ne faut pas oublier que son vieux père est un notable, génie de guerre à la retraite, ce qui lui donne une certaine ascendance sur les autres villageois. Malgré son caractère enjoué et dynamique, notre héroïne cache aussi des blessures profondes, des traumatismes de l’époque où elle était adolescente quand elle a dû être « internée » dans une pension après la mort de sa mère et a dû subir les traitements de la médecine de l’époque….Maintenant qu’elle est devenue une femme, Susanna n’espère plus vraiment trouver l’amour et se contente de son sort de « vieille fille ». Elle cache depuis ces sombres années ses cicatrices aux bras causées par de multiples saignées par de grands gants jusqu’à ce qu’un jour, le Lieutenant-Colonel Bramwell les découvre……Au niveau des complexe, notre héros âgé de 29 ans est aussi servi puisqu’il est un blessé de guerre. Il boite à cause d’une balle reçue au genou et souffre régulièrement, notamment lors de longues et épuisantes marches. Pour ces deux « blessés de la vie », leur complicité va vite devenir une évidence même si le plus souvent, c’est en se chamaillant et en s’affrontant verbalement.....Dire que leur relation est passionnelle, c’est un fait avéré. Bram est très rigide dans sa manière de voir les choses (comme un militaire, me direz-vous !) et a du mal à se laisser « diriger » par une femme….Quant à Susanna, elle voit l’autorité naturelle du Lieutenant-Colonel comme une menace à l’ordre qu’elle a instauré depuis plusieurs années dans SON village…..Et quand finalement, le père de Susanna apprend à Bram que celui-ci va hériter du titre de Comte et que le vieux château en ruine lui appartient de ce fait, c’est le coup de massue pour la jeune femme car son père lui avait toujours dit depuis l’enfance que ce château sera le sien….certes, Susanna savait bien que ce n’était que des paroles en l’air prononcées pour faire rêver une enfant, mais tout de même, voir débarquer ce beau et fier militaire venu d’on ne sait où qui va devenir le nouveau noble du coin, il y a de quoi grincer des dents…..

« C'est bien la résidence de sir Lewis Finch ? Elle fronça les sourcils.
— Qu'avez-vous à faire avec sir Lewis Finch ?
— Des histoires d'hommes, ma belle. Les détails ne vous concernent pas.
— Summerfield est ma maison, répliqua-t-elle. Et sir Lewis Finch est mon père. De sorte que si, lieutenant-colonel Victor Bramwell, cela me concerne ».

« — J'ai une annonce à faire, déclara son père en brandissant une liasse de documents. Puisque Bramwell s'est montré incapable de manifester l'enthousiasme approprié, j'ai envie de partager la bonne nouvelle avec vous, mes amis. Il ajusta ses lunettes.
— En l'honneur de son courage et de sa contribution à la libération du Portugal, il a été conféré à Bramwell le titre de comte. J'ai ici les lettres patentes émanant du prince régent en personne. Il sera désormais connu comme lord Rycliff. Susanna s'étrangla sur son thé.
— Comment ? Lord Rycliff ? Mais ce titre est éteint. Il n'y a pas eu de comte de Rycliff depuis...
— Depuis 1354, très précisément. Le titre est resté dormant pendant près de cinq siècles. J'ai écrit au prince régent pour lui faire valoir les états de service de Bramwell, et il a très volontiers accédé à ma suggestion. Un coup de canon dans le salon rouge n'aurait pu stupéfier Susanna davantage. Son regard se posa sur l'officier en question. Pour un homme élevé au rang de comte il semblait étrangement maussade.
— Mon Dieu ! s'écria Payne. Comte ? Il ne manquait plus que cela ! Comme s'il ne suffisait pas qu'il contrôle ma fortune, voilà que mon cousin possède un titre de noblesse supérieur au mien. Et qu'inclut donc ce comté, d'ailleurs ?
— Pas grand-chose, hormis l'honneur du titre. Il n'y a pas vraiment de terres, excepté...
— Le château, termina Susanna d'une voix blanche. Son château. Bien sûr, le château de Rycliff ne lui appartenait pas, mais elle s'était toujours sentie la maîtresse des lieux. Personne d'autre ne semblait s'intéresser à ce tas de ruines, après tout. Et lorsqu'ils s'étaient installés dans cette maison et qu'elle avait été si affaiblie par la fièvre, son père lui avait dit :
— Il faut que tu te rétablisses, Susanna Jane. Tu as ton propre château à explorer. Son père leva les yeux vers une haute étagère. — Susanna, montre-leur donc la maquette.
— Papa, je suis sûre que le lieutenant-colonel ne s'intéresse pas à...
— Il est lord Rycliff, à présent. Bien sûr que cela l'intéresse. Il s'agit de son château ».

« — Permettez-moi d'être certain de vous comprendre, mademoiselle Finch. Vous avez réuni une colonie de femmes non mariées, puis éloigné ou castré tous les hommes virils de Spindle Cove. Et cependant, cela ne vous cause aucune privation.
— Absolument aucune. À la vérité, je trouve notre situation idéale.
— Vous vous rendez bien compte que cela paraît très... Elle inclina la tête, compréhensive.
— Menaçant ? Je comprends qu'un homme l'envisage ainsi.
— J'allais plutôt dire, saphique. Les lèvres pulpeuses et colorées par le cassis s'entrouvrirent avec surprise. Tant mieux. Il commençait à se demander ce qu'il fallait faire pour l'agacer. Mais cet interrogatoire le troublait. Sa peau... ces délectables taches de rousseur qui agrémentaient son visage...
— Vous ai-je choquée, mademoiselle ?
— Ma foi, oui, je dois l'avouer. Non par vos insinuations d'amour romantique entre femmes. Mais je n'aurais jamais supposé que vous étiez versé dans la poésie grecque ancienne. Voilà ce qui me choque.
— Sachez que j'ai suivi trois trimestres de cours à Cambridge.
— Vraiment ? Elle lui adressa un regard faussement stupéfait.
— Trois trimestres entiers ? Me voilà fort impressionnée. Le ronronnement séducteur de sa voix fit se dresser les poils sur ses avant-bras. A un moment donné de la conversation, elle avait cessé de se disputer avec lui et entamé un jeu de séduction. Il doutait qu'elle s'en soit rendu compte, pas plus qu’elle n'avait compris le danger la veille, lorsque sa robe avait été à deux doigts d'exposer son sein pâle. Aussi Bram resta-t-il parfaitement immobile et soutint-il son regard. Profondément, droit dans les yeux, jusqu'à ce qu'il lui fasse prendre conscience de cette brûlante étincelle qui crépitait entre eux. Elle produisit un tel effort pour ne pas respirer que l’air devint chaud entre eux, puis elle baissa les yeux... vers sa bouche. Le fugitif fantôme d'un baiser. Oh oui, lui signifia-t-il en haussant subtilement un sourcil. Nous en sommes exactement là. La jeune femme déglutit. Mais ne détourna pas le regard. Damnation, ils allaient parfaitement bien ensemble ! Il le devinait au simple fait de la regarder dans les yeux. Ses iris aux mille nuances de bleu recelaient de l'esprit, de la passion, de l'intensité. Des profondeurs intrigantes qu'il désirait ardemment explorer. Un homme pouvait parler à une femme comme elle toute la nuit. Une nuit ponctuée de gémissements et de halètements, bien sûr. Elle est la fille de sir Lewis ! rugit sa conscience dans son oreille. Malheureusement, le reste de son corps s'en fichait comme d'une guigne ».

4#-Boustifaille : Tessa Dare adore rajouter un animal « mascotte » dans ses histoires. Dans Un moment d’abandon, c’est donc un joli et doux agneau, surnommé Boustifaille qui est mis à l’honneur. D’abord considéré comme une réserve de repas sur pattes par Bram et ses deux acolytes, il va vite devenir un ravissant compagnon de douce laine pour notre strict Lieutenant-Colonel. D’une manière générale, les moutons ont la part belle dans ce 1er tome puisque c’est quand même à cause d’un troupeau qui bloque la route du Lieutenant-Colonel Bramwell que nos deux héros vont se rencontrer d’une manière explosive…..

« D'où surgissiez-vous donc ainsi ?
— C'est plutôt à moi de vous poser cette question, répliqua-t-elle en s'efforçant de se hisser sur un coude. Qui êtes-vous ? Et que diable faites-vous ici ?
— N'est-ce pas évident ? répondit-il très sérieusement. Nous bombardons les moutons.
— Oh. Oh, mon Dieu. Oui, bien sûr. Elle fut saisie de compassion. Il avait pris un coup sur la tête. C'était un de ces pauvres blessés de guerre. Elle aurait dû s'en douter. Aucun homme sain d'esprit ne l'aurait regardée de la sorte. Elle balaya sa déception. Au moins, il était tombé au bon endroit. Et sur la femme qu'il fallait. Elle était beaucoup plus douée pour soigner les commotions que pour répondre aux avances d'un gentilhomme. Elle n'avait qu'à cesser de voir en lui un homme immense et viril, et le considérer simplement comme une personne qui avait besoin de son aide. Une personne vérolée, par exemple. Dénuée de séduction, émasculée. Susanna passa un doigt sur son front.
— N'ayez pas peur, dit-elle d'un ton calme. Tout va bien se passer. Elle plaça la main en corolle autour de sa joue et le regarda dans les yeux.
— Les moutons ne peuvent pas vous faire de mal, ici ».

« À propos de poudre, c'est à cet instant qu'arriva le brillant cerveau à l'origine de la dispersion des moutons.
— Vous n'êtes pas blessée, mademoiselle ? demanda Colin.
— Je vais bien, répondit-elle. Je crains de ne pouvoir en dire autant de votre ami.
— Bram ? Colin avança sa botte pour le remuer légèrement.
— Vous êtes en un morceau, dirait-on.
— Il est complètement perdu, le pauvre, dit la jeune fille en lui tapotant la joue. Est-ce à cause de la guerre ? Depuis combien de temps est-il dans cet état ?
— Dans cet état ? répéta Colin en adressant à Bram un sourire narquois. Oh... il l'a été toute sa vie.
— Toute sa vie ?
— C'est mon cousin. Je suis bien placé pour le savoir. Les joues de la demoiselle rosirent et cachèrent ses taches de rousseur.
— Si vous êtes son cousin, vous devriez mieux vous occuper de lui. Comment pouvez-vous le laisser battre la campagne en déclarant la guerre à des troupeaux de moutons ? C'était adorable. Cette fille se souciait de lui. Elle veillerait à l'installer dans un asile très confortable, assurément. Le jeudi serait son jour de visite...
— Je sais, je sais, soupira Colin gravement. Il est dérangé. Complètement déséquilibré. Parfois même il bave, le pauvre diable. Mais le problème est qu'il contrôle ma fortune. Je n'ai pas mon mot à dire.
— Cela suffira, intervint Bram ».

5#-Le premier face à face entre Susanna et Bram : Leur rencontre est totalement cocasse puisque Bram et ses deux acolytes étaient en train de faire partir des explosifs pour disperser les moutons présents sur la route (oui, l’idée de départ est aussi dangereuse que débile, pour sa défense, il faut préciser que l’idée vient de Colin, le cousin de Bram….). Bref, Susanna va se trouver sur la trajectoire et va donc être sauvée par notre beau Lieutenant-Colonel qui va surgir sur elle et la plaquer au sol pour la protéger…..Oserai-je dire que pour ces deux-là, le coup de foudre a été immédiat…Oui et non….Si l’attirance physique est réciproque, nos deux héros sont tous les deux très prudents. Ok, Bram va voler un baiser à Susanna, mais c’est avant de savoir qu’elle est la fille de Sir Lewis Finch, qui est un ancien ami de son propre père et qui est l’homme qu’il est venu rencontrer pour discuter d’affaires militaires…..

« Au pied de la colline, deux chariots étaient immobilisés au milieu de la route. Elle distingua des silhouettes attroupées autour. De hautes silhouettes masculines. Aucune n'était petite, bedonnante et dégarnie. Aucune ne pouvait être son père. Susanna poussa un soupir de soulagement et avala une bouffée d'air acre à forte odeur de poudre. Délivrée du poids de l'angoisse, elle céda à sa curiosité. Intriguée, elle descendit vers la route étroite et défoncée. Au loin, les silhouettes des hommes avaient cessé de remuer. Ils l'avaient remarquée. Une main en visière, elle examina les hommes, mais elle ne les connaissait pas. L'un d'eux portait un uniforme d'officier. Un autre était en chemise. Tandis qu'elle approchait, ce dernier se mit à agiter les bras avec vigueur. Des cris lui parvinrent, déformés par la brise. Elle fronça les sourcils.
— Attendez ! Mademoiselle, surtout ne... ! Wouf. Une force invisible la souleva brusquement de terre et la plaqua sur le côté. Elle s'enfonça de tout son poids dans les herbes hautes, projetée par une bête lancée à pleine force. Une bête au lainage rouge écrevisse. Ensemble, ils rebondirent sur le talus dans un méli-mélo de coudes et de genoux. Susanna sentit ses dents grincer et se mordit douloureusement la langue. Du tissu fut déchiré, et de l'air frais remonta le long de sa cuisse. Quand ils cessèrent enfin de rouler, elle se trouva clouée au sol par un poids immense. Et transpercée par un intense regard vert.
— Que... ? commença-t-elle dans un souffle. Boum, répondit le monde. Susanna baissa la tête et s'enfouit sous la protection de ce qu'elle reconnut comme étant l'habit d'un officier. Un bouton en laiton s'enfonçait dans sa joue. La masse de l'homme formait un bouclier confortable tandis qu'une pluie de mottes de terre retombait sur eux ; il sentait le whisky et la poudre à canon. Une fois le nuage éclairci, elle écarta les cheveux du front de l'inconnu pour y chercher des traces de blessure ou de confusion. Ses yeux étaient alertes et intelligents, et d'une surprenante nuance de vert qui lui fit penser à du jade.
— Allez-vous bien ? s'alarma-t-elle.
— Oui. Sa voix était profonde et râpeuse.
— Et vous ? Elle acquiesça de la tête, s'attendant à ce que, rassuré, il la laisse aller. Voyant qu'il ne bougeait pas, elle s'étonna. Soit il était gravement blessé, soit il était sérieusement impertinent.
— Monsieur, vous êtes... euh, vous êtes un peu lourd. L'insinuation, cette fois, était claire.
— Et vous, vous êtes douce, répondit-il. Dieu tout-puissant. Qui était cet homme ? D'où venait-il ? Et que faisait-il encore au-dessus d'elle ?
— Vous avez une petite blessure. Les doigts tremblants, elle effleura une trace rouge sur sa tempe, près de la racine des cheveux.
— Attendez, dit-elle en appuyant une main sur sa gorge pour tâter son pouls. Elle le trouva, qui battait régulièrement sous ses doigts gantés.
— Ah, fit-il. C'est agréable. Susanna se sentit rougir.
— Voyez-vous double ? interrogea-t-elle.
— Peut-être. Je vois deux lèvres, deux yeux, deux joues roses... et mille taches de rousseur. Elle fixa sur lui des yeux ronds.
— Ne vous inquiétez pas, mademoiselle. Rien de grave. Son regard s'assombrit mystérieusement.
— Rien qu'un petit baiser ne puisse arranger. Et, sans même lui laisser le temps de reprendre son souffle, il posa les lèvres sur les siennes. Un baiser. Sa bouche, qui touchait celle de Susanna. Chaude et ferme, et... disparue. Son premier vrai baiser en vingt-cinq ans d'existence, et il n'avait duré que le temps d'un battement de cils.».

6#-La romance entre Susanna et Bram : La tension sensuelle et sexuelle est immédiate entre nos deux héros. C’est donc un vrai délice de les voir se tourner autour, s’attirer, se repousser, s’insulter mais aussi s’embrasser passionnément et s’avouer des choses qu’ils n’ont jamais dit à personne. Tessa Dare a réussi à créer un couple parfaitement complémentaire, deux êtres qui étaient destinés l’un à l’autre, malgré les réticences de chacun.

« Rycliff jeta un coup d'œil vers son cousin, qui cassait des branches mortes sur un mur couvert de lierre. D'un mouvement de tête, il attira Susanna à l'écart.
— Mademoiselle Finch, il n'est pas sage que des officiers dorment sous le même toit qu'une jeune fille. Si votre père ne se soucie pas de votre réputation, ce doit être à vous d'y penser.
— Me soucier de ma réputation ? Elle éclata de rire. Puis elle baissa la voix.
— Me trompé-je, ou êtes-vous l'homme qui m'a aplatie sur la route et embrassée à la hussarde ?
— Précisément. Ses yeux s'assombrirent. Le sens de ses propos la balaya en une vague brûlante et sensuelle. Il ne voulait tout de même pas sous-entendre... Non. Rien n'était sous-entendu. Ses yeux de jade transmettaient un message parfaitement clair, qu'il souligna d'une légère flexion de ses bras massifs : « Je suis en tout point aussi dangereux que vous le supposez. Sinon davantage. »
— Retournez donc chez vous avec votre aimable invitation. Dès que des soldats côtoient d'un peu trop près des jeunes filles, il se passe des choses. Et si vous deviez vous trouver à nouveau au-dessous de moi... Son regard affamé parcourut le corps de Susanna.
— ... vous ne vous échapperiez pas si facilement. Elle étouffa un petit cri.
— Vous êtes une brute !
— Je suis un homme, mademoiselle Finch. Un homme, tout simplement ».

7#-Les personnages secondaires : En plus de certains habitants de Spindle Cove charismatiques comme la talentueuse Miss Taylor ou le solide forgeron Mr Dawes, tout comme les jumeaux Rufus et Finn Bright, âgés de 15 ans, nous avons donc les nouveaux personnages qui débarquent. Bien entendu, il y a les deux soldats qui accompagnent Bram : Lord Payne, son cousin, un sacré séducteur, très bel homme, qui use et abuse de son charme (et qui a un titre de Vicomte) et il y a le Caporal Thorne, un soldat immense et musclé mais très austère et taciturne….Au niveau des nouvelles arrivantes, il y a les sœurs Highwood et leur mère qui viennent justement visiter le pensionnat le jour où le Lieutenant-Colonel Bramwell débarque à Spindle Cove en « chassant » les moutons à l’explosif. Minerva la deuxième fille de la fratrie aura droit à quelques bons dialogues dans ce tome (puisque le suivant lui sera consacré), quand à Diana, cette beauté fragile, aura droit à sa petite nouvelle Hors-série puisqu’elle est très fortement attirée par le forgeron du village (malgré le fait que sa mère la pousse à séduire Lord Payne, le cousin de Bram…).

« Au moins, Susanna pouvait la rassurer en toute sincérité. Un séjour à Spindle Cove serait une bénédiction pour les trois sœurs Highwood. Diana, qui bénéficierait d'un peu de répit après tous ces traitements de charlatans. Minerva, qui pourrait s'adonner à ses passions. Et la jeune Charlotte, qui avait tout simplement besoin d'un endroit pour être une jeune fille et déployer ses jambes et son imagination en pleine croissance. Enfin, Susanna avait besoin des Highwood, pour des raisons difficiles à expliquer. A défaut de pouvoir remonter le temps pour réparer les infortunes de sa propre jeunesse, elle pouvait épargner aux autres jeunes filles la même détresse solitaire, ce qui constituait pour elle une grande compensation.
— Faites-moi confiance, madame Highwood, dit-elle en lui prenant la main. Spindle Cove est l'endroit idéal pour les vacances d'été de vos filles. Je vous promets qu'elles y seront heureuses, en bonne santé et parfaitement en sécurité. Boum. Une détonation percuta l'air. Sous sa force, les côtes de Susanna frémirent. Mme Highwood crispa une main gantée sur son chapeau.
— Mon Dieu ! Était-ce une explosion ? Zut, zut, zut. Tout se déroulait si bien...
— Mademoiselle Finch, vous venez de prétendre que cet endroit était très sûr ».

« — À quoi ressemblent ces hommes ? demanda la jeune Charlotte à Susanna. Sont-ils terriblement séduisants ?
— Quelle importance ? Mme Highwood hocha la tête avec sagacité.
— Mlle Finch a absolument raison, Charlotte. Peu importe si ces nobles sont séduisants ou non. L'essentiel est qu'ils soient nantis. La beauté se ternit. Pas l'or ».

Pour conclure, Un moment d’abandon est un joli coup de cœur pour moi. Je constate que la plume de l’auteure Tessa Dare correspond parfaitement à mes goûts en matière de romance historique, notamment avec la bonne dose d’humour dont font preuve les personnages et les situations parfois complètement ahurissantes dans lesquelles ils se retrouvent. N’oublions pas la passion amoureuse qui s’immisce peu à peu dans le cœur de Susanna Finch et du Lieutenant-Colonel Bramwell qui s’attirent comme des aimants malgré leurs nombreux points de divergence….Les personnages secondaires sont également très présents dans ce tome puisque le village de Spindle Cove est tout de même assez original dans son fonctionnement et chacun y met son grain de sel. Cela augure de savoureux tomes à venir et que je m’en vais lire de suite, ça, je peux vous le garantir ! Oui, je suis totalement fan de cette saga et je vous recommande totalement ce 1er tome ! 



Ma note : 18/20

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