vendredi 16 juin 2017

LA PASSE-MIROIR - Tome 3 : La mémoire de Babel

Christelle Dabos 
Les Editions Gallimard 2017
496 pages 

Synopsis :
Deux ans et sept mois qu'Ophélie se morfond sur son arche d'Anima. Aujourd'hui, il lui faut agir, exploiter ce qu'elle a appris à la lecture du Livre de Farouk et les bribes d'information divulguées par Dieu. Sous une fausse identité, Ophélie rejoint Babel, arche cosmopolite et joyau de modernité. Ses talents de liseuse suffiront-ils à déjouer les pièges d'adversaires toujours plus redoutables ? A-t-elle la moindre chance de retrouver la trace de Thorn ?


Aaah ! Et bien on pourra dire qu’il s’est fait attendre ce tome-ci ! Cela fait presque un an et demi que je trépigne d’impatience de retrouver notre sympathique héroïne Ophélie et Thorn, son glacial époux ! Alors, que vous dire ? Sans être un coup de cœur comme les deux précédents tomes, j’ai néanmoins passé un très bon moment de lecture (surtout à la fin, n’est-ce pas ! Ceux qui auront lu le livre me comprendront…).



La mémoire de Babel nous entraîne dans une nouvelle arche avec des personnages très différents de ceux que nous avions l’habitude de côtoyer. Les habitants de Babel ont une manière de s’habiller et de s’exprimer bien à eux (d’ailleurs, par moment, Babel me faisait penser très fortement à l’Inde). Les pouvoirs psychiques prédominent sur les pouvoirs « physiques » et c’était très intéressant de voir comment notre petite Ophélie allait arriver à se débrouiller pour trouver des réponses à ses questions, et surtout si elle allait enfin réussir à retrouver Thorn qui a disparu de sa vie depuis maintenant plus de deux ans et demi….

Quoi ? Deux ans et demi ?.....Et oui ! La principale particularité de ce tome, c’est cette ellipse dans le temps qui nous permet de remettre certaines choses à plat et qui nous permet aussi de retrouver Ophélie un peu plus mâture….

« Elle sortit la montre à gousset et en ouvrit le couvercle avec d’infinies précautions. Cette pauvre mécanique était déjà assez souffrante ainsi, Ophélie ne pouvait pas se permettre d’être maladroite. Depuis qu’elle l’avait récupérée dans les affaires de Thorn, juste avant d’être rapatriée de force sur Anima, la montre n’avait jamais donné l’heure. Ou plutôt, elle donnait un peu trop d’heures à la fois. Toutes ses aiguilles pointaient tantôt dans un sens, tantôt dans un autre, sans aucune logique apparente : quatre heures vingt-deux, sept heures trente-huit, une heure cinq… et plus le moindre tic-tac. Deux ans et sept mois de silence. Ophélie n’avait reçu aucune nouvelle de Thorn après son évasion. Pas un seul télégramme, pas une seule lettre. Elle avait beau se répéter qu’il ne pouvait pas courir le risque de se manifester, que c’était un homme recherché par la justice, peut-être par Dieu en personne, elle se consumait de l’intérieur ».

Ce que j’ai aimé dans ce livre :
1#-Le couple Thorn et Ophélie : Même si ce 3ème tome n’est pas un coup de cœur, il n’empêche que les lecteurs seront ravis de retrouver nos deux héros. Je dois même vous faire une confidence, après avoir terminé mon livre, j’ai rêvé d’eux la nuit suivante ! Il faut dire que j’attendais tellement de pouvoir lire leurs retrouvailles ! Attention zone spoilers ! Cliquez sur le mulot et passez le texte en surbrillance ! Alors certes, il va falloir attendre la moitié du livre pour qu’Ophélie se retrouve enfin face à Thorn et leurs retrouvailles vont être un peu glaciales (en même temps, de la part de Thorn, cela n’a rien de surprenant, vu son caractère !)….Fort heureusement, l’auteure, Christelle Dabos, va amener peu à peu nos deux héros à se retrouver seuls tous les deux, jusqu’aux dernières pages du livre, où, enfin, ils consomment leur union, les petits canailloux !!!!!! Alors, ok, c’est super soft (Christelle Dabos se lâchera-t-elle dans le 4ème tome ?), et c’est à notre imagination fertile de combler les trous (sans mauvais jeu de mot), mais de voir notre cher Thorn tout intimidé par notre petite Ophélie qui prend les choses en main, et qui le tutoie, Oh Mon Dieu !!!! J’imagine que Thorn est aussi inexpérimenté qu’Ophélie alors je ne sais pas ce qu’a pu donner leur première fois ensemble, mais quoiqu’il en soit, au niveau des sentiments et de l’amour, ces deux-là n’en manquent pas l’un pour l’autre et c’était vraiment super romantique ! Leur dialogue un peu plus tôt dans le livre quand Ophélie avoue à Thorn que, elle aussi, elle l’aime, a été aussi un super moment de romantisme qui a fait palpiter mon petit cœur de midinette ! Purée, enfin les voici réunis comme un vrai couple !!!!


« Ophélie traversa la salle en faisant attention à ne renverser aucun carton, ce qui n’était pas une tâche aisée. Thorn était si absorbé par ses microfilms qu’il ne la remarqua pas quand elle s’approcha de lui. Elle contempla, faute de mieux, l’immense courbure de ce dos qu’il s’obstinait à lui présenter. Elle ne s’en tenait plus qu’à une longueur de bras. La dernière fois qu’elle avait essayé de franchir cette distance – cet abîme – entre eux, Thorn avait retourné ses griffes contre elle. Elle leva timidement la main vers l’épaule dont l’os roulait sous la chemise à chaque manipulation de boutons. Elle voulait obtenir toute l’attention de Thorn, tandis qu’elle libérait enfin les mots longtemps coincés en elle :
– Je vous aime aussi. Elle eut un haut-le-corps. Thorn s’était retourné à une vitesse foudroyante pour lui bloquer le poignet. Sa réaction fut si brutale, l’éclat de ses yeux si dur qu’Ophélie crut qu’il allait encore la repousser. Dans un mouvement contraire, absolument imprévisible, il la tira en avant. Le tabouret bascula. Ophélie eut la sensation de s’enfoncer de tout son poids entre les côtes de Thorn lorsqu’ils tombèrent ensemble dans un fracas d’acier et une avalanche de cartons. La visionneuse explosa en débris de verre à côté d’eux sur le parquet ».

« C’était la chute la plus spectaculaire et la plus incompréhensible qu’Ophélie avait jamais vécue. Ses oreilles bourdonnaient comme des ruches. La monture des lunettes lui meurtrissait la peau. Elle ne voyait plus rien, respirait à peine. Quand elle réalisa qu’elle était en train d’écraser Thorn, elle voulut se dégager sans y parvenir. Il l’emprisonnait de ses bras avec une telle fermeté qu’elle ne distinguait plus les battements de leurs poitrines. La barbe drue de Thorn lui entra dans les cheveux alors qu’il articulait : – Surtout pas de gestes brusques. Après la façon dont il venait de les précipiter par terre, cet avertissement était quelque peu incongru. L’étau des bras se relâcha muscle après muscle autour d’Ophélie. Elle dut prendre appui sur l’estomac de Thorn pour se redresser. À demi effondré sur le parquet, le dos contre une bibliothèque, il la surveillait avec une contraction extrême, comme s’il s’attendait à ce qu’elle provoquât une catastrophe.
– Ne refaites jamais ça, dit-il en appuyant sur chaque syllabe. Me prendre par surprise. Jamais. Avez-vous saisi ? Ophélie était trop nouée pour lui répondre. Non, elle ne saisissait pas. Elle en vint à se demander s’il avait seulement écouté la déclaration qu’elle lui avait faite. Elle se décomposa en apercevant les éclats de métal répandus sur le parquet. Il ne restait plus grand-chose de l’armature de Thorn.
– Rien qui ne puisse être réparé, commenta-t-il. J’ai des outils dans ma chambre. En revanche ceci est plus ennuyeux, ajouta-t-il avec un bref regard pour la visionneuse de microfilms éclatée en morceaux. Je vais devoir m’en procurer une autre.
– Je ne crois pas que ce soit une priorité, s’agaça Ophélie. Elle se mordit la langue quand Thorn pressa sa bouche contre la sienne. Sur le moment, elle ne comprit plus rien. Elle sentit sa barbe lui piquer le menton, son odeur de désinfectant lui monter à la tête, mais la seule pensée qui la traversa, stupide et évidente, fut qu’elle avait une botte plantée dans son tibia. Elle voulut se reculer ; Thorn l’en empêcha. Il referma ses mains de part et d’autre de son visage, les doigts dans ses cheveux, prenant appui sur sa nuque avec une urgence qui les déséquilibra tous les deux. La bibliothèque déversa une pluie de documents sur eux. Quand Thorn s’écarta finalement, le souffle court, ce fut pour clouer un regard de fer dans ses lunettes.
– Je vous préviens. Les mots que vous m’avez dits, je ne vous laisserai pas revenir dessus. Sa voix était âpre, mais sous l’autorité des paroles il y avait comme une fêlure. Ophélie pouvait percevoir le pouls précipité des mains qu’il appuyait maladroitement sur ses joues. Elle devait reconnaître que son propre cœur jouait à la balançoire. Thorn était sans doute l’homme le plus déconcertant qu’elle avait jamais rencontré, mais il la faisait se sentir formidablement vivante ».

« – Je vous aime, répéta-t-elle d’un ton inflexible. C’est ce que j’aurais dû vous répondre quand vous vouliez connaître la raison de ma présence à Babel. C’est ce que j’aurais dû vous répondre chaque fois que vous vouliez savoir ce que j’avais vraiment à vous dire. Bien sûr que je désire percer les mystères de Dieu et reprendre le contrôle de ma vie, mais… vous faites partie de ma vie, justement. Je vous ai traité d’égoïste et à aucun moment je ne me suis mise, moi, à votre place. Je vous demande pardon. Ophélie s’était voulue inébranlable, mais elle entendit sa propre voix se craqueler traîtreusement sur les derniers mots. Thorn fixa la larme qui roula sur son pouce ; il écarquillait tellement les yeux que sa balafre n’en finissait plus de se distendre.
– Je dois insister, grommela-t-il en raffermissant la prise de ses doigts autour de son visage. Ne m’accostez plus jamais de dos ou dans les angles morts de ma vision. Ne faites aucun mouvement que je ne puisse voir venir à l’avance, ou alors avertissez-moi à voix haute. Le projecteur de diapositives poursuivait ses flashs sporadiques. À chaque éclair, Ophélie voyait Thorn sous un nouvel éclairage : ses mouvements de recul, ses pas de côté, son existence recluse, cette distance qu’il maintenait scrupuleusement entre lui et le reste du monde.
– Vous ne maîtrisez plus vos griffes ? Thorn pinça les narines et amincit les lèvres. Toute sa figure semblait s’être rétrécie d’un coup.
– Je peux les contenir si elles ne vous perçoivent pas comme une menace. Encore faut-il que vous observiez mes consignes et que vous évitiez de déclencher des réflexes défensifs. Vous ne pouvez pas vous permettre d’être étourdie avec moi, c’est aussi simple que ça.
– Mais comment est-ce arrivé ? bredouilla Ophélie. L’inoculation de mon animisme aurait créé une instabilité dans votre pouvoir familial ? Les sourcils de Thorn frémirent.
– Ça vous met mal à l’aise ? Ophélie sut alors que cette perte de contrôle était plus humiliante pour lui que son handicap physique. Thorn ne s’était pas délibérément servi de ses griffes contre elle la dernière fois. Il ne s’en était même pas rendu compte. Elle se promit de ne jamais le lui dire.
– Non, répondit-elle en le regardant droit dans les yeux. Maintenant que je le sais, je serai vigilante. Thorn la dévisagea avec une intensité presque brutale. Ophélie eut soudain une conscience aiguë, douloureuse, de ce vide qui lui creusait le corps depuis trois ans. Elle se mit à trembler. Elle n’avait pas peur ».

« Thorn détacha enfin son regard du verre d’eau pour le braquer sur elle. Ses prunelles pâles projetaient un éclat incisif à travers la pénombre.
– Vous rappelez-vous ce que je vous ai dit l’autre soir, devant l’entrée du Mémorial ? Que je ne voulais pas de vos bons sentiments ? Ophélie hocha le menton.
– J’étais sincère, poursuivit-il d’une voix implacable. Je n’en veux pas. Il se renfrogna, comme s’il avait un goût désagréable en bouche. Ses doigts firent valser son verre d’une main à l’autre avant qu’il se décide à le poser.
– Du moins, pas seulement. Ophélie s’humecta les lèvres. Thorn n’avait pas son pareil pour la faire se sentir tour à tour glacée et brûlante.
– Vous ne…
– Pas de demi-mesure, la coupa-t-il. Je ne suis pas et je ne veux pas être votre ami.
(….)
– Je refuse de vivre avec l’impression continuelle de vous mettre mal à l’aise, enchaîna Thorn d’un ton abrupt. Si ce sont mes griffes qui vous rebutent… je suis conscient d’être peu attractif… cette jambe ne m’empêchera pas de… Il balaya son front d’une main excédée, comme s’il endurait un véritable calvaire grammatical. Toute la nervosité d’Ophélie disparut aussitôt. Elle se débarrassa de ses gants comme d’une ancienne mue. Les coups durs avaient abîmé Thorn et les dégâts étaient plus considérables au-dedans qu’au-dehors. Elle se fit la promesse de le protéger de tous ceux qui pourraient l’écorcher davantage, à commencer par elle. Elle s’approcha de manière à bien se tenir dans son champ de vision. C’était une bonne chose qu’il fût assis, ça les mettait à égalité. Il tressaillit quand elle appuya ses mains nues de part et d’autre de son visage. C’était un être anguleux de corps comme de caractère, sans jamais une formule aimable, ni un geste galant, ni un mot d’humour, préférant la compagnie des chiffres à la société des hommes. Il fallait avoir une bonne motivation pour regarder Thorn en face. Ophélie en possédait une. Elle embrassa ses cicatrices, d’abord celle qui lui fendait le sourcil, ensuite celle qui lui crevait la joue, enfin celle qui lui traversait la tempe. À chaque contact, Thorn écarquilla davantage les yeux. Ses muscles, à l’inverse, se contractèrent.
– Cinquante-six. Il désenroua sa voix d’un raclement de gorge. Jamais Ophélie ne l’avait vu aussi intimidé, en dépit des efforts qu’il déployait pour ne rien en montrer.
– C’est le nombre de mes cicatrices.
Elle ferma, puis rouvrit les yeux. Elle le sentit à nouveau, en plus violent encore, cet appel impératif qui lui venait du fin fond du corps.
– Montre-les-moi.
Le monde cessa aussitôt d’être mot pour se faire peau. L’ombre blême des moustiquaires, le clapotis de la pluie, les lointaines rumeurs des jardins et de la ville, rien de tout cela n’existait plus pour Ophélie. La seule chose dont elle avait une perception aiguë, c’était Thorn et elle, leurs mains défaisant l’une après l’autre chaque retenue, chaque appréhension, chaque timidité. Ophélie avait passé ses trois dernières années à se sentir creuse. Elle était enfin complète ».

2#-Thorn et son caractère si particulier : Il n’y a pas à dire, notre héros glacial a le chic pour retourner le cœur d’Ophélie (et le mien) dès qu’il s’adresse à elle ! Ce qui est séduisant chez ce personnage c’est cette espèce de complexe d’infériorité (ou de supériorité) et les doutes qu’il peut avoir sur sa propre capacité à être aimé par quelqu’un d’autre. Son incroyable déclaration d’amour jetée à brûle pourpoint dans le précédent tome, avant qu’il ne soit séparé d’Ophélie m’avait déjà mise dans tous mes états, et je me rends compte qu’en deux ans et demi, il n’a toujours pas changé…..Il sort des phrases qui claquent et qui bouleversent (dans le bon sens du terme) mais il peut aussi parfois avoir des attitudes discutables qui vont faire souffrir notre héroïne. Attention zone spoilers ! Cliquez sur le mulot et passez le texte en surbrillance ! Je dois dire que le coup des griffes qui agressent Ophélie quand celle-ci essaye de rattraper Thorn m’a énormément déçue et déstabilisée ! (Ophélie aussi était sous le choc !)….Heureusement qu’elle s’est accrochée car finalement, les apparences étaient trompeuses et si Thorn a blessé Ophélie avec ses griffes, c’était contre sa volonté car il lui avouera plus tard ne plus arriver à les maitriser (d’ailleurs, nous avons droit à une scène forte en émotion quand il se retourne vers elle pour la maitriser –et se maitriser – quand elle le prend par surprise avec sa déclaration d’amour !)….Pour deux personnes qui n’ont pas l’habitude de parler d’amour, je dois dire que lorsqu’ils le font, whoua, ça déménage ! Mon cœur s’en remet à peine !

« L’acuité perçante avec laquelle Thorn la dévisagea lui fit perdre contenance. Au-dessus d’eux, des lampions ballottés par le vent diffusaient une lumière frissonnante.
– Quand cette affaire sera réglée, il faudra que nous parlions vous et moi.
– Que nous parlions de quoi ?
– Quand cette affaire sera réglée, répéta simplement Thorn ».

« – Mais pourquoi ? s’impatienta Ophélie. Pourquoi vous infligez-vous ça ? Pourquoi vous obligez-vous sans cesse à défier des forces qui vous dépassent ? Et ne me parlez pas encore de sens du devoir. Vous ne devez rien au monde. Qu’est-ce qu’il a fait pour vous, le monde ? Le froncement perpétuel des sourcils de Thorn se relâcha d’un coup ; pas assez, toutefois, pour effacer la crevasse en travers de son front.
– Vous croyez que c’est pour le monde que je fais ça ? La tension qui lui électrifiait le corps s’amplifia aussitôt, contractant ses mâchoires et durcissant ses yeux. Ophélie réalisa alors que ce qu’elle avait toujours pris pour de la détermination était en réalité une véritable rage.
– Dieu a dit qu’il vous gardera à l’œil, murmura-t-il d’une voix suffoquée. Juste devant moi. Je fais un mari exécrable mais je n’autorise personne, et surtout pas lui, à harceler ma femme. Il m’est impossible de vous arracher à Dieu, mais je peux l’arracher à vous. Et c’est ce que je vais faire de ce pas, dès que vous vous serez décidée à m’apporter cette maudite boîte à outils. S’il existe un livre qui détient le secret de Dieu et qui permet de mettre une faille dans son invulnérabilité, alors je le trouverai ».

3#-L’émancipation d’Ophélie : Dans ce tome-ci, nous sentons bien qu’Ophélie a « grandit » et s’affirme dans ses choix. Certes, sous sa nouvelle identité en tant que Eulalie, elle va devoir subir certaines brimades en tant qu’étudiante, apprentie virtuose, et même du chantage de la part de certaines personnes mais contrairement aux deux précédents tomes, il y a une âme rebelle qui sommeille en elle et même si elle fait mine d’accepter les contraintes, intérieurement, cela bouillonne en elle et elle ne veut plus être traitée comme une gamine…Après tout, c’est une femme mariée et non plus une petite demoiselle maintenant ! (même si, ok, je vous l’accorde, elle n’est mariée que sur le papier et n’a jamais été plus loin que de rares baisers volés avec Thorn….Et vu qu’il a disparu depuis deux ans et demi, la situation stagne à ce niveau-là)….En même temps, l’absence de Thorn permet à la jeune femme de faire monter l’attente et le désir de le retrouver enfin ! Les réactions de sa mère au début du livre, qui ne comprend pas pourquoi Ophélie n’a pas renoncé à Thorn est révélateur de l’amour qu’elle lui porte et qui grandit en elle depuis leur séparation…..Babel est aussi pour beaucoup dans le changement de la jeune femme car avec la chaleur qui règne là-bas, Ophélie se débarrasse de ses couches de vêtements et libère la petite femme qui existe en elle…..Je dois dire que j’ai été particulièrement charmée par la « nouvelle » Ophélie et j’ai adoré la fin du livre….Bon, le seul soucis c’est qu’il va maintenant falloir attendre au moins un an pour lire la suite, et ça c’est la galère !!!!!!!!!!!

« – J’ai discuté de ton cas avec Agathe, dit la mère d’Ophélie en se penchant de tout son buste par-dessus le stand. Ta sœur est de mon avis, tu dois songer à te trouver une situation. Elle en a parlé avec Charles, ils sont d’accord pour que tu viennes travailler à la fabrique. Regarde-toi une fois, ma fille ! Tu ne peux ni continuer ainsi. Tu es si jeune ! Rien ne t’enchaîne encore à… tu sais… lui. La mère d’Ophélie avait articulé ce dernier mot sans le prononcer. Personne ne mentionnait jamais Thorn dans la famille, comme s’il s’agissait d’un sujet honteux. De façon générale, personne ne mentionnait jamais le Pôle. Il y avait des jours où Ophélie se demandait si tout ce qu’elle avait vécu là-bas était bien réel, à croire qu’elle n’avait jamais été ni valet de chambre, ni vice-conteuse, ni grande liseuse familiale ».

4#-La petite Victoire : Le bébé de Bérénilde qui est né dans le tome 2 est maintenant une petite fillette qui a droit à ses propres chapitres dans ce tome. J’imagine qu’elle va avoir un rôle important dans le 4ème et ultime tome de la saga mais quoiqu’il en soit, j’ai trouvé les chapitres qui lui étaient consacrés très intrigants. Son pouvoir est particulier, tout comme sa personnalité…..J’ai hâte de voir ce que cela va donner quand elle va se retrouver face à sa marraine Ophélie !

« – Ma petite Victoire, permettez-moi de vous présenter votre marraine et la marraine de votre marraine. Sous l’effet de la surprise, la tante Roseline lâcha toutes les affaires qu’elle avait emportées : parapluie, manchon, châle et spatule à gaufre.
– Nom d’une poussette, la gamine de Berenilde ! Son portrait craché avec ça. Émue, un peu intimidée aussi, Ophélie considéra la fillette qui écarquillait sur elles de grands yeux clairs. Les yeux de Berenilde. Pour le reste, Victoire tenait en réalité davantage de son père. Son visage était d’une pâleur féerique et ses cheveux, anormalement longs pour son âge, paraissaient plus blancs que blonds. Elle avait aussi cette curieuse façon d’entrouvrir la bouche sans émettre un seul son qui rappelait les interminables silences de Farouk.
– Elle ne sait toujours ni parler ni marcher, les prévint Archibald en secouant Victoire, comme s’il s’agissait d’une poupée-phonographe dont le mécanisme serait défectueux. Son pouvoir familial ne s’est pas encore déclenché non plus. Mais n’allez pas la croire stupide, elle comprend déjà plus de choses que toutes mes ex-sœurs réunies ».

5#-Les habitants de Babel : Dans ce nouveau tome, Ophélie laisse de côté ses anciens amis (entraperçus au début du livre, avant qu’elle ne parte seule à Babel) pour rencontrer de nouveaux personnages. Nous sommes à Babel alors l’auteure Christelle Dabos fait un gros clin d’œil à la tour de Babel et les différents langages. Dans son univers à elle, les habitants de Babel parlent bien entendu la même langue qu’Ophélie, mais ils ont en plus des expressions étrangères (notamment anglaises et italiennes). J’ai particulièrement apprécié le jeune Ambroise avec son physique atypique, qui, lui est un sans-pouvoir, mais il y a aussi l’intrigant Octavio, le fils de Lady Septima, que j’ai du mal encore à cerner (sera-t-il un ennemi ou un allié pour Ophélie dans le prochain tome ?....Et n’aurait-il pas un petit faible pour la jeune femme ?), et évidemment, j’ai aussi adoré détester la sale peste de Mediana et ses sales cousins…..En même temps, ce personnage a permis à Ophélie de se « révéler » comme une jeune femme forte et non plus une gamine un peu nunuche…Les deux esprits de famille liés à Babel, Pollux et Hélène sont aussi vraiment spéciaux, enfin surtout Hélène.…Ah, il y a cependant un petit détail qui m’a fait tiquer (mais je ne le mets pas dans les trucs négatifs car c’est vraiment infime), c’est quand l’auteure décrit l’une des camarade d’Ophélie comme une poupée orientale….Oui, mais l’orient n’existe pas dans le monde des arches éparpillées de la Passe-miroir ! hé hé hé ! (cela dit, si je voulais être aussi tatillonne, je m’interrogerais sur les expressions de langue anglaise et italienne utilisées dans le livre, qui, à priori n’ont pas non plus de sens dans ce monde….Mais je ne vais pas chipoter ! ) car il faut bien admettre que l’univers créé par Christelle Dabos est vraiment incroyable !

« – Tu as signé un accord, apprentie. Lady Hélène t’offre un gîte, un couvert et un avenir. La tradition veut qu’en échange tu t’en remettes à ses directives sans poser de questions. Ophélie songea qu’elle aurait dû lire plus attentivement cet accord avant de le signer. Elle essuya ses lunettes, puis observa le profil de l’étudiante qui affleurait de ses longs cheveux fauves. Teint livide, paupière mi-close, sourcil figé, nez effacé, bouche sans relief : son visage était comme sa voix, dénué d’expressivité. Cette impassibilité jurait avec le feu d’artifice de ses taches de rousseur. Elle était plutôt grande, très fine et sa redingote cintrée soulignait son absence de formes. Le parfait contraire d’Ophélie.
– Vous êtes apprentie, vous aussi ? Vous ne m’avez pas dit votre nom.
– Hmm ? fit l’étudiante en émergeant de sa rêverie. Je m’appelle Elizabeth. À compter de ce jour, nous sommes des rivales toi et moi. Autant dire des ennemies jurées ».

6#-Que de mystères : Je ne sais pas où Christelle Dabos va chercher tout ça, mais je me doute bien que toutes les questions posées dans ce nouveau tome trouveront leurs réponses dans le prochain, qui doit conclure la saga. Cette histoire parle d’un passé oublié par les esprits de famille et censuré par des groupes qui ne veulent pas que le peuple apprenne la vérité. Ce qui se passe dans les bibliothèques de Babel est effrayant ( je ne supporte pas les gens qui brûlent des livres ou des œuvres d’art….C’est un désastre pour l’humanité), et du coup, j’ai été bien contente de voir que justice a été faite à l’encontre de certains (qui meurent carrément de frayeur ! Bien fait pour eux ! Ca me rappelle un peu The ring leur manière de mourir !)…..Et notre chère Ophélie, sous son identité d’Eulalie, a découvert un certain nombre de choses incroyables, notamment qui se cache sous les fameuses initiales E.D…J’ai vraiment hâte de lire le prochain tome !

« – Autre chose ? s’étonna Ophélie.
– Miss Silence était maître censeur, lui rappela Blasius. Parmi toutes les œuvres du Mémorial, un maître censeur décrète lesquelles sont conformes à l’esprit de la cité et lesquelles ne le sont pas. Si l’une d’elles pose question, il peut décider de la transférer à la réserve ou… well… procéder à sa destruction pure et simple. Ophélie eut une pensée amère pour son musée d’Anima.
– Et quel genre de maître censeur était Miss Silence ?
– Le genre radical, chuchota soudain Blasius à voix très basse, à croire que les oreilles redoutables de sa supérieure pouvaient l’entendre depuis l’outre-tombe. Elle traquait sans relâche tous les documents qu’elle jugeait nocifs. Au premier propos ambigu, le livre allait directly dans l’incinérateur. Nous avons perdu des éditions uniques à la suite de cette purge. Les Lords de LUX ont adressé plusieurs avertissements à Miss Silence, ce qui peut se concevoir : ils subventionnent le Mémorial pour en développer les collections, pas pour les jeter au feu. Rien n’y faisait, elle finissait toujours par retomber dans les excès ! Jusqu’à la refonte du catalogue, du moins ».

« Le Mémorial d’aujourd’hui n’a rien de comparable avec celui que j’arpentais quand j’étais étudiant, reprit le professeur Wolf. Il m’a été de plus en plus difficile d’y trouver des ressources pour mes recherches. J’ai assisté, impuissant, à l’appauvrissement des documentaires, des archives et de la littérature historique. En fait, c’était pire que ça. Cette maudite Acoustique… Miss Silence… Ses oreilles me suivaient à la trace. Dès qu’elle m’entendait feuilleter un ouvrage, elle l’envoyait directement au service de censure. Elle surveillait mes moindres faits et gestes au Mémorial, comme on surveille le vol d’un vautour au-dessus d’une carcasse. De son point de vue, si un spécialiste de mon genre jugeait un livre digne d’intérêt, alors ce livre était forcément subversif. Je passais mon temps à l’éviter, marchant sur la pointe des pieds pour ne pas être entendu d’elle. C’est ainsi que j’en suis venu à me rabattre par dépit sur le département jeunesse ».

« – Peut-être… peut-être l’information que nous cherchons est-elle codée ? Thorn ne répondit pas, entièrement concentré sur les pages qu’il photographiait des yeux en les faisant défiler à toute allure entre ses pouces. Parvenu à la fin de l’ouvrage, il demeura un long moment voûté sur le sofa, aussi figé que l’armature de sa jambe, avant de tourner lentement, très lentement, son nez d’aigle vers Ophélie. Elle semblait être soudain devenue pour lui une source d’infinie perplexité.
– Je crois que vous devriez lire attentivement jusqu’au bout, suggéra-t-il d’une voix qu’elle ne lui avait jamais entendue encore. Ophélie remonta ses lunettes sur son nez pour prendre connaissance de la dernière page où elle n’avait pas remarqué, tant l’encre avait pâli à cet endroit, une petite mention manuscrite : « En attendant des jours meilleurs, mes chers enfants. Eulalie Dilleux. » Ophélie lut et relut en boucle ces quelques mots jusqu’à en imprégner chaque particule de son être. Eulalie Dilleux. Dilleux. Dieu. Curieusement, elle ne ressentit pas la moindre surprise. Elle le savait. Elle l’avait toujours su et elle se demandait comment elle avait pu oublier quelque chose d’aussi essentiellement fondamental. Le jour où Archibald lui avait demandé de se choisir un nom pour ses faux papiers d’identité, c’était Eulalie qui lui était venu spontanément à la bouche. Eulalie, la femme dont elle partageait la mémoire, ce reflet du passé qu’elle avait aperçu dans le miroir suspendu. Elle se revoyait, à sa place, en train de taper énergiquement sur sa machine à écrire, inventant d’innombrables romans pour enfants entre deux coups de mouchoir. Eulalie était Dieu. Ou plutôt Dieu avait été autrefois Eulalie, avant la Déchirure ».

Pour conclure, j’ai passé un très bon moment de lecture en compagnie d’Ophélie et de Thorn dans ce 3ème tome de La passe-miroir. L’imagination de l’auteure Christelle Dabos est sans limite, que ce soit pour l’univers, les personnages ou les intrigues créées dans sa saga. Même si la fin a été géniale sur un élément que j’attends depuis le premier tome, l’auteure m’a néanmoins un peu laissée sur ma faim….Si des questions trouvent enfin leur réponse, d’autres nouvelles intrigues prennent leur place et je me demande vraiment comment l’auteure va arriver à tout solutionner dans le prochain et ultime tome de la saga ! Quoiqu’il en soit, ne gâchez pas votre plaisir et jetez-vous les yeux fermés sur La mémoire de Babel !



Ma note : 18/20


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