lundi 22 juin 2015

Egon

Callie J. Deroy
Les éditions L'ivre-Book (2015)
324 pages

Synopsis :
Que s'est-il passé le mardi 25 février 2014 ? Personne n'a rien remarqué, et pourtant, ce jour-là quelque chose a changé. Qui est cet homme triste à fendre le coeur que l'on amène aux Papillons blancs ce soir-là ? Stella, employée dans ce foyer d'accueil depuis trois ans, n'en a pas la moindre idée. Pourtant, elle se sent vite attirée et prête à prendre tous les risques pour lui, même si elle devine que sous le chagrin qu'il porte en permanence se cache un lourd secret. Qui est Egon ? Que dissimule-t-il ?

« Que faisiez-vous le mardi vingt-cinq février 2014, à onze heures quarante-sept exactement ? Vous l’ignorez ? C’est normal. Et il est fort probable que la quasi-totalité des habitants de cette planète n’en ait pas souvenir non plus. Et pourtant. Personne, ou presque, n’a rien remarqué, mais il s’est produit un évènement sans précédent. Ce jour-là, à cette heure précise, quelque chose a changé. Quelque chose de plus grand que tout ce que vous êtes en mesure de concevoir. Une rupture. Un cataclysme. La fin du monde tel que vous le connaissiez. Vous ne vous souvenez pas de ce jour là ? La lumière n’a-t-elle pas…légèrement vacillé ? N’avez-vous pas été parcouru d’un infime frisson ? Peut-être pas. Peut-être que rien n’a été perceptible, pour aucun d’entre nous. Qui pourrait savoir ? Stella ? Non, elle était au travail et n’a rien remarqué d’anormal. Pourtant, ce qu’il s’est passé à cette seconde-là va transformer sa vie. Du tout au tout, et pour toujours. La leur, la vôtre, celle de tous les autres. Mais cela n’a pas d’importance, parce qu’il est déjà trop tard. Depuis le mardi vingt-cinq février 2014, onze heures quarante-sept, il est trop tard».

Egon….Voilà un livre qui va longtemps rester gravé dans ma mémoire ! Même si ce n’est pas vraiment un coup de cœur pour moi, l’histoire est assez originale et prenante pour marquer l’esprit ! C’est vraiment une belle découverte !

Mais reprenons depuis le début, « Egon » c’est l’histoire de cet homme d’une petite trentaine d’années, sorti de nulle part et qui est un jour amené par la police au foyer « Les papillons blancs ». Dans ce lieu se trouvent des hommes qui se sont retrouvés clochards et qui essayent de se réadapter à court ou moyen terme afin de retrouver la vie active avec un nouveau départ et un nouveau boulot. Ce livre nous est conté à la 3ème personne du singulier et nous suivons plus précisément Stella, une jeune femme de 26 ans qui travaille dans ce foyer.

Ce qui va d’abord frapper Stella quand elle va rencontrer Egon pour la première fois, c’est la tristesse incommensurable qui se dessine sur son visage. La tête baissé, traumatisé par on ne sait quoi, Stella va prendre la décision de l’accueillir dans le foyer, en l’absence de la directrice, Mme Mercueil, car sinon, les policiers étaient obligés de le relâcher dans la rue et vu l’attitude « traumatisée » du jeune homme, il n'aurait été qu’une proie bien trop facile face à la faune urbaine, surtout la nuit….

Stella va vite réaliser que Egon ne s’appelle pas vraiment Egon mais qu’il a emprunté ce nom spontanément en voyant le tableau d’Egon Scheile placé sur le mur du bureau de la directrice….Stella se doute aussi qu’il n’a pas vraiment les 31 ans qu’elle lui donne et qu’il semble confirmer….

Egon est donc un homme mutique, au regard triste et traumatisé. Stella prend un grand risque de l’accepter parmi les pensionnaires….Encore faudra-t-il que la directrice, Mme Mercueil, soit d’accord à son retour de week-end, et qu’il soit accepté par les autres pensionnaires…..Le fait qu’il soit particulièrement joli garçon ne joue finalement pas forcément en sa faveur car on pourrait penser que Stella est guidée par quelques arrières pensées et cela ne va pas être au goût de tous les pensionnaires…..Il n’y a guère que Sam, un vieil employé du refuge, qui a compris qui était Egon mais qui garde mystérieusement le silence, malgré les questions de la jeune femme….

« Le cœur de Stella se serre. Pourquoi semble-t-il si malheureux ? Des gens en grande misère, tant affective que sociale, elle en a vu beaucoup, mais pas comme ça, pas comme lui ».

« Qui de nos jours peut bien ignorer ce qu’est un micro-onde ? Qui est ce type qui semble débarquer de la lune, qui n’a pas d’âge, pas de nom, et qui a manqué l’avènement de l’électroménager ? ».


Ce que j’ai aimé dans ce livre :
Une histoire originale dans un contexte particulier : Je n’avais jamais lu d’histoire qui se passe dans un foyer de SDF à Paris. L’histoire nous parle, bien évidemment, surtout que l’auteure française, Callie J. Deroy, cite certains quartiers de la capitale ainsi que des magasins….Quant au sujet traité et la véritable identité d’Egon…Fascinant !

La belle romance qui se créée entre Stella et Egon : On a bien compris dès le début du livre que Stella se dévalorise, sans doute à cause du contexte familial dans lequel elle a grandit (on dira ce qu’on veut mais quand il manque un parent, surtout dès le plus jeune âge, et qu’en plus, le parent restant endosse le rôle du méchant qui a chassé l’autre, forcément, ça n’amène pas à une stabilité dans le développement de l’amour propre de l’enfant !)….Stella n’a pas confiance en elle car elle n’a pas reçu l’amour qui lui fallait pour s’épanouir et comprendre qu’elle était une personne « aimable ». Elle vit en solitaire et a une seule amie, qui en fait, n’en est pas vraiment une (mais c’est toujours mieux que rien, pour Stella)….Hors, de mon point de vue, je serais du genre « Il vaut mieux vivre seul que mal accompagné », mais bon, c’est selon les personnalités et malheureusement pour Stella, elle en manque cruellement…..Sauf quand enfin, elle rencontre Egon et qu’il lui montre qu’elle est belle et qu’elle mérite d’être aimée, d’être la seule et unique dans le cœur d’un homme…..Le cheminement sera difficile mais après, on voit bien le changement complet de personnalité de Stella. Ce livre est une vraie leçon de vie par rapport à ça ! J’ai vraiment beaucoup aimé !

La culture de l’auteure : Oui, mine de rien, Callie J. Deroy nous sert un peu de culture, entre le peintre Egon Schiele et le poème de Victor Hugo, "Stella" ! Rien que pour ça, je dis chapeau à l’auteure car j’aime quand des éléments culturels sont évoqués dans un roman. C’est brillant de sa part !....Personnellement, je ne connaissais pas le poème de Victor Hugo et j’ai vraiment été heureuse de rajouter cela à ma culture personnelle !

Charlotte, la meilleure amie de Stella : ou plus exactement, la fille qui lui sert de meilleure amie mais qui n’est qu’une manipulatrice….J’ai adoré la manière dont Stella s’est finalement rebiffée à un moment de l’histoire, même si, je déplore qu’elle ait attendu si longtemps pour se rendre compte que leur amitié n’était qu’à sens unique….Dès le début, quand Charlotte « oblige » Stella a aller lui chercher ses fringues au pressing, comme si c’était un larbin, j’ai trouvé cela très dérangeant et je me suis tout de suite méfiée de cette fille….En plus, le fait qu’elle ne l’invite jamais à sortir avec ses autres collègues (qui ne valent guère mieux), mais qui ne se gênent pas pour aller se changer chez elle….J’avoue, je ne comprends pas pourquoi Stella a était si passive…..J’aurais pu mettre cet aspect là de son caractère dans les points négatifs de ma lecture, mais le fait que l’auteure ait autant exagéré la méchanceté et l’égoïsme de Charlotte, cela n’a été que meilleur quand enfin Stella lui a dit ses quatre vérités ! Quel soulagement et quel bon passage de lecture ! Yes !


Ce que je n’ai pas aimé dans le livre :
L’obsession de Stella à rechercher son père disparu : Elle le dit elle-même au début du livre, si elle travaille dans un foyer de SDF, ce n’est pas seulement par bonté d'âme, mais aussi pour se donner des chances supplémentaires pour retrouver son père inconnu qui a été chassé par sa mère quand elle était bébé (en travaillant dans un foyer, elle a accès au réseau informatique de tous les foyers et peut-être retrouvera-t-elle son père qui devrait être clochard lui aussi)…..Attention zone spoiler (cliquez sur le mulot et passez en surbrillance sur le texte) : Finalement, il n’en a rien été et son père est un mec hyper riche qui a juste préféré ne pas reconnaître sa fille à sa naissance….Il faut dire que son lieu d’habitation, finalement retrouvé, au Luxembourg, nous donnait quelques pistes sur sa situation financière…Il n’y a guère que Stella pour croire encore que cet homme était le gentil dans l’histoire et qu’il avait été injustement chassé par sa mère…..Alors, aussi au niveau de sa mère, qui est décédée d’un cancer il n’y a pas si longtemps….Cette femme a fait le choix d’être limite détestée par sa fille, en endossant le rôle de la méchante qui a privé un père de voir sa fille….Quelle idée ! L’auteure explique cette situation par le fait que la mère ne voulait pas que Stella souffre du rejet de son père….Grandir en détestant sa mère et tôt ou tard, se rendre compte de la vraie nature de ce père aimant fantasmé mais totalement à l’opposé de la réalité, c’était mieux ?.....Il y a vraiment des gens qui se compliquent la vie, parfois !....

Pour conclure, Egon a été un très bon moment de lecture pour moi ! Les questions morales et métaphysiques soulevées par l’auteure nous font réfléchir et finalement ne sont pas si farfelues que ça….Sous couvert de « surnaturel », nous avons des vraies réalités basées sur des faits (souvent tragiques) de notre actualité….Mis à part ces sujets plutôt sérieux, la romance développée entre Egon et Stella est très belle et vaut le coup d’être lue ! Ce livre n’est pas un coup de cœur pour moi mais par son originalité du sujet traité, je ne peux que le conseiller ! 

Ma note : 17/20

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