lundi 22 août 2016

LE 8EME ROYAUME

Emmanuelle Amadis
Les Editions Sharon Kena (2016)
290 pages

Synopsis :
Et si une race supérieure nous surveillait pour influer favorablement sur notre évolution ? Et si une humaine pouvait modifier à elle seule la destinée d’une race entière ? Et si une race de prédateurs solitaires découvrait l’amour ? Cela changerait-il vraiment la face du monde ? La face d’un monde ? Nali est un Ancalagon, l’espèce la plus redoutée de sa planète, il ne vit que pour se nourrir et, très occasionnellement, pour se reproduire. Il n’a pas de véritables peines, pas de véritables moments de bonheur non plus, comme tous les siens, il se contente de vivre au jour le jour, ou presque. Jusqu’au jour où il rencontre Cloé, être chimérique s’il en est puisqu’elle est humaine, et où il réalise que la vie peut être toute autre chose. Entrez dans Toloth, rencontrez Nali et découvrez son histoire.



Emmanuelle Amadis est l'une de mes auteures françaises préférées quand il s'agit de romance paranormale sous fond de science-fiction. Jusqu'à maintenant, j'avais lu d'elle des histoires avec des mondes extra-terrestres et cette fois-ci, nous découvrons de nouvelles races humanoïdes qui ne viennent pas de l'espace mais plutôt de mondes parallèles à notre planète.

Lorsque le roman débute, nous assistons aux réflexions des Namins, êtres supérieurs qui sont chargés de surveiller les différents mondes, les différents royaumes. Caeli, l’un des Namins, est préoccupé par le sort des habitants du 8ème royaume (Toloth) car les Ancalagons, qui peuplent ce monde, sont des supers prédateurs et cela peut porter préjudice à leur planète sur un long terme.

« Ce qui le minait, ce qui avait motivé sa décision d’intervenir sur Toloth – malgré le vote contraire de ses aînés –, c’était qu’il avait la conviction que les Ancalagons entraîneraient avec eux la perte d’innombrables autres espèces. Il pensait que le mode d’alimentation qu’ils avaient développé depuis leur précédent voyage, autrement dit depuis un peu plus de cinq cents générations, les amènerait à consommer le moindre élément vital du royaume, et ce, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien pour leur permettre de s’alimenter et de survivre eux-mêmes ».

Caeli a donc l’idée un peu folle de confronter un humain du 6ème Royaume (c'est-à-dire la Terre, qu’ils nomment Eneg) aux Ancalagons pour voir si un changement de mentalité de ce peuple peut avoir lieu.

Justement, sur Eneg, (la Terre), vit une jeune femme nommée Cloé.

Son existence va basculer après un accident de voiture qui va la plonger dans le coma. 

Si son corps est immobile et souffre en silence (surtout en entendant ce que son fiancé Guillaume pense réellement d'elle et de leur couple), son esprit - son âme - se balade dans les tréfonds de son cerveau jusqu'à une zone obscure qui va la mener vers l'ouverture d'un autre monde (rendu possible par les Namins, notamment Caeli !) et la jeune femme va donc s’avancer dans l’obscurité jusqu’à entendre à un moment une voix masculine qui l’appelle au loin et qui va la guider.

Cette voix, c'est celle de Nali, un Ancalagon vivant sur Toloth, alias  le 8ème royaume. C’est un prédateur aux allures humanoïdes dont les différences majeures de son espèce avec celle des humains sont qu'il a des ailes et qu'il se nourrit de l'énergie de ses proies en leur transperçant un endroit situé au niveau du cou, entre les vertèbres.

« D’un geste précis, il glissa la lame de son pouce sur l’achad, la zone sous l’avant-dernière vertèbre et, d’un geste vif, perfora le cuir en remontant vers la boîte crânienne. L’oneth frémit, mais la lutte était inégale, elle n’avait aucune chance : si elle se rebellait à cet instant, elle risquait sa vie et elle le savait. Le souffle court, elle attendrait qu’il finisse son repas, aussi immobile qu’elle le pourrait pour espérer survivre. Dès qu’il eut retiré son pouce de l’orifice qu’il venait de pratiquer, Nali y appuya sa bouche, glissant sa langue dans la plaie pour lui dénier le droit de se refermer. Ses maeglygs s’élancèrent alors et, cette fois, il ne chercha pas à les contenir. Issus du fond de sa gorge, ils s’étirèrent. Filaments de chair rétractable, ils glissèrent sur sa langue avant de s’insinuer le long de la colonne jusqu’au cervelet, où ils s’arrimèrent à des emplacements spécifiques d’où ils pouvaient extraire leur nourriture. Ils se mirent à boire goulûment l’essence même de la vie : la vitalité de l’animal ».

Nali, intrigué lui aussi par la présence de Cloé au fond de cette grotte qu’il ne peut pas atteindre, la pousse à suivre sa voix et à entrer dans son monde car il pense d'abord en faire son prochain repas....

Après avoir réalisé qu'elle est une humaine, cette race que les Namins leur ont toujours défendu de toucher aux risques d'une riposte qui exterminera l'Ancalagon gourmand mais aussi qui exterminera les membres de sa famille, parfois sur plusieurs générations.....


Du coup, Nali prend d'abord peur, ne sachant pas dans quoi il s'embarque mais finalement, la curiosité le pousse à revenir vers Cloé, à rencontrer enfin cette femelle d’une espèce maintenant taboue et légendaire dont tous les Ancalagons ont entendu parler depuis la nuit des temps....

Cloé, quant à elle, va d'abord être surprise de "vivre" en dehors de son corps qui est resté, quant à lui, cloué sur un lit d'hôpital. L'apparence différente de Nali ne l'effraie pas et elle va tout faire pour s'en faire un ami.....

«-Je ne comprends toujours pas en quoi je peux me révéler mortelle pour toi, insista Cloé. En quoi le fait de me faire du mal te met-il en danger ?
-Je te l’ai déjà dit, ce n’est pas vraiment toi qui es un danger. Le risque provient des Namins.
-Les Namins ? Ce sont vos prédateurs naturels ?
-Des prédateurs ? Nous n’avons aucun prédateur, si ce n’est nous-mêmes. Rien n’a plus de force qu’un Ancalagon affamé, et rien d’autre n’est plus redoutable. Non, les Namins sont nos créateurs ! Les tiens aussi ! Il énonçait encore des concepts incompréhensibles pour elle, comme des évidences, la laissant complètement pantoise.
-Les Namins seraient comme des dieux, murmura-t-elle, dubitative.
-Vous leur donnez peut-être un autre nom, mais ils sont à l’origine de tous les mondes.
-Les mondes ? Il y en a donc plusieurs ? Cloé avait le vertige face à cette idée. Nali semblait cependant appréhender ces notions avec un naturel confondant.
-Oui ! Il semblait sincèrement surpris qu’elle ne sache pas quelque chose qui lui paraissait élémentaire. Face à son attitude perplexe, il développa un peu le sujet.
-À notre connaissance, il existe douze royaumes, mais d’après certains d’entre nous, seuls neuf possèdent encore une forme de vie pensante ou, tout au moins, douée de parole.
-Douze mondes différents ! répéta Cloé, stupéfaite. Nali acquiesça et commença une énumération des différents royaumes :
-Mîn, le premier, celui d’où sont originaires les Namins ; puis il y a Tâd, Mêl, Canath, Leben. Le sixième royaume est celui des humains, nous l’appelons Eneg. Le suivant est Odog. Ensuite vient le huitième royaume, le mien, celui où nous nous trouvons : Toloth. Il y avait une sorte de fierté dans sa voix quand il le prononça, une sorte de révérence aussi. Il reprit son énumération :
-Il y a ensuite Neder, Caer, Mînib, et Yneg. Mais rien ne dit que les Namins n’ont pas créé d’autres royaumes depuis que nous avons recueilli ces informations, ils se montrent le plus souvent discrets. -Recueilli ces informations, fit Cloé, de plus en plus stupéfaite, cela veut-il dire que vous avez été en contact avec les… les Namins ? Elle ne pouvait imaginer se trouver un jour en présence d’un Dieu, quelle que puisse être son apparence. Se dire que les Ancalagons avaient eu cette possibilité lui donnait le tournis.
-Bien sûr ! Nous sommes leurs créations, ils nous observent, nous guident ou nous imposent des règles. Parfois, ils modifient l’une de leurs œuvres pour améliorer l’équilibre d’un monde, mais le plus souvent, ils se contentent de suivre notre évolution. Vous n’avez pas de contact avec eux ? C’était à son tour d’être perplexe.
-Nous sommes probablement trop arrogants et obtus pour qu’ils se soucient encore d’intervenir pour notre bien, ou pour daigner se manifester, marmotta Cloé pour elle-même. Nous avons des dieux, reprit-elle pour lui, mais à ma connaissance, il n’y a jamais eu aucune preuve avérée de leur existence ».

«-Je ne sais pas ce que les Namins avaient en tête lorsqu’ils vous ont introduits dans notre monde, mais ils ont vite compris que s’ils ne vous protégeaient pas de nous, vous seriez rapidement décimés. Ils ont donc instauré des zones sur lesquelles ils imposaient des avertissements pour que nous nous tenions à distance. Cependant, cela ne fut pas suffisant à vous protéger et, nombre des miens passaient outre les avertissements, même quand ceux-ci se firent plus agressifs. La seule protection qui vous mettait à l’abri de notre appétit était de nous tuer. C’est ce que se décidèrent à faire les Namins. Pour chaque humain, mort d’avoir servi de repas, le responsable le payait de sa vie. Mais comme la chasse se poursuivait malgré tout, ils décidèrent peu à peu d’étendre la punition. Dans un premier temps, à l’ascendance, puis à la descendance directe, et finalement, ils l’étendirent aux cousins germains et à leurs enfants. » Ce fut une période sombre. Nombre d’entre nous succombant à votre attrait, tandis que les autres payaient pour la faute d’un parent dont ils n’avaient souvent même pas connaissance. Il fallut peu de temps pour comprendre que nous courions à notre perte, aussi avons-nous fini par nous tenir loin de vous. Heureusement, le nombre d’humains avait fortement diminué et, progressivement, vous avez fini par disparaître. Nous n’avons jamais su si cela tenait d’une volonté des Namins qui vous avaient ramenés dans votre monde, ou si vous n’arriviez tout simplement pas à vous adapter au nôtre, quoi qu’il en soit, bientôt il ne fut plus question de la tentation que vous représentiez. La vie a continué sans humains, mais nous avons gardé de cette période un instinct qui nous pousse à protéger notre espèce, nous ne pouvions pas négliger le risque que vous représentez. Notre éducation, aussi sommaire soit-elle, ne manque pas de nous rappeler votre dangerosité. L’évocation de votre humanité provoque immanquablement une réaction de rejet, destinée à nous empêcher de commettre l’irréparable et, par là même, à éviter la punition prévue pour cette infraction. Ce n’est pas seulement l’individu qui se protège ainsi, mais toute sa lignée. Bien que stupéfaite, Cloé ne pouvait s’empêcher de trouver son histoire fascinante. Elle patienta, puis, comprenant qu’il avait fini, elle commenta :
-Cela semble être une technique efficace.
-En partie, répondit-il en grimaçant.  
-Si elle ne l’avait pas été, Tur ne m’aurait pas relâchée lorsque tu lui as dit ce que j’étais.
-Mais si nous avions anticipé votre retour, nous aurions gardé en mémoire votre allure, ou des détails capables de nous permettre de savoir à quoi vous ressembliez. Si je n’avais pas su ce que tu étais, j’aurais été incapable d’empêcher qu’il te tue ».

Ce que j'ai aimé dans ce livre :
1#-le passage de flambeau : C'est assez chose courante dans les oeuvres de l'auteure française Emmanuelle Amadis, cette volonté de mettre à l'épreuve ses personnages et qu'ensuite, ils transmettent à leur tour ce qu'ils auront appris de leurs expériences avec d'autres êtres différents d'eux. J'ai beaucoup aimé la première partie du livre, mais j'ai encore plus adoré la seconde, qui, pour moi, est une vraie leçon de vie et montre que rien ne reste figé et que les mentalités, les habitudes peuvent changer. Il est clairement question d'évolution des espèces et si certaines sont amenées à disparaître, d'autres émergent et s'améliorent....Et parfois, il suffit de pas grand chose, et dans le cas du 8ème Royaume, un peu d'amour, d'amitié et d'empathie ont réussi à changer un peuple tout entier. Ces messages positifs et optimistes ont gonflé mon coeur. Je ne sais pas où Emmanuelle Amadis trouve son inspiration, mais en tout  cas, on peut dire qu'elle est inspirée, au sens propre comme au sens figuré !


2#-Histoire pleine de réflexion mais aussi de poésie : Ce qui est intéressant dans cette histoire c’est que nous assistons à la rencontre de deux êtres venant de mondes totalement différents. Un peu comme si une femme moderne des années 2010 rencontrait un homme préhistorique aux instincts plus que primaires. Cloé a tout à apprendre à Nali car celui-ci, comme ses congénères vit comme un animal solitaire, traquant ses proies et n’approchant les femelles que pour la reproduction – qui n’est pas une partie de plaisir, loin de là ! Les Ancalagons sont les prédateurs principaux du monde dans lequel ils vivent, entourés d’une faune de mammifères non agressifs et souvent herbivores. Nali, auprès de Cloé, va apprendre ce qu’est l’amitié, la tendresse, le besoin de vivre en groupe puisque les humains sont programmés pour vivre de cette manière, contrairement aux Ancalagons. Les enseignements de Cloé, auprès d’un Nali intelligent, curieux et intéressé transformeront de manière positive et pérenne leur mode de vie. J’ai vraiment adoré cet apprentissage. Bien entendu, le fait que Cloé soit une personne pleine de bonté et désintéressée accentue les changements de comportement des Ancalagons. Comme quoi, c’est bien l’amour et le partage qui peut changer les mentalités et certainement pas l’oppression et la guerre. Cela dit, tout a été possible parce que, justement, Cloé est une gentille jeune femme…..Je me dis que si cela avait été un homme à la place de Cloé, il aurait sans doute profité de l’emprise liée à sa nature d’humain (et la crainte que les Namins ont instauré dans l’esprit des Ancalagons vis-à-vis de cette espèce) pour s’ériger en que sais-je ? …En chef de tribu ? si ce n’est en divinité à craindre et à respecter ?…..Oui, Le 8ème Royaume est intéressant dans la réflexion qu’il nous apporte, nous lecteurs et on peut très facilement faire des parallèles par rapport à l’histoire de l’humanité qui a toujours été dominée par les hommes….Et on voit le résultat….Pour ce qui est de l’aspect poétique, le fait que Cloé vive nue dans la nature auprès de Nali (nu, lui aussi), évidemment, on ne peut que faire le parallèle avec les mythologiques Adam et Eve, quand ils étaient encore au Paradis….Le challenge est de garder ce monde intacte en y apportant encore plus d’éléments positifs comme l’amour, l’entraide, le partage etc….Et enfin, le dernier message que nous donne l’auteure française Emmanuelle Amadis arrive à la fin du livre quand on sait ce qu’est devenue la Terre et les humains qui la peuplent….Cela fait réfléchir surtout par rapport à notre monde actuel, notre société de surconsommation qui arrive à sa fin. On ne peut pas continuer à produire en masse, à massacrer des animaux, à polluer les airs, le sol, les océans. On ne peut pas continuer de compter sur les ressources naturelles comme le pétrole qui arrive bientôt à son terme et qui obligera de gré ou de force nos enfants à changer de mode de vie….Si certains ne nous ont pas fait péter de bombes sur la gueule ou ne nous ont pas égorgés d’ici là, vous allez me dire…..(Pour apporter une petite touche de positif, je vous conseille vivement de regarder le film documentaire « Demain » de Cyril Dion et Mélanie Laurent. On peut encore changer le monde pour nos enfants…).

«Caeli avait découvert que le talf sur lequel il avait ouvert le gardhîn était le siège d’un autel permanent, sur lequel des siècles d’artistes avaient cherché à raconter leur histoire ainsi que l’origine de leur mode de vie actuelle, tout comme leur gratitude et leur reconnaissance pour l’humaine qui avait permis leur transformation. Cloé n’y était pas représentée, ou alors de façon si figurative qu’elle était méconnaissable. Mais son nom, Cloé, et celui de l’Ancalagon qui lui avait permis de rejoindre Toloth, Nali, était cité un nombre incalculable de fois, tant dans les chants, les poèmes que dans les récits historiques. Caeli avait ainsi découvert, comment la présence d’une seule humaine avait pu radicalement modifier la façon de vivre de milliers d’Ancalagons, sur une échelle de temps relativement courte. Il était d’autant plus surpris de cette évolution imprévisible et pacifiste, qu’elle contenait des similitudes troublantes avec le propre développement de son espèce. Les Ancalagons progressaient à présent suivant une éthique qui ressemblait fortement à celles qui avaient amené les Namins à leur stade actuel d’observateur, d’analyste des royaumes. Caeli était conscient que les Ancalagons n’étaient pas à l’abri d’une autre métamorphose qui les en éloignerait, mais leur mémoire génétique laissait à penser qu’ils poursuivraient leur évolution dans une orientation altruiste qui ferait définitivement disparaître leur nature prédatrice, et les débarrasserait un jour de leurs attributs physiques inquiétants ».

«C’était peine perdue, ils en avaient conscience : si une race parvenait à se développer, elle ne serait sans doute pas suffisamment évoluée pour créer un moyen de s’échapper de la planète avant la mort de son soleil. Le seul endroit où les humains vivaient donc encore, c’était sur ce huitième royaume, dans les récits, les chants, les livres du peuple de Toloth, là où les Ancalagons vouaient presque un culte à l’une de ses représentantes : Cloé, qui avait su leur apporter sa douceur et son amour et qui, aidée de Nali, avait permis de les propager à l’échelle de toute la planète. Il prouvait au moins une chose : la force de l’amour et du rêve peuvent toujours faire des miracles, il suffit juste d’y croire. Caeli avait eu le bon sens d’y mettre tous ses espoirs, et il avait suffi d’une personne pour faire la différence et mener un peuple entier à sa félicité ».

3#-L'apprentissage de la jeune Ancalagon : Attention zone spoilers ! Cliquez sur le mulot et passez le texte en surbrillance !
En effet, difficile d’évoquer ouvertement dans ma chronique la mort de Cloé qui arrive au milieu de l’histoire mais qui permet à Nali de progresser et d’évoluer positivement, si bien que deux années après avoir perdu la jeune humaine, l’Ancalagon va tomber sur une jeune femelle de son espèce qui a le malheur d’être stérile et qui donc, aux yeux des autres, ne sert à rien. Niniel va découvrir très vite l’amour et l’espoir auprès de ce compagnon qui s’était d’abord « imposé » à elle mais qui en fait, la traite comme son égale, comme sa partenaire et qui est très doux avec elle, ce qui est totalement inhabituel chez ce peuple, il faut le rappeler encore une fois ! Ensuite, le miracle de l’amûûûr leur permettra d’avoir une fille, contre toute attente – que Niniel nommera Cloé, car elle a bien compris que c’est grâce à cette humaine disparue – qui a tout appris à Nali – qu’elle peut vivre aussi heureuse auprès d’un compagnon qui l’aime plus que tout.

«-Tu l’aimais ? La question subite l’estomaqua, le laissant sans souffle pendant plusieurs secondes. Quelque mois plus tôt, il aurait répondu oui, sans aucune hésitation, mais autant par souci d’honnêteté, que dans le but de la rassurer, il répondit :
-Nous n’avions pas du tout la même relation que celle que nous avons tous les deux !
-Mais tu l’aimais, insista-t-elle, un peu angoissée. Tu lui faisais l’amour comme avec moi.
-C’était différent, se défendit-il. Je découvrais des sensations nouvelles, mais malgré tout ce que nous partagions, elle n’était pas Ancalagon. Il y avait des sentiments indiscutables, une tendresse indéniable et une multitude de moments agréables autant que bouleversants, mais pas l’intensité de l’amour que nous vivons. Même s’il se doutait que, pour Cloé, les choses avaient été différentes. Elle l’avait probablement aimé davantage qu’il ne l’avait fait. Une fois de plus, il s’en voulut de ne pas avoir pu lui rendre ce qu’elle lui avait offert avec une telle générosité. Cela faisait partie des raisons pour lesquelles il souffrait autant en songeant à elle : il aurait voulu avoir le temps de lui rendre un peu ce qu’il avait reçu.
-Je ne l’aimais pas avec cet amour qui me lie à toi, avoua-t-il. J’ai beaucoup de regrets ; beaucoup de remords aussi, pour ne pas avoir pu lui apporter ce qu’elle espérait probablement de moi. Mais j’étais encore trop égoïste à cette époque pour être vraiment capable de comprendre comment partager toutes ces émotions que je découvrais. Incapable de vraiment l’aimer, en fait. C’était une découverte fabuleuse, mais je n’étais pas prêt à donner sans contrepartie. Avec le recul, je m’aperçois que j’étais encore très égoïste. Je crois que je le suis moins avec toi, je n’ai pas cette retenue, j’ai toujours envie de te plaire, de te rendre heureuse. Je ne suis satisfait que quand tu l’es aussi, je me sens capable de faire n’importe quoi pour y parvenir. Il caressa tendrement sa joue, lissa ses lèvres du pouce, avant de l’attirer à lui. Nali n’était pas aussi sûr de lui qu’il le paraissait. Certes, il la savait sensible à ses explications, mais, bien qu’il les ait énoncées avec ferveur, il n’était pas certain qu’elle les croirait. Sa bouche était si douce, si tendre. Qu’elle décide de se venger et de le mordre méchamment en le privant d’une partie de ses maeglygs était tout à fait envisageable. Cependant, il espérait qu’elle n’en ferait rien, qu’elle lui accorderait ce qu’elle lui avait donné si souvent sans hésitation.
-Je t’aime, Niniel, plus que tout au monde, plus que ma propre vie. Il s’empara de sa bouche, laissant ses maeglygs s’étourdir au contact des siens, de cette caresse si intime et si personnelle qu’il ne se voyait pas la partager avec une autre, s’enivrant bientôt de sa réponse tout aussi empressée et ardente. C’était cela, le bonheur : cette confiance et cet abandon, l’expression du désir et le don de soi, total, sans restriction aucune, une confiance insensée et cependant sans limites. Leurs bouches se séparèrent, sa main reprit sa caresse sur ses lèvres.
-Des fois, je me dis que Cloé est le cadeau des Namins pour me permettre de t’aimer à ta juste valeur, murmura-t-il comme pour lui-même. Et d’autres fois, je me dis qu’ils sont en train de me punir, qu’ils m’ont endormi pour me permettre de rêver de toi, que lorsqu’ils m’autoriseront à me réveiller, tu disparaîtras, comme Cloé, et que je ne survivrai que pour pouvoir te pleurer éternellement ».

4#-On peut se nourrir sans faire souffrir sa proie : C’est l’un des messages principaux du livre. En effet, les Ancalagons se savent supérieurs en force par rapport à toutes les créatures qui vivent dans leur monde ainsi qu’envers leurs congénères plus faibles. Ils ont fait du principe de « la loi du plus fort » leur leitmotiv sans jamais se poser de questions. Ils sont en haut de la chaine alimentaire et les autres doivent se soumettre, c’est comme ça. Au contact de Cloé, Nali va comprendre qu’il peut se nourrir différemment qu’en exerçant un rapport de force et de soumission et que l’échange d’énergie peut se faire d’une manière agréable et plus « rentable » avec d’autres Ancalagons ainsi que pour le gibier. Il suffit d’apaiser l’animal, le caresser, le calmer et il donnera son énergie docilement et sans lutte et ne rechignera à être « ponctionné » régulièrement. Le principe de l’élevage et de la grégarité débute à cet instant sur Toloth (et comme les Ancalagons n’ont pas besoin d’aller jusqu’à tuer leurs proies puisqu’ils ponctionnent seulement un peu de leur énergie, c’est tout bénef pour tout le monde !).


Ce que je n’ai pas aimé dans ce livre :
Un langage universel ? C’est juste un détail que l’on peut vite passer sous l’argument du TGCM, mais n’empêche, cela me fait toujours grincer des dents quand je suis face à des êtres de mondes différents et qui, comme par magie, arrivent à se comprendre et parlent la même langue (surtout quand ce sont des êtres qui ne savent pas lire ou écrire et vivent « à la sauvage »)…Dans la mesure où le fiancé de Cloé s’appelle Guillaume et le professeur qui « s’occupe » du corps comateux de notre héroïne à l’hôpital s’appelle Fournirelle, je peux présumer que l’héroïne vient d’un pays francophone, ce qui apporte un peu plus de grincements de dents pour moi (car oui, si elle avait été américaine, cela aurait – curieusement – mieux passé car nous sommes habitués aux extra-terrestres qui parlent parfaitement « l’américain » dans la plupart des films ou séries de SF...Vous sentez le sarcasme dans ma remarque ?....). Cependant, ce petit détail « négatif » ne doit absolument pas vous détourner de ce livre car au lieu de s’intéresser au langage employé, c’est surtout les échanges, les discussions entre des êtres de mondes différents qui doit vous interpeller et vous pousser à réfléchir sur ce que nous vivons, nous, humains du XIXème siècle…..

Pour conclure, j'ai passé un merveilleux moment en compagnie de Cloé, Nali ainsi que tous les autres Ancalagons rencontrés tout au long du roman. Emmanuelle Amadis nous dépeint Le 8ème Royaume, alias Toloth, comme un monde sauvage et brut de pomme, un peu comme devait l'être notre planète Terre au temps des hommes préhistoriques. Il faudra l'arrivée de Cloé, cette humaine de notre monde moderne pour changer les habitudes de comportement des Ancalagons d’une manière positive en grande partie parce que la jeune femme est quelqu’un de bon et d’altruiste. La petite graine d'amour et d'humanité positive que va faire germer notre héroïne auprès de ce peuple portera ses fruits pour les générations à venir dans ce monde où la nature est reine et où il n’y a aucune pollution et aucune société de surconsommation. Ce livre nous pousse à nous poser énormément de questions sur nos origines mais aussi sur ce que nous, humains, devons faire pour notre précieuse et fragile planète avant qu’il ne soit trop tard….


Ma note : 18,50/20

Si vous avez aimé ce livre, vous aimerez peut-être aussi :

  

1 commentaire:

  1. Là pour le coup, c’est mon petit cœur à moi qui fait boum (plus le joue rouge et tout et tout)
    Ça va devenir ma nouvelle page de référence pour les jours de doute.
    En plus, j’ai beaucoup ri après avoir cherché (et découvert) ce que pouvait bien dire le TGCM. mais je boude parce que moi j’ai pas le droit à l’excuse des Américains (pff y’en a toujours que pour eux, c’est pour ça que les ET atterrissent toujours chez eux)

    RépondreSupprimer