vendredi 19 mai 2017

JAMAIS PLUS

Colleen Hoover
Les Editions Hugo et Cie (2017)
Sortie originale 2016
402 pages 

Synopsis :
Lily Blossom Bloom n'a pas eu une enfance très facile, entre un père violent et une mère qu'elle trouve soumise, mais elle a su s'en sortir dans la vie et est à l'aube de réaliser le rêve de sa vie : ouvrir, à Boston, une boutique de fleurs. Elle vient de rencontrer un neuro-chirurgien, Ryle, charmant, ambitieux, visiblement aussi attiré par elle qu'elle l'est par lui. Le chemin de Lily semble tout tracé. Elle hésite pourtant encore un peu : il n'est pas facile pour elle de se lancer dans une histoire sentimentale, avec des parents comme les siens et Atlas, ce jeune homme qu'elle avait rencontré adolescente, lui a laissé des souvenirs à la fois merveilleux et douloureux. Est-ce que le chemin de Lily est finalement aussi simple ? Les choix les plus évidents sont-ils les meilleurs ? Le chemin d'une jeune femme pour se trouver et pour rompre le cycle de la violence. Est-ce que l'amour peut tout excuser ?



« Un jour, quelqu’un m’a dit que les gens négatifs, ça n’existait pas. On est tous des gens qui commettent parfois des actes négatifs. Cette idée ne m’a plus quittée car elle me semble trop vraie. On a tous en nous un côté négatif et un autre positif ».

Magnifique ! Ce livre est vraiment une pure merveille ! Je sais bien que je ne suis jamais déçue par l’auteure américaine Colleen Hoover, mais là, avec Jamais plus, elle s’est vraiment surpassée !



La raison principale en est dans doute qu’elle a écrit cette histoire avec son cœur et ses tripes, en y incluant des scènes qui reconstituent en fait ses souvenirs d’enfance quand son père battait sa mère.

Sans tomber dans le pathos, Colleen Hoover, nous démontre, par le biais de son héroïne Lily, que l’on peut avoir une vie rêvée auprès d’un homme beau et riche et que malgré cela, tout peut basculer dans le cauchemar en quelques secondes….

En plus du sujet grave des femmes battues, Colleen Hoover aborde également d’autres sujets difficiles et sensibles qui touchent les enfants tels que les accidents mortels causés par les armes à feu (tragédies qui touchent principalement les USA, je vous l’accorde, heureusement pour nous…) ainsi que le sujet des adolescents qui sont jetés à la rue par leur parents et qui doivent se débrouiller par eux-mêmes….

Attention, Jamais plus, ce n’est pas une histoire totalement dramatique, non, que nenni ! C’est aussi un livre qui relate une – ou plutôt deux – belles histoires d’amour magnifiquement amenées par l’auteure, du Colleen Hoover dans toute sa splendeur, pour notre plus grand bonheur !

L’amitié et le sens de la compassion et de l’empathie sont également très présents dans ce livre, pour justement contrecarrer les aspects les plus sombres de la nature humaine qui surgissent parfois à des moments où on ne s’y attend pas….

En effet, dans ce livre, nous suivons la rencontre entre Lily et Ryle, qui est assez particulière car très fugace dans la mesure où ces deux inconnus se livrent à cœur ouvert avec leur jeu de « vérité toute nue » sur le toit d’un immeuble, où ils comprennent rapidement tous les deux qu’ils ne recherchent pas la même chose dans une relation (il faut savoir que Lily est une romantique qui attend le grand amour, alors que Ryle est plus porté sur les coups d’un soir et ne s’est jamais lié à une femme plus de quelques jours). Leur discussion va donc en rester là et plusieurs mois vont s’écouler entre leur première rencontre et leurs retrouvailles qui vont se faire par le plus grand des hasards puisque Lily va engager Alyssa, la sœur de Ryle, comme vendeuse pour sa boutique de fleurs qui doit bientôt ouvrir ses portes…..Quand elle va réaliser que Ryle est le frère d’Alyssa, bien évidemment, cela va la troubler car même si elle sait que le beau neurochirurgien (vui vui vui !) n’est pas du genre à s’attacher à une femme, il y a quand même cette attirance qui les poussent l’un vers l’autre inexorablement (sans parler d’Alyssa qui leur sert d’excuse pour rester en contact…)…..Tout ces chamboulements dans le cœur de Lily vont lui donner envie de relire le journal intime de ses 15 ans et c’est donc là que l’auteure nous sert une deuxième histoire d’amour, à savoir celle de la jeune Lily adolescente qui avait rencontré son premier amour en la personne du très gentil et très doux Atlas…….

«  Je suis anéantie. Cinq minutes. Il n’en faut pas davantage pour anéantir quelqu’un ».

Ce que j’ai aimé dans ce livre :
1#-Les flash-back de Lily grâce à son journal intime : Il faut bien comprendre qu’en plus de la Lily actuelle de 23 ans, sûre d’elle, qui est en phase de réaliser son rêve d’ouvrir une boutique de fleuriste, nous lisons aussi ses aventures sentimentales de la période où elle était adolescente. En effet, parce que sa vie de jeune fille de 15 ans a été bouleversée par sa rencontre avec un jeune SDF de 18 ans, Atlas, Lily a souvent la nostalgie de cette époque. Elle va retrouver son journal intime écrit à cette période pour le lui rappeler (et lui rappeler aussi comment était sa vie de fille unique dans un foyer où son père battait sa mère…). L’auteure a eu une merveilleuse idée de créer ces flash-backs, car en plus du côté romantique du récit, nous avons aussi beaucoup plus d’explications sur la vie de famille que Lily a subit durant son enfance et son adolescence (puisque le livre démarre sur l’enterrement du père de Lily).

2#-Deux romances pour le prix d’une ! Cela va de pair avec le point cité au-dessus, en effet, en plus de suivre la romance qui débute entre Ryle, le beau neurochirurgien rencontré d’une manière particulière et retrouvé après une ellipse de plusieurs mois, grâce à la force du destin, nous avons droit aussi à la très belle histoire d’amour entre Atlas et Lily quand ces deux-là étaient adolescents et que certaines circonstances de la vie ont malheureusement décidé de les séparer d’une manière tragique….Et vous savez quoi ? C’est vraiment cette histoire d’amour-là que j’ai préféré ! Attention, pas de triangle amoureux classique puisque ces deux romances se déroulent dans un intervalle de plus de 8 années, mais il n’empêche qu’à mes yeux, Ryle correspond parfaitement au genre de héros de romances New adult avec tous les stéréotypes qui l’accompagnent (et qui peuvent franchement lasser….En tout cas, pour ma part, je n’ai pas été plus séduite que cela par le charme pourtant irréprochable du beau médecin….). Alors que pour Atlas, le jeune SDF qui a été le premier amour de Lily, waouh ! Que les passages entre eux étaient romantiques ! Peut-être aussi parce qu’ils étaient aussi dramatiques, vu les conditions de vie du pauvre jeune homme (et le fait que Lily vivait aussi des choses difficiles avec ses parents), mais en tout cas, ce jeune homme avait un cœur d’or et on peut comprendre pourquoi Lily ne l’a jamais oublié….Attention zone spoilers ! Cliquez sur le mulot et passez le texte en surbrillance ! Allons bon, à partir du moment où Lily retombe par hasard sur Atlas dans le restaurant Bab’s de Boston où ils vivent maintenant tous les deux, bien évidemment, j’ai tout de suite compris que la partie n’était pas finie entre eux ! Mais voilà, toujours le cœur sur la main, Atlas ne va pas s’imposer à la jeune femme puisqu’il sait qu’elle fréquente un autre homme….Jusqu’à ce que Ryle devienne un danger pour elle….Dans la mesure où Atlas a assisté à la violence conjugale entre les parents de Lily quand ils étaient ados, bien évidemment, on se doutait qu’il n’allait pas fermer les yeux, surtout que l’on comprend très vite qu’il est toujours amoureux d’elle !.....Alors certes, la romance entre Ryle et Lily commençait bien et le jeune chirurgien avait tout pour plaire et constituer le prince charmant idéal….Même quand il commence à être violent envers Lily, on pourrait lui trouver des excuses (avec le drame qu’il a vécu dans son passé en tuant par accident avec une arme à feu, à 6 ans, son frère de 7 ans….). Colleen Hoover a réussi à me faire douter durant toute cette partie du livre : Lily allait-elle quitter Ryle ou allait-elle continuer à vivre auprès de lui….Ryle allait-il arrêter ses actes de violences incontrôlés ?......Pour ma part, je trouve la fin de ce roman parfait. En effet, même si Lily et Ryle vont finir par avoir une petite fille ensemble, cela ne va pas empêcher l'amour entre Atlas et Lily de triompher après toutes ces années....Atlas, tu es mon nouveau book boyfriend ! 

« Racontez-moi votre dernière pensée la moins avouable. Recroisant les mains derrière la tête, il fixe son regard sur moi.
— J’ai envie de vous baiser. Je reste bouche bée, incapable de répondre. Il me décoche un coup d’œil innocent.
— Vous m’avez demandé ma dernière pensée, alors voilà. Vous êtes belle. Je suis un homme. Si vous étiez amatrice de coups d’un soir, je vous emmènerais en bas, dans ma chambre, et je vous baiserais. Là, je baisse vite la tête. Cette déclaration provoque une multitude de réactions en moi.
— Désolée, je ne suis pas amatrice de coups d’un soir ».

« D’accord. Puisqu’on en est là… Le premier mec avec qui j’ai fait l’amour était un S.D.F. Il dresse l’oreille.
— Là, je veux entendre le reste.
— J’ai grandi dans le Maine. On vivait dans un quartier plutôt sympa, mais la rue qui donnait sur le fond du jardin était assez mal entretenue, avec des terrains vagues et une maison abandonnée. J’ai fait la connaissance d’un certain Atlas qui occupait la baraque en ruine ; j’étais la seule à savoir qu’il habitait là. Je lui apportais à manger, mais aussi des vêtements et d’autres trucs. Jusqu’au jour où mon père nous a découverts.
— Et il a fait quoi ? Je serre les dents. Je ne sais pas pourquoi j’ai amené ça sur le tapis alors que j’ai encore du mal à évoquer ce souvenir.
— Il l’a battu. La voilà, la vérité toute nue ».

3#-Les références culturelles : Je pense essentiellement à Ellen  DeGeneres et Le monde de Nemo avec Dory, la « poissonne bleue» qui sont très clairement les deux fils conducteurs du récit mais il y a aussi Google earth que je mets dans les références culturelles qui m’ont marquée à titre personnel puisque j’adore me balader dans le monde entier avec google map, et comme Lily, j’ai aussi découvert des « trésors cachés » dans certaines maison de mon quartier, que nous ne pouvons apercevoir que du ciel et donc, merci à Google Earth d’exister !….Mais plus sérieusement, revenons à la célèbre présentatrice américaine Ellen DeGeneres. A vrai dire, j’en ai entendu parler au début des années 2000 quand elle a commencé à fréquenter l’actrice australienne Portia De Rossi, qui jouait dans Ally McBeal (série que j’adorais et que j’aimerais bien revoir à l’occasion, d’ailleurs !). Grâce à internet, j’ai bien compris qu’Ellen DeGeneres était une immense star aux USA (je me souviens aussi du fameux selfie fait aux Oscar 2014 avec une playteur de stars à ses côtés)…..Bref, Dans Jamais plus, Ellen DeGeneres a malgré elle un rôle très important dans la vie de Lily puisque c’est à elle qu’elle s’adresse dans son journal intime afin de lui confier des confidences sur sa vie comme le font les invités d’Ellen dans son show que la jeune fille ne manque jamais d’enregistrer tous les jours pour pouvoir les regarder en rentrant du lycée….D’abord seule, puis ensuite en compagnie d’Atlas, le jeune homme SDF qui s’est installé dans la maison abandonnée à côté de chez elle. Et Le monde de Nemo, alors ?....C’est drôle car Lily et Atlas ne sont plus des enfants mais des adolescents et du coup, c’est plutôt attendrissant de les voir regarder ce dessin animé et surtout reprendre la phrase culte de Dory « nage droit devant »…Cette formule va leur servir de leitmotiv à tous les deux car même si leurs chemins vont se séparer il n’en reste pas moins que chacun a encore bien des épreuves à affronter….Attention zone spoilers ! Cliquez sur le mulot et passez le texte en surbrillance ! Mon Dieu, mon cœur a palpité comme un fou avec le passage où Atlas, une fois adulte (quand ils se retrouvent à Boston, 8 ans plus tard), offre un livre dédicacé par Ellen DeGeneres avec la phrase culte de Dory, du Monde de Nemo !!!!! Primo, cela veut dire qu’Atlas n’a jamais oublié Lily durant toutes ces années où il est parti à la guerre, et Deuxio, cela signifie aussi qu’il a toujours eu l’espoir de la revoir un jour pour lui donner ce livre…..Sans oublier que dans ce livre dédicacé, étaient réunis les deux éléments qui ont toujours rapproché les deux ados qu’ils étaient à l’époque, à savoir la présentatrice du show américain et le personnage de dessin animé…..Mon Dieu ! Bravo à l’auteure pour ce passage si émouvant, si romantique, si intense ! J’en suis encore toute émue rien que d’y penser !.....Dois-je aussi évoquer le fait que Lily va donner « Dory » comme deuxième prénom à sa fille….Si ça, ce n’est pas un magnifique clin d’œil à Atlas !!!!! Jusqu’à la dernière page, Jamais plus est chargé en émotions ! c’est su-bli-me !



« — Vous voudriez savoir ce que seuls les locaux savent ?
— Bien sûr, dit-il en reportant son attention sur moi.
— Vous voyez ce bâtiment ? Avec le toit vert ? Il hoche la tête.
— Derrière, il y a un building qui donne sur Melcher Street, avec une petite maison au sommet. On ne l’aperçoit pas de la rue et peu de gens sont au courant. Il semble impressionné.
— C’est vrai ? 
— Oui, je l’ai vue en examinant Google Earth. Apparemment, son permis date de 1982. Cool, non ? Vivre dans une maison au sommet d’un building !
— On a tout le toit pour soi. Je n’avais pas songé à ça. Si ça m’appartenait, j’y planterais tout un jardin où je pourrais me détendre. 
— Qui y habite ? demande-t-il.
— On ne sait pas, en fait. C’est l’un des plus grands mystères de Boston. Il se met à rire puis m’interroge du regard. 
— Parce qu’il existe d’autres grands mystères à Boston ?
— Votre nom. À peine ai-je dit ça que je me frappe le front. Ça fait trop drague à deux balles ; je n’ai plus qu’à éclater de rire, comme si je plaisantais ».

« Je récupère le paquet contenant mon cadeau d’il y a trois ans. Visiblement, il s’agit d’un livre. Je déchire l’emballage et demeure un instant interdite. La couverture représente une belle photo d’Ellen DeGeneres. Le titre : Sérieusement… je plaisante. Ça me fait rire. J’ouvre la première page, reste bouche bée en voyant la dédicace.   Lily, Atlas dit de nager droit devant soi.
— Ellen DeGeneres   Je passe les doigts sur sa signature. Puis je pose le livre sur mon bureau, appuie le front dessus et fais semblant de pleurer sur la couverture ».

« — Atlas ! Il est reparti et ne m’entend pas de si loin. Je cours encore.
— Atlas ! Il s’arrête, mais ne se retourne pas, penchant plutôt la tête comme s’il n’en croyait pas ses oreilles.
— Atlas ! Cette fois, ça y est, il effectue un demi-tour. Nos regards se croisent au moins trois secondes. Et puis on s’élance chacun dans la direction de l’autre. Vingt pas nous séparent encore. Dix. Cinq. Un. Mais ni l’un ni l’autre ne franchissons le dernier. Je suis complètement à bout de souffle.
— Je ne t’ai toujours pas dit quel est le deuxième prénom d’Emerson. Voilà, c’est Dory. Il ne réagit pas tout de suite mais, tout d’un coup, ses yeux se plissent un peu et il esquisse un sourire.
— C’est parfait pour elle. Je hoche la tête, souris, sans plus trop savoir que faire. Il fallait que je le lui dise mais, maintenant, je reste un peu décontenancée. Il m’attire contre lui et je ris. Avec tout ce qui nous est arrivé depuis le jour où il est entré dans ma vie, je n’aurais jamais cru que ça s’achèverait comme ça. J’y avais beaucoup rêvé mais, jusque-là, je n’étais pas sûre que ça finirait par se produire. Je ferme les yeux en sentant ses lèvres m’effleurer l’épaule. Il y dépose un petit baiser et ça me rappelle aussitôt le premier qu’il m’a donné, il y a des années. Puis il approche la bouche de mon oreille et murmure :
— Maintenant, tu peux cesser de nager droit devant toi, Lily. On a enfin atteint le rivage".




4#-Atlas et Lily : Nous sommes d’accord que le couple principal dans Jamais plus est celui formé par Lily et Ryle, néanmoins, comment ne pas tomber sous le charme d’Atlas, qui fait partie du passé de la jeune femme puisqu’il a été son premier amour quand elle avait 15 ans. Très franchement, ce sont les passages entre ces deux adolescents qui m’ont le plus plu dans ce livre, sans doute parce que Atlas est mon personnage préféré. Il a toutes les qualités qu’une jeune fille peut espérer chez un amoureux, à part bien sûr le fait qu’il vive comme un SDF dans une maison abandonnée….Atlas ne mérite vraiment pas la situation dans laquelle il s’est retrouvé malgré lui mais fort heureusement la roue tourne…..En tout cas, j’attendais avec grande impatience les passages où ces deux-là étaient réunis, à la limite, j’avais l’impression que c’était Ryle qui était le personnage en trop dans cette romance….Bon, en même temps tout n’est pas aussi simple dans les livres de Colleen Hoover et grand bien nous fasse !




« On se ressemble », a-t-il dit. Là, je l’ai regardé dans les yeux. « Toi et moi ? » « Non, les plantes et les humains. Les plantes ont besoin d’amour pour survivre. Les humains aussi. Dès la naissance, on a besoin de l’amour de nos parents pour survivre. S’ils nous accordent assez d’attention, on devient de meilleurs humains. Mais s’ils nous négligent… » Il s’est interrompu, l’air triste, s’est essuyé les mains sur ses genoux comme pour en ôter les dernières traces de terre. « S’ils nous négligent, on se retrouve S.D.F. et incapable d’accomplir aucune action valable. » Ses paroles m’ont mis le cœur à l’envers. Je ne savais pas quoi répondre. Était-ce ainsi qu’il se voyait ? Il allait se relever quand j’ai prononcé son nom. Du coup, il s’est rassis dans l’herbe et je lui ai désigné la rangée d’arbres qui longeaient la clôture gauche du jardin. « Tu vois le plus haut de tous ? » Au milieu se dressait un chêne qui dominait les autres. « Il a poussé tout seul. La plupart des plantes ont besoin de beaucoup de soins pour survivre. Mais d’autres, comme les arbres, sont assez fortes pour ne se fier qu’à elles-mêmes. » Je ne savais pas trop s’il comprenait où je voulais en venir, mais il devait comprendre qu’il était assez fort pour survivre à tout ce qui avait pu lui arriver dans l’existence. Je ne le connaissais pas bien, mais je voyais qu’il était résistant. Infiniment plus que je ne le serais sans doute à sa place. Il ne quittait plus l’arbre des yeux, au point de ne plus cligner des paupières. Quand, enfin, il les a remuées, ça n’a été que très légèrement, avant de se remettre à considérer la pelouse. À la façon dont sa bouche se tordait, j’ai cru qu’il allait faire la grimace, et puis non, il a souri légèrement ».

« Je t’aime, Lily. J’aime tout ce que tu es. Je t’aime. » Je sais qu’on lâche fréquemment en l’air ce genre de paroles, surtout parmi les ados. Souvent prématurément et sans réfléchir. Pourtant, quand il m’a dit ça, j’ai compris que ce n’était pas un simple compliment de gamin amoureux. Qu’il y avait autre chose derrière ».

« Imaginez tous les gens que vous rencontrez dans une vie. Tant de gens. Ils arrivent par vagues, et se retirent avec la marée suivante. Certaines sont plus puissantes que d’autres et ont un impact plus profond. Parfois, les vagues apportent avec elles des traces venues du fin fond de l’océan et les lâchent sur le rivage où elles laissent une empreinte de leur passage, longtemps après qu’elles se sont retirées. C’était ce qu’Atlas me disait en avouant qu’il m’aimait. Il me racontait que j’avais formé la vague la plus puissante de son existence. Et que je lui avais tant apporté qu’il en garderait sans cesse la trace, même lorsque la mer se serait retirée ».

« Le temps a fini par m’apaiser mais, parfois, je tombais sur un détail qui me faisait penser à lui et ça me remettait le moral à zéro. Jusqu’au moment où, étudiante depuis deux ans, alors que je sortais avec un autre mec, je me suis avisée qu’Atlas ne pourrait jamais combler toute ma vie. Il n’en représentait sans doute qu’un passage. L’amour n’est pas forcément un anneau fermé. Il va et vient, comme les gens dans la vie. À la fac, un soir où je me sentais particulièrement seule, je suis allée me faire tatouer à l’endroit où il aimait tant m’embrasser. Un petit cœur de la taille d’une empreinte de pouce, qui ressemble à celui qu’il m’a sculpté. Il n’est pas complètement fermé en haut et je me demande si Atlas l’a fait exprès. Parce que c’est ainsi que je vois mon cœur chaque fois que je pense à lui. On dirait qu’il y a un petit trou dedans, pour laisser passer l’air ».

5#-Les passages intenses et des mots qui marquent les esprits ! Que ce soit en bien ou en mal, Colleen Hoover a le don de nous sortir des expressions et des réflexions qui touchent droit au cœur ! Certains mots ont réussi à me faire pleurer, émotive comme je suis, mais en même temps, ce livre est tellement puissant et tellement touchant ! Lisez-le, Bon Dieu de bois !!!!!!

« Les gens passent leur temps à se demander pourquoi les femmes ne s’en vont pas. Où sont les gens qui se demandent pourquoi les hommes les maltraitent ? Ce n’est pas sur eux qu’il faudrait plutôt tourner ses reproches ? ».

Attention zone spoilers ! Cliquez sur le mulot et passez le texte en surbrillance !
« Il n’est pas comme mon père. Ryle m’aime. Il ne me l’a jamais dit, mais je le sais. Et je l’aime. Je suis certaine que ce qui s’est passé dans la cuisine ce soir ne se reproduira jamais. Il est trop bouleversé de m’avoir frappée ».

« — Que s’est-il passé ?
— Rien. Il plisse les yeux, toujours d’un bleu glacial mais où brille une lueur brûlante.
— Tu mens, Lily. J’arrive à esquisser un sourire.
— C’était un accident. Il rit, cependant son expression demeure sévère.
— Quitte-le. Le quitter ? Ainsi, il croit à tout autre chose. Je m’approche de lui.
— Il n’est pas comme ça, Atlas. Ce n’est pas ce que tu crois. Ryle est quelqu’un de bien. Il penche la tête et s’approche légèrement de moi.
— On croirait entendre ta mère. Ses paroles me font mal. J’essaie de me faufiler au dehors, mais il me saisit le poignet.
— Quitte-le, Lily. Je me dégage, lui tourne le dos, inspire profondément, expire lentement, me retourne vers lui.
— Si je dois faire une comparaison, tu me fais plus peur, là, que lui depuis que je le connais. Il accuse le coup, ne répond pas tout de suite, mais se met à secouer la tête en s’écartant de la porte.
— Je ne voudrais surtout pas te mettre mal à l’aise. J’essaie juste de te rendre l’attention que tu m’as toujours montrée. Je ne sais pas trop comment il faut prendre ces paroles. Je sens bien qu’il peste intérieurement, pourtant il paraît calme, maître de lui. Il me laisse sortir. Je tourne le verrou, ouvre la porte. Je reste le souffle court devant Ryle, jette un rapide coup d’œil derrière moi. Atlas me suit. Ryle ne semble pas comprendre et nous interroge l’un après l’autre du regard.
— Qu’est-ce que tu fous, Lily ?
— Ryle… Ma voix tremble. Mon Dieu, ça devient pire que jamais. Atlas me contourne et se dirige vers les portes de la cuisine, comme si Ryle n’existait pas. Un Ryle qui le suit irrésistiblement des yeux. Ne t’arrête pas, Atlas. Sur le point d’atteindre les portes, il stoppe. Non, non, non, continue. Dans ce qui s’avère l’un des plus épouvantables moments que je puisse imaginer, il fait volte-face et revient vers Ryle, l’attrape par le col de sa chemise. Presque aussitôt, Ryle réagit en le plaquant contre le mur d’en face. Atlas riposte en lui barrant la gorge de son avant-bras et l’immobilise.
— Tu la touches encore et je te coupe ta putain de main et te l’enfonce dans la gorge, espèce de merde ! Je crie :
— Atlas, arrête ! Il finit par le relâcher, recule d’un pas rageur pendant que Ryle reprend son souffle en le fusillant du regard. Après quoi, il se tourne vers moi :
— Atlas ? Il a répété son nom comme s’il le connaissait. Pourquoi le répète-t-il comme ça ? Comme s’il m’avait déjà entendue le prononcer ? Je ne lui ai jamais parlé d’Atlas. Sauf… Si. Le premier soir, sur le toit terrasse ; c’était l’une de mes vérités toutes nues. Ryle part d’un rire incrédule et désigne Atlas sans cesser de me regarder.
— Ça, c’est Atlas ? Le S.D.F. que tu as baisé par pitié ? Oh mon Dieu ! Le couloir reprend aussitôt l’aspect d’un imbroglio de poings et d’épaules, noyé dans mes cris pour les arrêter. Deux serveurs apparaissent derrière moi et les séparent aussi vite que ça avait commencé ».

« La première fois qu’il était entré dans cette vieille maison, il ne cherchait pas un refuge. Il voulait se suicider. J’ai porté les mains à ma bouche car je ne m’étais pas doutée qu’il ait pu se trouver dans une situation si désespérée. Au point de vouloir quitter la vie. « J’espère que tu ne connaîtras jamais une telle solitude, Lily. » Et puis il m’a raconté que ce premier soir, il était assis par terre, une lame de rasoir à la main. À l’instant même où il allait s’en servir, la lampe de ma chambre s’est allumée. « Et tu te tenais là, comme un ange, à contre-jour devant une lumière céleste. Je ne pouvais plus te quitter des yeux. » Il m’a regardée un moment aller et venir devant la fenêtre, puis m’allonger sur mon lit, écrire mon journal. Il a fini par lâcher sa lame de rasoir, juste parce qu’il ne ressentait plus rien depuis un mois et qu’en me voyant, il avait de nouveau éprouvé quelque chose. Assez pour ne plus avoir envie de se supprimer. Et un ou deux jours plus tard, je suis venue lui déposer de la nourriture sur le perron. Je crois que vous connaissez le reste de l’histoire. « Tu m’as sauvé la vie, Lily. Et tu ne le savais même pas ».

« Il m’a poussée. Encore. Ça fait deux fois. Tu m’as poussée, Ryle. Tout mon corps est maintenant secoué de sanglots. J’ignore à quel point je suis blessée, et je m’en fiche. Aucune douleur physique ne saurait être comparée à celle que mon cœur ressent en ce moment. Je lui tape sur les mains pour qu’il s’écarte de moi. Je le sens qui s’éloigne du lit et je m’y roule en boule. Je m’attends à ce qu’il tente de m’apaiser, comme la dernière fois, mais rien. Je l’entends qui quitte la chambre. Je ne sais pas ce qu’il fait. Je pleure encore quand il s’agenouille devant moi.
— Tu dois avoir une commotion cérébrale, énonce-t-il d’un ton professionnel. Tu as une petite coupure à la lèvre. J’ai bandé ta blessure à l’œil. Tu n’as pas besoin de points de suture. Il parle d’un ton glacial.
— Tu ressens une autre douleur ailleurs ? Tes bras ? Tes jambes ? On dirait davantage un médecin qu’un mari.
— Tu m’as poussée, dis-je à travers mes larmes. C’est tout ce que j’arrive à voir et à penser.
— Tu es tombée, corrige-t-il calmement. Il y a à peu près cinq minutes. Juste après que j’ai découvert quelle pute j’avais épousé. Il dépose quelque chose sur l’oreiller près de moi.
— Si tu as besoin de quelque chose, je suis sûr que tu pourras appeler ce numéro. Je regarde le post-it chiffonné à côté de ma tête, sur lequel est inscrit le numéro d’Atlas. Je sanglote.
— Ryle ! Que se passe-t-il ? La porte d’entrée vient de claquer. Tout mon monde s’effondre autour de moi.
— Ryle. Cette fois, je n’ai fait que gémir. Je me prends la tête entre les mains et pleure plus fort que jamais. Je suis anéantie. Cinq minutes. Il n’en faut pas davantage pour anéantir quelqu’un ».

« J’ai aussi un mari et ce n’est pas Atlas. Et… je vis à Boston. Je sais. Le choc. La dernière fois que je vous ai écrit, j’avais seize ans. Je traversais une mauvaise passe et m’inquiétais pour Atlas. Mais ce n’est plus le cas, quoique je traverse une autre mauvaise passe. Encore pire que la dernière fois que je vous ai écrit. Toutes mes excuses, Ellen. Mais préparez-vous à subir une incontinence verbale. Si je devais faire une comparaison, je parlerais de la mort. Pas la mort de n’importe qui : la sienne, celle de la personne la plus proche de vous. Celle dont la seule évocation vous donne les larmes aux yeux. C’est exactement ce que je ressens. Comme si Ryle était mort. Ma peine est énorme, astronomique. J’ai l’impression d’avoir perdu mon meilleur ami, mon amoureux, mon mari, mon souffle de vie. Sauf que cette impression est accompagnée d’un sentiment qui ne va pas nécessairement de pair avec la mort. La haine. Je suis folle de rage contre lui, Ellen. Aucun mot ne saurait traduire la haine qu’il m’inspire ».

« J’ai lu quelque part que quatre-vingt-cinq pour cent des femmes reviennent malgré les mauvais traitements qu’elles peuvent subir. C’était avant que je ne me rende compte que j’en faisais partie, et je me suis dit qu’elles étaient faibles et complètement idiotes. C’est ce que j’ai souvent pensé à propos de ma mère. Pourtant, parfois, elles ont une raison toute simple pour ça : elles sont amoureuses. J’aime mon mari, Ellen. J’aime trop de choses à son propos. Moi qui pensais qu’il serait facile de me débarrasser de ces émotions pour celui qui me fait du mal ! Il est beaucoup plus dur d’empêcher son cœur de pardonner à quelqu’un qu’on aime que de lui pardonner soi-même ».

« Désormais, j’entre dans les statistiques. Tout ce que j’ai cru au sujet des femmes comme moi correspond à ce que les gens penseraient de moi s’ils savaient. « Comment peut-elle l’aimer après ce qu’il lui a fait ? Comment peut-elle envisager de le reprendre ? » Dommage que ce soient les premières pensées qui surgissent à notre esprit devant une femme battue. Ne devrait-on pas mépriser davantage son bourreau plutôt que celle qui continue de l’aimer ? Je pense à tous les gens qui se sont trouvés dans cette situation avant moi. À tous ceux qui vont s’y trouver après moi. Est-ce qu’on se répète tous mentalement les mêmes paroles après avoir subi les coups de ceux qui nous aiment ? « Pour le meilleur et pour le pire, dans la richesse et dans la pauvreté, dans la santé et dans la maladie, pour t’aimer et te chérir jusqu’à ce que la mort nous sépare. » Peut-être qu’on n’est pas censé les prendre toutes au pied de la lettre comme le font certaines épouses. Pour le meilleur, pour le pire ? Rien. À. Foutre ».

« Je ferme les yeux en me répétant les paroles de ma mère : « S’il t’aimait vraiment, il refuserait de reprendre la vie avec toi. » Ce seul avertissement parvient à m’empêcher de me précipiter dans le couloir ».

6#-Les parents de Lily : Colleen Hoover l’explique dans une note à la fin de son livre, elle a grandit dans une famille où son père battait sa mère. Elle sait donc de quoi elle parle et quand son héroïne assiste impuissante aux violences de son père sur sa mère, ce n’est pas de la fiction, c’est plutôt un témoignage. J’ai trouvé cela très poignant et très courageux de sa part. Quand Lily se confie de plus en plus et nous explique les raisons qui l’ont poussée à hair son père, on comprend aisément pourquoi ! Je dois dire que le coup du garage réservé au père et que la mère doit se garer dans la rue, c’est déjà bien annonciateur du genre de personnage qu’il était ! (sans parler de ce qu’il va faire à Atlas, le petit copain à Lily….). Oui, le père de Lily était une personne vraiment détestable et il est normal que Lily ne le pleure pas maintenant qu’il est mort…..Par contre, c’est aussi intéressant de voir les réactions de la mère de Lily, maintenant qu’elle se retrouve à vivre sans son bourreau. Comme Lily, qui l’avoue elle-même, on peut se demander pourquoi cette femme n’a jamais quitté son mari puisqu’il était tellement violent…..en plus, elle n’était pas dépendante de lui financièrement alors rien ne l’aurait vraiment empêchée de partir….Sauf le fait qu’elle l’aimait et espérait toujours qu’il s’arrêterait de la battre…..Il y a un passage qui m’a beaucoup fait réfléchir c’est quand la mère de Lily lui explique que la violence de son père était variable et que lorsqu’il se mettait seulement à lui foutre des baffes, c’était « pas si grave » puisque d’autres fois, il avait pu lui casser quelque chose ou la violer…..Cette façon de mettre une échelle dans la violence est assez terrible car finalement, cela lie la victime à son bourreau…..Attention zone spoilers ! Cliquez sur le mulot et passez le texte en surbrillance !J’ai été heureuse et soulagée de constater que la réaction de la mère de Lily, quand elle apprend que sa fille subit la même chose de la part de Ryle, n’a pas été de le protéger et de fermer les yeux comme elle a fermé les yeux sur son propre mari….Comme quoi, on est souvent plus à même de protéger les autres que de se protéger soi-même, c’est typiquement humain, et je dirais même que c’est typiquement féminin….La majeure partie des femmes fait passer son bonheur après celui de ses proches (maris et enfants….).

« Mon père était violent. Pas avec moi, avec ma mère. Pendant leurs disputes, il piquait de telles colères que, parfois, il la frappait. Quand ça arrivait, il passait la semaine ou les quinze jours suivants à essayer de se faire pardonner. Il lui achetait des fleurs ou nous emmenait dîner dans un bon restaurant. Et puis il me faisait des cadeaux parce qu’il savait que je détestais leurs disputes. Quand j’étais petite, j’en venais à espérer qu’il la frappe un bon coup, ainsi j’étais sûre que les semaines suivantes seraient géniales. Je marque une pause car c’est bien la première fois que je le reconnais. — Bien sûr, si j’avais pu, j’aurais tout fait pour qu’il ne la touche jamais, mais ces violences semblaient faire partie de leur mariage, c’en était presque devenu normal. En grandissant, je me suis rendu compte qu’à force de ne pas intervenir, je me rendais tout aussi coupable. J’ai passé la moitié de ma vie à le détester, mais je ne suis pas sûre de valoir mieux que lui. On est sans doute des gens aussi négatifs l’un que l’autre ».

« Il est ivre, Lily », a-t-elle expliqué. « Il a entendu ta porte se fermer, alors il est allé dans notre chambre. Il a arrêté. Lily, si tu appelles la police, ça ne fera qu’aggraver les choses, crois-moi. Laisse-le dormir un peu, il sera calmé demain. » J’ai senti les larmes me couler des yeux. « Maman, il a voulu te violer ! » Quand j’ai dit ça, elle a baissé la tête en frémissant. « Ce n’est pas ça, Lily. On est mariés et parfois, le mariage, c’est… Tu es trop jeune pour comprendre. » Je n’ai pas répondu tout de suite, jusqu’à ce que je marmonne : « J’espère bien que ça ne m’arrivera jamais. » Là, elle s’est mise à pleurer. Elle s’est pris la tête entre les mains en sanglotant et tout ce que j’ai pu faire, ça a été de me jeter dans ses bras pour pleurer avec elle. Je ne l’avais jamais vue dans cet état. Bouleversée, si blessée, si effrayée. Ça m’a brisé le cœur, Ellen. Ça m’a brisée. Quand elle a commencé à se calmer, j’ai regardé autour de nous ».

« — Je voudrais te dire quelque chose, reprend-elle. Pour l’oraison funèbre de ton père, je sais que tu n’as pas fait un blocage. Tu es restée silencieuse sur ce podium parce que tu refusais de dire un seul mot sur cet homme. Jamais je n’ai été aussi fière de toi. Tu es la seule personne qui ait pris ma défense. Tu étais forte quand j’avais peur. Une larme lui coule sur la joue quand elle ajoute :
— Continue comme ça, Lily. Reste intrépide ».

7#-Les personnages secondaires : Colleen Hoover sait aussi bien soigner ses personnages principaux que les autres qui gravitent autour d’eux. Je pense notamment à la sœur de Ryle, Alyssa, qui va devenir la meilleure amie de Lily (ainsi que son employée). C’est très intéressant de voir à quel point la solidarité féminine peut être forte, et cela, même en dépit des liens du sang car forcément, à certains moments du récit, on aurait pu penser le contraire….Hors, ce n’est pas le cas, et c’est tout à son honneur ! Alyssa et son mari Marshall sont en quelque sorte la bouffée de fraicheur dans le récit qui parfois peut être très pesant. J’admire leur désinvolture et leur simplicité….Bon après, c’est facile d’être sympa et « je-m’en-foutiste » quand on est ultra-riche et qu’on possède tout l’étage d’un immeuble…..En règle générale, Colleen Hoover a très bien joué avec les personnages secondaires, autant les méchants (comme le père de Lily ou la lycéenne dans le car scolaire qui se moquait d’Atlas) que les gentils, comme Alyssa, la mère de Lily etc….Par contre, il y a un seul bémol (que j’aurais pu qualifier comme élément négatif de ma lecture, d’ailleurs…), c’est le rôle de Devin…..Qui c’est celui-là, vous demandez-vous ? Et bien c’est un ancien collègue de Lily, avant qu’elle ne quitte son job pour ouvrir sa boutique de fleuriste….Devin nous est présenté par Lily comme étant seulement un collègue avec qui elle s’entendait bien mais pas comme un ami avec qui elle passait du temps hors des heures de travail….Hors, le voilà qui débarque dans l’histoire pour « rendre jaloux » Ryle car il va accompagner Lily à l’anniversaire d’Alyssa….OK…..Mais voilà, je trouve qu’ici, Colleen Hoover ne s’est pas trop foulée et a joué la facilité, surtout que Devin ne constitue pas du tout un futur rival pour Ryle dans la mesure où il est gay…..Bref, même si je comprends pourquoi l’auteure a intégré ce personnage qui sert en quelque sorte de « leurre » ou de « bouche-trou », j’ai été un peu gênée par le fait que Lily se confie très rapidement à lui lors de la soirée d’anniversaire alors que merde, alors ! c’est juste un ancien collègue de boulot ! En plus, après, il disparaît du roman, Lily ne fait allusion à lui qu’une seule fois (Quand elle cherche à se réfugier quelque part loin de Ryle), du coup, je m’interroge sur la légitimité de ce personnage dans ce livre…..Bon, après, je suis peut-être un peu trop tatillonne…..Et il ne faut surtout pas que ce détail (qui me dérange, moi, mais qui peut vraiment passer inaperçu pour d’autres lecteurs) vous empêche de lire ce livre qui est un énorme coup de cœur pour moi !

« — J’ai toujours très envie de vous baiser. Un léger cri retentit et ce n’est pas moi qui l’ai poussé. On se tourne ensemble vers la porte d’entrée où se tient Allysa, les yeux écarquillés. Elle tend l’index vers Ryle :
— Qu’est-ce que tu… Oh, Lily, pardon, désolée pour lui ! Ryle, tu viens de dire à ma patronne que tu voulais la baiser ? ».

« — Ma sœur travaille pour vous ?
— Oui. Je l’ai embauchée il y a deux heures.
— Vous savez qu’elle n’a jamais travaillé de sa vie ?
— Elle m’a prévenue. Je lui trouve la mâchoire crispée. Il n’a plus l’air aussi décontracté que tout à l’heure. Tout d’un coup, je saisis : il croit que je l’ai engagée pour me rapprocher de lui.
— Je ne savais pas que c’était votre sœur jusqu’à ce que je vous voie entrer, juré.
— Je n’ai pas dit ça.
— Je sais. Mais je ne veux pas vous laisser croire que j’essayais de vous piéger d’une façon ou d’une autre. On n’attend pas les mêmes choses de la vie, vous et moi. Hochant la tête, il repose doucement mon pied sur la table.
— Exact, dit-il. Moi je suis amateur de coups d’un soir, vous êtes en quête du Saint Graal. Je m’esclaffe :
— Excellente mémoire !
— En effet, mais il faut aussi avouer que vous êtes difficile à oublier. Bon sang, il doit arrêter de dire ça. Je plaque les mains sur la table et redescends ma jambe.
— Là, j’ai une nouvelle pure vérité.
— Je suis tout ouïe, dit-il en se penchant vers moi.
— Voilà. Vous m’attirez énormément. Il n’y a pas beaucoup de choses que je n’aime pas en vous. Mais, étant donné qu’on n’a pas les mêmes aspirations, si on doit se revoir, je préférerais que vous cessiez de dire des trucs qui me rendent folle. Ce n’est pas loyal.
— Bon, à mon tour, maintenant. Posant ses mains à côté des miennes, il se penche. — Moi aussi, vous m’attirez. Il n’y a pas beaucoup de choses que je n’aime pas en vous non plus. J’espère qu’on ne se reverra plus jamais parce que je pense souvent à vous et je n’aime pas ça. Enfin pas trop souvent, mais déjà plus que je ne voudrais. Alors, si vous dites non aux coups d’un soir, il vaudrait mieux qu’on s’évite, ça nous rendra service à tous les deux ».

8#-Le passage du livre qui fait basculer le récit : Attention zone spoilers ! Cliquez sur le mulot et passez le texte en surbrillance ! Oh ! Mon ! Dieu ! Très sincèrement, je ne m’y attendais pas du tout à ce premier coup de Ryle porté sur Lily ! Même si je savais qu’à un moment ou à un autre, il allait devenir violent avec elle (avec le titre « jamais plus, c’était évident que Lily allait subir la violence conjugale comme sa mère)…..En tout cas, ce passage est vraiment intense et j’ai été obligée de poser mon livre, de souffler un bon coup, pour reprendre ma lecture, tellement j’étais choquée…..Car oui, il ne suffit que de quelques secondes pour que tout bascule et Lily va en faire l’amère expérience…..Tout comme elle, je souhaitais que cela ne soit qu’un accident isolé, un réflexe malheureux de Ryle (avec la douleur de la brûlure du plat sorti du four avec ses mains), et c’est d’autant plus difficile à admettre car Ryle semble profondément amoureux de notre héroine et s’en veut terriblement de l’avoir bousculée…..Cela dit, les coups qu’il lui portera ensuite, ainsi que la faire tomber dans les escaliers (et mentir aux autres sur la provenance de ses bleus) et enfin le viol (comme il lui a foutu un coup de boule et qu’elle s’est évanouie, nous ne savons pas très clairement s’il est allé jusqu’au bout puisque nous suivons les pensées de la jeune femme….Pour ma part, un doute persiste, même si elle, elle pense qu’il s'est arrêté là…Mais comme elle était dans les vapes, allez savoir…)…..bref, c’est le cauchemar qui s’installe…..Et de savoir que le passage avec le plat dans le four est tiré des souvenirs de l’auteure sur ce qui s’est passé réellement entre ses parents, cela fait froid dans le dos…..Nous savons par son petit mot à la fin du livre que son père est toujours vivant (contrairement à celui de Lily) et qu’elle a gardé contact avec lui, bien que finalement, sa mère a divorcé rapidement (contrairement à la mère à Lily qui a dû attendre la mort de son mari pour être enfin libre) et que pour l’auteure, son vrai père de cœur, c’est son beau-père, l’homme qui s’est marié avec sa mère et qui l’a élevée comme sa propre fille, sans aucune violence bien au contraire….

« —Ryle ! Prends un…
— Merde !
— Un gant. Le plat lui échappe des mains et atterrit dans une véritable explosion. Je saute en arrière pour éviter les fragments de verre, de viande et de champignons. Je ris en voyant qu’il n’a même pas songé à utiliser un gant. Ce doit être le vin. Sans doute assez corsé. Ryle claque la porte du four et va se passer la main sous le robinet en maugréant. J’essaie de ne pas me marrer mais j’ai du mal devant le ridicule de ces derniers instants. Je regarde le sol – le foutoir qu’il va falloir nettoyer – et j’éclate de rire. Sans parvenir à me calmer, je prends la main de Ryle pour l’examiner. J’espère qu’il n’est pas trop blessé. Soudain, je ne ris plus du tout. Je me retrouve par terre, la main plaquée sur mon œil. En un quart de seconde, le bras de Ryle a jailli pour me frapper, me faisant tomber à la renverse. Il y a mis assez de force pour me faire perdre l’équilibre et, au passage, j’ai heurté la poignée du placard. Une énorme douleur me saisit au coin de l’œil, près de la tempe. Et là, je sens le poids. Une sensation de lourdeur qui s’empare de tout mon être, une monstrueuse pesanteur qui marque mes émotions. Tout se brise. Mes larmes, mon cœur, mon rire, mon âme. Brisés comme du verre, ruisselant autour de moi. Je m’enveloppe la tête de mes bras en essayant de gommer ces derniers instants.
— Putain, Lily ! Ce n’est pas drôle. Cette main, c’est toute ma carrière. Je ne relève pas les yeux. Sa voix ne me pénètre pas le corps. J’ai plutôt l’impression qu’elle me transperce, que chacun de ses mots me frappe comme un coup de poignard. Je le sens qui s’approche, pose sa foutue main sur mon dos. Le caresse.
— Lily, bon sang, Lily ! Il essaie d’ouvrir mes bras mais je refuse de bouger. Je fais non de la tête. Je voudrais que ces quinze secondes s’effacent. Quinze secondes. Il n’en faut pas davantage pour complètement bouleverser l’image d’une personne. Quinze secondes qui ne s’effaceront jamais. Il s’assied près de moi, me pose un baiser sur la tête.
— Désolé. C’est juste… juste que je me suis brûlé la main et j’ai paniqué. Tu rigolais et… pardon. Tout s’est passé si vite… Je ne voulais pas te pousser, Lily, désolé ».

Attention zone spoilers ! Cliquez sur le mulot et passez le texte en surbrillance !
9#-La remise en question de Ryle : L’un des passages les plus forts de ce livre c’est bien entendu quand Lily demande à Ryle, maintenant devenu papa d’une petite fille, comment il réagirait si elle lui disait, une fois adulte que son compagnon l’avait fait tomber dans les escaliers, l’avait frappée, avait essayé de la violer….Toutes ces situations ont été vécues par Lily par la faute de Ryle. Même s’il aime profondément la jeune femme, même si c’est pour lui la première fois qu’il ressent un attachement pour une femme, il faut quand même admettre qu’il l’aime « mal » dans la mesure où il n’arrive pas à contrôler ses accès de rage, souvent provoqués par la jalousie. J’ai beaucoup aimé la manière dont l’auteure Colleen Hoover a amené le cauchemar dans l’existence de ce couple, car bien entendu, la première « bousculade » de Ryle sur Lily peut passer pour un geste impulsif sous le coup de la douleur (avec le plat brûlant qui lui tombe des mains et Lily, à moitié ivre qui se fout de lui), mais vu le passif de la jeune femme, cela sonnait comme un fort avertissement…..Et malheureusement, cela n’empêchera pas notre beau chirurgien de recommencer à violenter Lily…..Sa violence peut être explicable quand nous nous mettons de son point de vue (il peut avoir des raisons d’être suspicieux et jaloux) mais cela n’excuse en rien pas son comportement. Pour un homme qui ne voulait pas s’attacher à une femme, qui ne prônait que les « coups d’un soir », il a été pris à son propre jeu mais il ne peut pas reprocher à Lily d’avoir eu une vie amoureuse avant lui…..C’est difficile de penser du mal de Ryle car il n’est pas un sale type égoïste comme l’était le père de Lily, mais néanmoins, rien ne justifie qu’il frappe sa femme…..Et quand Lily lui annonce qu’elle va divorcer, bien évidemment, nous, lecteurs, nous nous en doutions, mais c’est vraiment un crève-cœur de voir Ryle perdre pied….Lily a eu totalement raison de mettre Ryle face à ses erreurs et de toute manière, tout le monde pensait comme elle, même la propre sœur de Ryle…..On ne peut pas justifier et excuser la violence conjugale…..Même si cela doit être très dur pour Lily de devoir quitter l’homme qu’elle aime mais dont aussi, il faut bien le dire, elle n’a plus confiance et craint un peu car il est comme une bombe à retardement et on ne sait jamais quand il va se mettre à exploser…..Lily en a fait assez souvent les frais…..Merci à l’auteure d’avoir créé des personnages aussi complexes que l’on aime et que parfois, malheureusement, on déteste aussi quand il agissent mal…..

" -Ryle. Que ferais-tu si un de ces jours, cette petite fille te regardait en te disant : "Papa ? Mon copain m'a tapé dessus. " Que lui dirais-tu, Ryle ? Il attire Emerson conte lui, enfouit le visage dans sa couveture.
— Arrête, Lily ! Je me rapproche de lui, place la main sur le dos du bébé tout en essayant d’attirer son regard.
— Et si elle te disait : « Papa ? Mon mari m’a poussée dans l’escalier. Il a dit que c’était un accident. Que dois-je faire ? » Ses épaules se mettent à trembler et, pour la première fois de ma vie, je le vois pleurer. Avec de vraies larmes qui lui coulent sur les joues, alors qu’il serre encore plus fort sa fille contre lui. Moi aussi je pleure. Mais je continue. Pour elle.
— Et si… Et si elle venait te voir en disant : « Mon mari a essayé de me violer, papa. Il m’a maintenue alors que je le suppliais d’arrêter. Mais il jure qu’il ne recommencera jamais. Que dois-je faire, papa ? » Il l’embrasse sur le front, le visage baigné de larmes. 
— Que lui répondrais-tu, Ryle ? Dis-moi. Je voudrais savoir ce que tu répondrais à notre fille si l’homme qu’elle aimait de tout son cœur lui faisait du mal. Dans un sanglot, il m’entoure d’un bras.
— Je la supplierais de le quitter, articule-t-il. Ses lèvres s’appuient désespérément sur mon front et je sens ses larmes me couler sur les joues. Il porte les lèvres à mon oreille, nous serre toutes les deux contre lui.
— Je lui dirais qu’elle vaut beaucoup mieux que ça. Et je la supplierais de ne pas retourner avec lui, même si elle l’aime beaucoup. Elle vaut infiniment mieux ».

Attention zone spoilers ! Cliquez sur le mulot et passez le texte en surbrillance !
10#-Le passé douloureux de Ryle : Même si cela ne justifie aucunement ses pétages de plomb à l’encontre de Lily, nous pouvons comprendre que le traumatisme causé par la mort de son frère a dû être terrible pour notre héros (argh, j’ai du mal à le nommer héros vu ce qu’il a fait subir à Lily….et pourtant, au début, il avait tout de l’homme idéal…). Ayant moi-même des enfants, je ne peux même pas imaginer la douleur des parents de voir l’un de leurs enfants mourir à cause d’une arme à feu, tirée par un autre des enfants…..Le sujet tabou du frère ainé de Ryle et Alyssa est vraiment intense et je ressentais un réel malaise en lisant ces passages, notamment quand Ryle explique qu’à 6 ans, il essayait de remettre ce qui sortait de la tête de son frère Emerson comme un jouet cassé…..Brrrrrrr ! cela me fait des frisson de dégoût et de tristesse rien que d’y penser ! Quoi qu’il en soit, Colleen Hoover a toujours le chic pour mettre en lumière des drames intimes subis au sein des familles (dans Jamais plus, nous sommes "gâtés" entre les violences conjugales, les ados foutus à la porte qui doivent se débrouiller seuls pour survivre et les gamins qui se font tuer en jouant avec des armes à feu)….Ce sont des sujets durs et désagréables qui n’ont peut-être pas leur place dans une romance et pourtant….Pourtant l’auteure arrive à les inclure parfaitement dans son récit et c’est vraiment fait avec brio ! Bravo à l’auteure !

« — Ouah ! Je ne savais pas que vous étiez presque du même âge.
— Trois enfants en trois ans, observe Allysa en souriant. J’en suis navrée pour mes parents. Le calme retombe sur la table et je vois le frère et la sœur échanger des regards d’excuse. Je demande alors :
— Trois ? Vous avez encore un frère ou une sœur ? Ryle se redresse, avale une gorgée de bière, repose sa bouteille avant de répondre :
— Un frère aîné. Il est mort quand on était encore gamins. Cette belle soirée gâchée par une simple question. Coup de chance, Marshall détourne la conversation comme un pro. Je passe le reste de la soirée à écouter des histoires sur leur enfance. Et les éclats de rire repartent de plus belle ».

Pour conclure, tout comme les femmes décrites dans ce livre qui se font battre par leur conjoint, vous allez vous aussi très certainement vous prendre une grande claque dans la gueule, une claque émotionnelle, en lisant Jamais plus de la très talentueuse auteure américaine Colleen Hoover qui sait toujours aborder des sujets sensibles et parfois tabous avec toute la sensibilité et la subtilité que nous lui connaissons (je pense notamment à son autre œuvre Ugly love…). Une fois commencé, je vous fais le pari que vous n’arriverez plus à détacher vos yeux et vos pensées de ce livre…Personnellement, je l’ai dévoré très vite et même si cela fait plusieurs jours que je l’ai terminé, certaines scènes, certains mots me hantent encore….Jamais plus est bien évidemment un immense coup de cœur pour moi grâce (ou à cause) des émotions qu’il m’a transmises durant ma lecture mais aussi pour les messages qui m’ont fait réfléchir car il est toujours plus facile de critiquer la femme battue qui choisit de rester auprès de son bourreau de mari plutôt que de porter la faute - pourtant évidente - sur l’homme qui choisit de régler ses problèmes personnels avec ses poings (méditez là-dessus….). Jamais plus, c’est le cheminement d’une femme qui ne veut pas reproduire le schéma familiale qui l’a fait souffrir et douter des hommes. Jamais plus, c’est aussi une histoire d’amitié et de soutien. Jamais plus, c’est la mise en lumière d'une situation que vous vivez peut-être en ce moment, ou que vous vivrez peut-être un jour vous, ou votre fille. Jamais plus, c’est aussi le parti pris de montrer que « tous les êtres ne naissent pas négatifs » comme le dit si bien le héros Ryle mais qu’il existe en chacun de nous une certaine noirceur….Jamais plus, c’est aussi un livre qui aborde des sujets durs comme les accidents « domestiques » mortels envers les enfants, ou les adolescents rejetés par leur famille qui se retrouvent à la rue. Jamais plus, c’est une très belle romance où nous pouvons replonger dans les souvenirs d’adolescente de Lily, l’héroïne, auprès de son premier amour Atlas, en parallèle de la romance qu’elle s’apprête à vivre auprès du très séduisant Ryle Kinlaid….Jamais plus, c’est un livre intense, vrai, sincère et bouleversant. L’auteure Colleen Hoover y a mis toutes ses tripes, cela se ressent totalement (et se vérifie dans ses notes à la fin du roman). S’il ne devait y avoir qu’un seul livre à lire en 2017, sans conteste, ce serait Jamais plus, je vous le garantie !




Ma note : 19/20

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