vendredi 31 mars 2017

LES DEMOISELLES DE SPINDLE COVE - Tome 4 : Tant qu'il y aura des ducs

Tessa Dare
Les Editions J'ai Lu (2014)
Sortie originale 2013
379 pages

Synopsis :
- Vous êtes sournoise et démoniaque ! Griffin, duc de Halford, s'emporte contre sa propre mère qui a eu le culot de le droguer pour le traîner de force à Spindle Cove. Il faut qu'il se marie, se défend-elle. Et cette ville regorge de filles célibataires. Il n'a qu'à en choisir une, n'importe laquelle, elle se fait fort de la transformer en femme du monde. Ah, vraiment ? Eh bien, dans ce cas, il va choisir la première venue. Et rira bien qui rira le dernier. Evidemment, il n'envisage pas une seconde d'épouser cette Pauline. Sauf qu'avec cette drôle de jeune fille, il n'est pas au bout de ses surprises...



« Calme et silencieux, Griff prit le pantalon. Il se détourna de Pauline pour se lever et l'enfila lentement. Adieu, songea-t-elle avec tristesse. Adieu à vous, les plus belles fesses de l'univers ».

Oh mon Dieu ! Que ce 4ème tome a été merveilleux à lire ! J’en suis encore complètement bouleversée ! Il y a des passages dans ce livre qui m’ont fait frissonner de bonheur ! Tant qu’il y aura des ducs conclue magistralement la saga des Demoiselles de Spindle Cove ! Et c’est un immense coup de cœur pour moi !




Vous savez que mes chroniques sont toujours agrémentées d’extraits de mes lectures et je dois dire qu’avec Tant qu’il y aura des ducs, j’ai eu beaucoup de mal à faire une sélection tant le texte est riche en humour, en péripéties, en comique de situation, mais aussi en moments intenses de sensualité ou d’émotion. Rien que de relire les extraits, cela me redonne une envie folle de recommencer ma lecture de ce livre, qui est une véritable pépite, la quintessence de la romance historique, (à mes yeux, en tout cas ! Et vu que j’ai lu 9 livres sur ce thème-là en ce mois de mars 2017, je sais de quoi je parle…).

Tant qu’il aura des Ducs n’est pas qu’une simple histoire d’amour entre un aristocrate et une fille du peuple, non ! C’est aussi un livre qui aborde divers sujets tels que le handicap mental (avec la sœur de Pauline, Daniela), les conditions de vie (ou de mort) des enfants de cette époque (les orphelinats pleins à craquer de ces petits en manque d’amour ou l’évocation des morts prématurés d’enfants en bas âge qui étaient si courants en Occident jusqu’au milieu du 20èmesiècle). Il y a aussi la relation haute en couleur entre Griffin et sa « vieille » mère de 58 ans, la Duchesse de Halford qui sont si attachés à l’un à l’autre mais qui se le montrent si mal….

Ce qui commence comme un défi entre le fils et la mère, c'est-à-dire trouver une épouse au Duc (qui ne veut pas du tout se marier) et d’en faire une parfaite future Duchesse, va vite se transformer en grande aventure humaine où ces trois personnes : Pauline, Griffin et sa mère, vont apprendre à cohabiter et communiquer les uns avec les autres.

La simplicité et le bon cœur de la jolie paysanne va vite faire mouche auprès des deux aristocrates et les barrières sociales vont peu à peu tomber pour qu’il ne subsiste entre ces trois-là qu’une profonde affection. Evidemment, tout ne se fait pas sans heurtes, et bien des situations cocasses vont s’enchaîner car pour la jeune Pauline Simms, découvrir la vie de l’autre côté du miroir, être servie et ne plus servir, va constituer un profond changement pour elle, même si, finalement, cela ne lui fait pas non plus tourner la tête car son rêve le plus cher reste d’un jour ouvrir sa propre librairie et y travailler avec sa sœur handicapée Daniela….

« Griff était incapable d'en détourner les yeux. Tandis qu'elle regardait alternativement Griff, sa mère et les demoiselles amusées, sa coiffure se désintégra. Des mèches dégringolèrent sur ses épaules, victimes de la gravité ou de l'indignité, ou des deux. N'importe quelle servante d'auberge aurait alors baissé les yeux et se serait enfuie en attendant la colère de son employeur. Sans doute y aurait-il eu par la suite des reniflements et des sanglots. Mais pas elle, manifestement. Celle-ci avait assez d'orgueil pour piétiner l'étiquette et le bon sens. Elle secoua la tête avec défi pour répartir ses boucles couleur brandy, se détourna et cracha sa dernière épingle à cheveux.
— Crotte, l'entendit-il marmonner. Soudain, Griff batailla contre un sourire. Elle était parfaite. Fruste, sans éducation, sans grâce. Certes, plutôt jolie. Une fille plus ingrate aurait mieux convenu. Mais tant pis pour son charme, elle ferait l'affaire.
— Elle, dit-il. C'est elle que je veux ».

Ce que j’ai aimé dans ce livre :
1#-La mise en lumière de l’énorme différence entre les nantis et les gens du peuple : La société de cette époque était très hiérarchisée et chacun restait à sa place. Pauline n’a jamais souhaité s’élever socialement (elle ne l’a d’ailleurs jamais envisagé car pour elle, de toute manière, c’était impossible). Elle accepte son statut de fille de paysans, et, depuis quelques années, de serveuse et la seule évolution à laquelle elle rêve est de devenir libraire, donc commerçante à son compte. Spindle Cove est un village qui reçoit toutes les demoiselles bien nées qui ont des « problèmes » et Pauline n’a jamais été envieuse de leur richesse ou de leurs jolies robes. Quand le séduisant Duc de Halford va la choisir pour que sa mère la transforme en vraie « Duchesse » en sept jours chrono, elle n’a accepté de les suivre que sous la promesse de gagner belle somme d'argent (car le Duc va faire un contrat avec elle et la paye en secret pour faire de ces sept jours un désastre afin que sa mère perde l’envie de le marier à tout prix…). Cette somme est considérable pour une fille du peuple comme elle surtout si elle veut créer sa librairie et enfin quitter ses parents (surtout son père) et amener sa sœur handicapée avec elle. Je dois dire que ce livre m’a un peu fait penser au film Pretty woman à certains moments puisque, en plus d’être mal à l’aise (au début) avec ce monde nouveau de la noblesse anglaise, elle doit aussi faire face aux préjugés et aux regards intolérants des « gens comme elle » qui la méprisent quand elle a encore son apparence et ses manières de fille du peuple – Je pense notamment à l’odieux libraire londonien qui va la chasser comme une malpropre de devant sa boutique….Heureusement que Griffin va constamment prendre sa défense et lui faire comprendre qu’elle est aussi « estimable » que les gens de la Haute Société ! Pauline va aussi découvrir que les orphelinats sont subventionnés par les donations des plus riches. La mère de Griffin, en mal d’amour « grand-maternelle » se fait un point d’honneur de tricoter, avec plus ou moins de réussite, des écharpes et des bonnets aux enfants les plus malheureux. Les bonnes œuvres et la charité des dames patronnesses était monnaie courante à cette époque encore que, vu le nombre de pauvres enfants orphelins dans ce genre d’endroits, c’était impossible de satisfaire tout le monde….(La vie était vraiment dure pour les enfants à cette époque surtout quand, en plus d’être en manque d’amour, on est obligé de porter un bonnet difforme aux couleurs d’un goût douteux !...).

« Griff les raccompagna dehors. En revenant, il lui lança un regard noir.
— Comment expliquez-vous cela ? demanda-t-il.
— Je n'en sais rien. Manifestement, ils se sont monté la tête.
— Eh bien, vous ne vous êtes pas empressée de les détromper. Vous avez à peine ouvert la bouche, excepté pour nous donner du « monsieur » ou du « madame » ou du « Vôtre Grâce ». Il était en colère contre elle ?
— Que vouliez-vous que je dise d'autre ? Il est comte. Elle est comtesse. Et vous êtes duc.
— Mais pour ce qui est de l'intellect et du tempérament, vous êtes notre égale à tous. Pourquoi vous adresser à eux avec une telle révérence, alors qu'avec moi vous n'êtes qu'insolence ?
— Avec vous, tout est différent. Mais vous ne pouvez pas tout me reprocher : de votre côté, vous êtes resté sur la réserve. Vous n'avez pas non plus bondi pour leur annoncer que nous avions une aventure passionnée.
— Parce que je savais comment ils accueilleraient la nouvelle.
— Précisément. De la même façon que n'importe qui. Comme une impossibilité, dans le meilleur des cas. Dans le pire, comme une chose honteuse et sordide. Pauline comprenait pourquoi il était contrarié. Elle aussi. Les gens qui venaient de leur rendre visite étaient ce qui ressemblait le plus à des amis. Si même eux ne pouvaient tolérer une relation entre Griff et elle, c'était réellement sans issue. Personne ne les accepterait ensemble. Personne ».

2#-Le caractère de Pauline : Malgré une enfance difficile avec un père violent et égoïste qui a toujours considéré ses deux filles comme des boulets et aurait souhaité avoir des garçons à la place, Pauline bénéficie d’une intelligence efficace qui lui permet de penser à la place de sa sœur handicapée et d’appréhender un avenir pour toutes les deux. Pauline travaille comme serveuse au Gai Taureau et nous l’avons entraperçue quelques fois depuis le début de la saga. C’est une jeune femme courageuse et empathique, qui sait se faire aimer de tout le monde (je pense notamment à sa rencontre avec le jeune orphelin et ses leçons de self défense en utilisant la comparaison avec les poussins d’une basse-cour…). Quoi qu’il en soit, notre chère Pauline finira par ravir le cœur du Duc de Halford et l’affection de sa mère, la Duchesse. Malgré tout, Pauline cache aussi une part d’ombre dans son caractère, qu’elle image comme un arbre qui pousse et s’étend à l’intérieur d’elle lorsqu’elle est en colère et que la fureur monte en elle….Parfois, elle arrive à se contrôler, et parfois non…..C’est ce côté très humain qui est attachant chez elle. Elle n’est pas parfaite et ne cherche pas à le devenir (de toute manière, dans le village, tout le monde sait que les sœurs Simms « font de leur mieux »…). C’est vraiment une héroïne remarquable et sa rapidité d’adaptation est incroyable. Au lieu de craindre et de baisser les yeux face au Duc de Halford, elle le traite très souvent d’égal à égal. Cette honnêteté et ce franc-parler vont bien entendu toucher le Duc au plus profond de son être puisque Pauline va l’apprendre dès ses premières leçons avec la Duchesse de Halford, qu’il n’est pas correct de montrer ses émotions dans la noblesse….Hors, c’est justement toute cette retenue et ces non-dits qui leur pourrissent la vie et les rendent malheureux…La tâche de Pauline va donc être de leur apprendre à communiquer….

3#-La sublime histoire d’amour : Que de chemin parcouru entre le Griffin rencontré dans le 2ème tome, Une semaine de folie, qui était présenté comme un aristocrate égoïste et lubrique et enfin le Griffin actuel, un homme qui vit dans le souvenir d’un drame survenu une année auparavant qui l’a poussé à arrêter sa vie dissolue de libertin. Ce n’est certes pas le coup de foudre pour notre héros quand il voit Pauline la première fois car il avait l’habitude de côtoyer une multitude de jolies femmes, néanmoins, le caractère volontaire, l’intelligence et le bon cœur de la jeune femme vont l’interpeller. Faute de coup de foudre, le courant est donc tout de suite passé entre eux deux, en fait ! Après, il faut que chacun accepte de laisser ses préjugés de classe sociale derrière soi et arrive à accepter ce que la société interdit : une histoire d’amour entre un aristocrate et une servante fille de paysans….Il y a énormément de romantisme dans ce 4ème tome. J’ai notamment adoré comment Griffin a réagit en apprenant que le père de Pauline la maltraitait et jetait ses livres car il la considérait comme une moins que rien…..Sans piétiner l’amour propre de la jeune femme, il va arriver à trouver des solutions pour l’aider. En fait, il s’est comporté avec elle dès le début en chevalier servant (pour devenir un prince charmant, il n’y a qu’un pas !) même si parfois c’était d’une manière détournée. Comment ne pas tomber amoureuse du Duc de Halford ? La romance qui va naitre peu à peu entre nos deux héros fait totalement rêver ! Je suis conquise ! Bravo à l’auteure américaine Tessa Dare !

4#-Une scène de cul culte !!!!!!!!! Si il y a une raison à trouver pour vous convaincre de lire ce 4ème tome de la saga des Demoiselles de Spindle Cove, c’est bien évidemment ce passage fort en intensité autant par les gestes que par la parole ! Quand Pauline et Griffin ont commencé à se rapprocher physiquement, leurs différences de classe sociale sont devenue un motif pour s’émoustiller avec un petit jeu de rôle sensuel (enfin, en même temps, ce n’est pas vraiment un jeu de rôle, puisqu’ils sont vraiment comme ça à l’origine…Lui, c’est l’aristocrate qui commande, et elle, c’est une servante….Qui doit lui obéir au doigt et à l’œil…). Et du coup, les paroles prononcées par Griffin dans le feu de l’action et la flamme de la passion, OH MON DIEU ! Je meurs sur place tellement c’est romantiquement beau ! Griff s’en remet totalement à la jeune femme….Lui qui constitue la quatrième plus grosse fortune de l’Angleterre dépose les armes et s’en remet totalement à une jeune paysanne….Purée !!!!!!!!! Ca fait rêver !!!!!!!!!!!!!!



« Puis il ramena ses pieds sur le sol et se pencha en avant au-dessus d'elle sur le bureau. Ses mains couvrirent les siennes aux endroits où elle se cramponnait. Elle sentit une goutte de sa transpiration s'écraser contre son épaule nue.
— Qui suis-je ? Sa voix était si proche, gutturale. Un vertige la traversa.
— Un duc.
— Quel duc ?
— Le huitième duc de Halford… Votre Grâce. Le corps de Pauline palpitait, n'aspirait qu'à culminer. Son pénis était si profondément en elle, si rigide. Pourquoi s'était-il figé ? Elle ondula des hanches pour l'inciter à reprendre le rythme. Toujours immobile, il ordonna :
— Les titres de courtoisie. Récitez-les. Mon Dieu.
— Je ne m'en souviens pas.
— Moi, si. Je n'oublie jamais qui je suis. Même ainsi enfoui en vous, aiguillonné par un tel désir que j'ai l'impression que je vais exploser. Il courba légèrement la taille.
— Me comprenez-vous ? Il recommença à remuer. Lentement, cette fois-ci, mais en s'enfonçant en elle avec une telle force qu'un sanglot sec jaillissait de la gorge de Pauline à chaque va-et-vient.
— Griff, l'implora-t-elle. Cette « leçon » était à la fois excitante et dévastatrice. Lorsqu'ils étaient ensemble, seuls, elle voulait qu'il oublie les trente-trois rangs qui les séparaient sur l'échelle de la société anglaise. Mais c'était impossible. Pour lui comme pour elle. La vérité était indélébile.
— Je suis le duc de Halford, dit-il en la pilonnant. Elle ferma les yeux en essayant de ne pas pleurer. C'était trop. L'émotion, le plaisir. Le désespoir.
— Je suis le marquis de Westmore. Un nouveau coup de reins.
— Je suis aussi le comte de Ridingham. Le vicomte de Newthorpe. Lord Hartford-on-Trent. Coup de reins. Coup de reins. Coup de reins.
— Et je suis votre esclave, Pauline. Oh, pitié… Cette fois, elle sanglota pour de bon. Ce fut plus fort qu'elle. Il s'immobilisa, entièrement enfoui en elle. La moulant à son désir. Quand ils se sépareraient, elle souffrirait du vide ainsi créé. A tout jamais. D'une voix tendue par la passion, il reprit :
— Entendez-vous ? Me croyez-vous à présent ? Il pourrait exister un millier de rangs entre nous, je m'en moque. Tout le sang bleu que j'ai dans le corps ne bouillonne que de désir pour vous. Il glissa un bras sous le torse de Pauline et la souleva en même temps qu'il se dressait de toute sa hauteur. Les reins de la jeune fille se plaquèrent contre lui. Il la maintint ainsi de son bras puissant et, de l'autre main, fouilla sous ses jupons jusqu'à ce qu'il trouve sa perle. Un frisson d'extase la fit trembler des pieds à la tête ».

5#-L’humour et les répliques qui font mouche ! Ce 4ème tome est certainement le plus drôle de la saga, avec des scènes totalement loufoques, que l’on imagine tout droit sorties d’un film ou d’une série comique ! Je pense tout particulièrement à la scène des confessions des domestiques vers la fin du livre, quand Pauline demande à Griffin et à sa mère d’ouvrir leur cœur et de dire tout ce qu’ils se cachent depuis si longtemps….Du coup, les domestiques présents dans la pièce prennent cette « invitation à se lâcher » pour eux, et les voilà qui vident leur sac les uns après les autres ! Cette scène est incroyable, tout comme la réaction pince-sans-rire du Duc face à la situation qui part à vau-l’eau. L’auteure a énormément joué entre le décalage de comportement des gens du peuple et celui de l’aristocratie pour ses scènes comiques. Il existe parfois une telle différence entre ces classes de la société que parfois, on se demande même s’ils parlent la même langue !…

« — Mais ne vous sentez-vous pas mieux, maintenant que vous avez avoué la vérité ? questionna Pauline. La jeune fille renifla et releva la tête.
— Si, mademoiselle Simms. Vous avez raison. J'ai l'impression qu'un poids s'est soulevé de ma poitrine.
— Comme je suis contente ! Nul ne devrait jamais vivre sous le fardeau des secrets. La jeune Margaret prit la parole, impatiente de soulager son cœur.
 — J'ai vu Lawrence dans le cellier qui lutinait une femme de chambre. La duchesse se redressa.
— Lawrence. Le valet en question pâlit. La duchesse s'adressa sévèrement aux femmes de chambre.
— Laquelle d'entre vous ? Qu'elle s'avance immédiatement. Trois jeunes filles firent un pas en avant, à l'unisson. Quand elles regardèrent autour d'elles et comprirent, elles se tournèrent vers Lawrence pour le fusiller du regard. Devant leur colère, il bredouilla :
— Je… Je… Puis il redressa le menton et lança :
— Higgs porte un corset ! S'il avait voulu détourner l'attention, ce fut un succès. Tous les yeux se rivèrent sur le pauvre Higgs. Les joues écarlates, celui-ci se justifia :
— Il ne s'agit pas d'un corset de dame. Mais un majordome se doit d'avoir une silhouette impeccable. Pendant un long moment de gêne, nul ne dit plus rien. Puis…
— Je ne suis pas française. C'était Fleur.
— Comment ? s'exclama la duchesse. C'est impossible !
— Non. N…non, je ne suis pas française. La bonne fit sa confession dans un anglais hésitant dont la prononciation laissait à désirer. Son accent était encore plus commun que celui de Pauline, et elle bégayait affreusement.
— Je savais que je ne t…trouverais jamais de situation aup…près d'une dame en m'exp…primant comme ça. Alors j'ai fait croire q…que j'étais française et hautaine, p…pour ne p…pas avoir à p…parler. En vrai, je m…m'appelle F…F…Flora. Je suis désolée. Je vais faire m…mes b…bagages. Elle s'enfuit, en larmes. La duchesse lui emboîta le pas.
— Fleur ! Ou Flora… Qui que vous soyez, attendez ! En leur absence, un silence pétrifié emplit le petit salon. Griff frappa dans ses mains.
— Eh bien. Merci, mademoiselle Simms. Ce fut une matinée des plus… éclairantes. Pauline porta les mains à ses tempes. Seigneur… Quelqu'un sonna à la porte. Nul ne bougea.
— Tiens, j'ai une idée, lança Griff. Pourquoi n'irais-je pas ouvrir ? Higgs se secoua de sa torpeur.
— Votre Grâce, je vous en prie… Griff tendit une main.
— Non, non. Je vous confesse que j'éprouve depuis toujours l'intense et secret désir d'ouvrir ma propre porte. Il sortit, et Pauline s'élança sur ses talons.
— Je suis navrée. Je n'aurais jamais imaginé que cela tournerait ainsi. Mais ne comprenez-vous donc pas ? Cette maison fourmille de secrets, et cela rend tout le monde malheureux. Vous le premier. Il faut que vous ouvriez votre cœur.
— La seule chose que je vais ouvrir pour l'instant, c'est la porte d'entrée. Il joignit prestement le geste à la parole. À la vue des visiteurs qui se tenaient sur le seuil, il marmonna :
— Formidable. Il ne manquait plus que cela. Incrédule, Pauline se figea. Dans l'entrée, elle découvrit deux silhouettes familières. La femme qu'elle avait connue à Spindle Cove sous le nom de Mlle Minerva Highwood. Et le mari de Minerva, Colin Sandhurst, lord Payne.
— J'en étais sûre ! s'écria Minerva en passant vivement devant le duc pour prendre Pauline dans ses bras et la serrer contre elle. N'ayez crainte, Pauline. Nous sommes venus vous sauver ».

6#-Pauline n’est pas vierge ! C’est peut-être un détail pour vous, mais pour moi, ça veut dire beaucoup, comme le chantait si bien France Gall, mais franchement, découvrir une héroïne de romance historique qui a déjà vu le loup avant de rencontrer son futur « prince charmant », c’est ultra rare ! (à part quand l’héroïne est une veuve, je n’ai jamais rencontré d’autres cas comme celui de Pauline...). Le fait que la jeune femme soit issue du peuple et ce soit pas une jeune demoiselle bien née y est sans doute pour beaucoup puisque dans les classes populaires de la population, la vertu des filles est moins importantes dans la mesure où ne sert pas de monnaie d’échange et n’existent pas uniquement pour faire des alliances de raison et donner des héritiers de prestige….D’ailleurs, les gens du peuple connaissent le mariage d’amour contrairement à la noblesse où il est plus courant de faire des mariages de raison (sauf dans les romances historique que vous et moi lisons, bien entendu…..C’est ça la différence entre la fiction des livres et la réalité historique des gens qui vivaient à cette époque !). Bon, en même temps, si Pauline a déjà eu des rapports sexuels, ce ne fut qu’avec un seul autre homme et cela remonte à plusieurs années et cela ne lui a pas laissé de souvenirs impérissables (de mémoire, quand elle avait 17 ans, elle en a maintenant 23). Cette révélation ne gêne pas du tout Griffin, au contraire, cela l’excite encore plus (on reconnaît bien là un ancien libertin qui avait l’habitude de « partager »…). J’ai apprécié cette originalité de « maturation sexuelle » que l’auteure a décidé pour la dernière héroïne de sa saga car en plus de passer un vrai message « féministe », cela nous évite aussi les scènes habituelles de déflorage sanglant avec l’éternelle « tu vas avoir mal cette fois mais je te promets d’être le plus doux possible… ». (Levez la main si vous avez déjà lu cette phrase dans une romance historique….).

7#-La mère du Duc : Troisième personnage important de ce tome, la Duchesse de Halford nous était pourtant décrite au début d’une manière un peu péjorative et je me demandais vraiment comme Pauline allait arriver à s’en sortir avec elle et ne pas s’en faire une ennemie….Hors, nous nous rendons très vite compte que la Duchesse, malgré un abord froid (dû à son éducation et dans l’obligation de correspondre à son rang social), est en fait une femme charmante, pas si vieille que cela – elle n’a que 58 ans – et si elle pratique l’amour vache avec son fils, cela cache en réalité une grosse souffrance maternelle (Griffin est le seul enfant qui a survécu sur ses quatre grossesses…Les raisons sont expliquées par l’auteure à la fin du livre, en aparté « scientifique »). J’ai vraiment adoré la manière dont Griffin et sa mère se lançaient des piques car derrière tout cela, on voit bien qu’ils s’aiment beaucoup ! (d’ailleurs, Griffin cache à sa mère le drame qu’il a vécu un an auparavant pour ne pas la faire souffrir….). C’est rare que j’apprécie les parents dans les romances, mais ici, franchement, la Duchesse l’a énormément plu !



 « — Et quel est donc l'objet de cette pressante excursion ? Elle esquissa un sourire.
— Nous allons rencontrer votre future épouse. Il fixa sa mère. Un long moment s'écoula avant qu'il ne puisse s'exprimer de façon cohérente.
— Vous êtes une femme sournoise et démoniaque.
— Et vous êtes le huitième duc de Halford, riposta-t-elle. Je sais que cela ne signifie pas grand-chose pour vous. Les disgrâces à Oxford, le jeu, les années de libertinage oisif… Vous semblez décidé à déshonorer l'héritage des Halford. Vous pourriez au moins commencer par engendrer une descendance pendant que j'ai encore le temps de la modeler. Vous avez la responsabilité de…
— De perpétuer la lignée. Il ferma les paupières et étouffa un soupir.
— Je le sais. On me l'a dit et redit.
— Vous aurez trente-cinq ans cette année, Griff.
— Oui. Et je suis bien trop vieux, précisément, pour qu'on m'appelle Griff.
— Le fait est que j'ai cinquante-huit ans. Il me faut des petits-enfants avant mon déclin.
— Votre déclin ? s'esclaffa-t-il. Dites-moi, mère, comment puis-je précipiter cet heureux dénouement ? Autrement qu'en vous poussant dans un escalier ? Elle haussa un sourcil amusé.
— Essayez, si vous l'osez ».

« C'est alors que la duchesse fit son entrée, dans une robe gris tourterelle égayée par un collier de saphirs et de diamants.
— Que se passe-t-il ici ? demanda-t-elle en examinant la pièce de son regard perçant. Griffin, expliquez-moi ce remue-ménage.
— Delacre est un imbécile. Et je suis amoureux de Pauline.
Après une brève pause, la duchesse déclara :
— Ma foi, je connaissais déjà ces deux vérités ».

8#-Un moment de pure émotion qui m’a foutu des frissons ! Attention zone spoilers ! Cliquez sur le mulot et passez le texte en surbrillance ! Griffin a été père durant une semaine, père d’une petite fille qui n’a pas survécu. Une petite fille qui avait été conçue avec l’une de ses maitresses lors de leurs orgies habituelles. En apprenant sa future paternité, Griffin avait déjà décidé de changer de vie et avait demandé à la mère du futur bébé de s’occuper lui-même de l’enfant (la mère n’en voulait pas de toute manière). Griffin avait commencé à avoir des superbes projets pour son bébé dont une chambre avec des poneys bizarres peints au mur était en préparation…..La petite fille est malheureusement morte au bout de quelques jours, emportant avec elle les rêves de notre héros. Griffin a alors décidé de stopper totalement sa vie de libertin. Il ne dira jamais un mot à propos de l’existence de cette enfant à sa mère, de peur de la faire souffrir (elle qui espérait tant être grand-mère…Apprendre qu’elle l’a été mais que la petite est morte, cela aurait été trop cruel, de l’avis de Griffin)….La seule personne à qui il va se confier et ouvrir son cœur est bien évidemment Pauline…Du coup, nous sommes passés par des moments hautement intenses notamment quand Pauline le force à donner le nom de l’enfant….Purée ! Purée ! Purée !!!!!!!!!! J’en ai des frissons rien que d’y penser !

« — Comment osez-vous suggérer que j'aurais honte d'elle ?
— Eh bien, prouvez le contraire ! Pour l'amour du Ciel. L'amour ne devrait pas être un secret. Vous lui avez donné un prénom, et vous n'êtes même pas capable de le prononcer. Les yeux de Griff lancèrent des éclairs.
— L'aimiez-vous ? insista-t-elle.
— Oui. Vous le savez très bien. Elle éleva la voix.
— Alors, dites son nom.
— Mary ! Son cri de fureur résonna à travers la pièce. Pauline demeura complètement immobile, absorbant la flambée de sa colère. Elle savait qu'il ne le lui pardonnerait jamais. Mais enfin, enfin, il pourrait peut-être guérir.
— Elle s'appelait Mary, dit-il. Mary Annabel York. Née le 14 octobre dernier, morte la semaine suivante. Elle a vécu six jours entiers, et je l'ai aimée plus que ma propre vie. Il se détourna et donna un coup de pied dans une petite table.
— Oh… La duchesse porta une main à sa poitrine. Pauline accourut à son côté, craignant que la vieille dame ne s'évanouisse. Elle l'aida à s'asseoir sur le siège le plus proche ».
(…)
 — Je suis désolée, continua-t-elle. Mais j'ai fini par m'attacher beaucoup à vous deux, et une chose crève les yeux : vous vous aimez. Vous vous faites du mal, aussi. S'il vous plaît. Vous me détesterez éternellement, mais je vous en supplie, parlez-vous. Griff regardait par la fenêtre, imperturbable.
— Je vais demander qu'on prépare la voiture. Vous pourrez partir sur-le-champ.
— Je ne voulais pas que cela se termine ainsi. J'espérais que nous pourrions nous séparer en…
— En amis ? Il tapota la vitre d'un doigt.
— Si vous refusez de me croire prêt à renoncer à tout, à déplacer le ciel et la terre pour garder une personne que j'aime, même si je ne la connais que depuis une semaine… alors vous ne me connaissez pas du tout. Il la fixa de ses yeux devenus froids.
— Et manifestement, je me trompais sur votre compte également. Chancelante, elle recula jusqu'à la porte, puis elle pivota et s'enfuit dans le couloir, en direction du vestibule.
— Pauline ! cria la duchesse. Attendez ! »

Ce que je n’ai pas aimé dans ce livre :
Des personnages détestables : Je mets cela dans les éléments que je n’ai pas aimé dans ce livre, mais en fait, c’est surtout pour souligner le dégoût que j’ai éprouvé pour certains personnages rencontrés dans ce 4ème tome. Nous nous doutions bien que Pauline allait devoir faire face au mépris non dissimulé de certaines personnes et du coup, c’est vraiment avec beaucoup de plaisir que l’on peut voir comment Griffin va arriver à les moucher et à les forcer à s’excuser auprès de la jeune femme….Mais avant cela, il faudra quand même passer par la frustration de l’humiliation subie par notre héroïne….Dans les ennemis du couple, je pense notamment à la famille Haughfell, cette mère et ses filles nobles qui méprisent ouvertement Pauline à cause de son accent « populaire » et puis, il y a aussi Lord Delacre (le roi des biscuits !....Non, je déconne !), Ah celui-là, quel sale con aussi ! Son insistance pour que Griffin respecte leur promesse faite quand ils avaient 19 ans sur le fait qu’ils devaient se secourir chacun de l’éventuel danger d’un mariage était vraiment lourd à supporter ! Il faut vraiment être con pour ne pas comprendre que les gens changent au fil des années et leurs opinions également ! Et il faut vraiment être fini à la pisse pour ne pas se rendre compte que Griffin aime de tout son cœur Pauline et qu’il ne faut pas s’interposer entre eux….Ce que cet abruti de Delacre va faire…Mon Dieu !...Et il va le regretter…..Et pour ma part, j’ai passé un merveilleux moment de lecture à le voir se faire humilier et dégommer par notre cher Griffin ! Bien fait !

« — Est-ce de l'argent que vous voulez ? Il lui lâcha le bras et sortit un billet de banque de sa poche de poitrine. Cinq livres. Il l'agita devant elle.
— Eh bien, prenez-le. Et repartez par l'entrée de service. Cet endroit n'est pas fait pour vous.
— Ce n'est pas pour toi, ma fille, avait dit son père. Ses joues la brûlèrent. En prononçant ces mots, il cessa d'être lord Delacre. Il incarna tous les livres qu'on lui avait arrachés des mains. Toutes les portes qu'on lui avait claquées au nez. Pauline eut envie de se révolter, de lui jeter quelque chose à la tête. De lui cracher au visage. Mais cette situation exigeait une réaction différente. Elle redressa les épaules, leva le menton et le toisa d'un regard froid et direct en lançant crânement :
— Allez au diable. Le laissant sur place, outré, elle s'élança pour rejoindre la foule près de l'entrée de la salle de bal. Emportée par son audace, elle longea la file d'invités et doubla tout le monde. C'était impoli, certes. Mais on savait déjà qu'elle était une servante d'auberge. Elle ne risquait guère de tomber plus bas dans l'opinion de ces gens ».

Pour conclure, dire que j’ai adoré Tant qu’il y aura des ducs est un euphémisme ! Mon Dieu, ce quatrième et dernier tome de la saga des demoiselles de Spindle Cove a été un énorme coup de cœur pour moi ! Quel délice !!! De nombreux thèmes abordés dans ce livre m’ont touchée en plein cœur notamment le sujet douloureux de la mortalité infantile qui était malheureusement si fréquente à cette époque et puis il y a cette romance de conte de fées, cette rencontre improbable entre Griffin, un jeune Duc trentenaire, libertin repenti, (et  - accessoirement - quatrième plus grosse fortune de l’Angleterre) avec Pauline, la jeune serveuse du Gai taureau, âgée de 23 ans, fille de paysans, dont le rêve le plus cher est d’ouvrir une librairie à Spindle Cove et d’y travailler avec sa sœur handicapée mentale….Le destin va en décider autrement et va les réunir pour une semaine incroyable puisque la mère de Griffin a décidé de marier son débauché de fils pour avoir enfin le bonheur d’être un jour grand-mère.  Que celui-ci lui impose une paysanne au lieu d’une supposée demoiselle de bonne famille n’est aucunement un obstacle dans la détermination de la Duchesse qui compte bien inculquer toutes les bonnes manières à la jeune femme….Ce qu’elle ne sait pas encore, c’est que Pauline, avec son caractère honnête et courageux, va réussir l’exploit de ravir le cœur du Duc mais aussi le sien…Tant qu’il y aura des ducs conclue d’une manière magistrale la saga de l’auteure en comportant une multitudes de scènes et de dialogues cultes dans tous les genres possibles (dramatique, drôle, sensuel, romantique). Merci à l’auteure américaine Tessa Dare d’avoir créé cette merveilleuse romance avec des personnages vraiment incroyables autant dans leur comportement que dans leurs réparties ! Mon dieu que c’était bon !



"Pour les libraires et les bibliothécaires de par le monde, qui collectent des livres et construisent des refuges pour les âmes tendres. Merci".

Dédicace de l'auteure au début du livre


Ma note : 19/20


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